On remarque leurs progrès pour régler le temps
de leur communion, et on la permellra rarement à celles qui auraient de l'arrêt et de l'attache à quelque défaut particulier, et qui ne recevraient pas bien les avertissements qu'on leur donnerait pour s'en corriger. On prendra garde surtout si elles ont de la crainte et de l'amour de Dieu, pour ne pas communier indifféremment et seulement pour imiter les autres. Il s'en pourrait même trouver qui le feraient par orgueil, et afin que l'on crût qu'elles seraient mieux que les autres et pour faire les grandes filles. Tous ces défauts et bien d'autres se rencontrent dans les enfants, si on n'y prend bien garde. C'est pourquoi il est bon de leur donner quelque crainte par des paroles fortes, pour leur montrer le danger qu'il y a de communier en cet état, et que c'est où l'on reçoit ou la vie ou la mort et que l'on ne saurait trop appréhender. On leur doit dire ces choses dans le général à toutes, et les répéter dans le particulier à celles en qui on reconnaîtrait de ces défauts.
5. S'il s'en trouve parmi elles quelqu'une trop timide et trop scrupuleuse, ce qui est assez rare parmi les enfants, on la consolera et fortifiera dans le particulier selon son besoin.
4. Encore qu'on en vît quelqu'une fort dévote et exacte à se corriger, on ne lui doit point permettre de communier plus souvent qu'à celles qui font le mieux dans la chambre et qui suivent le train ordinaire. Car il est fort à craindre que cette vertu apparente ne soit une tromperie, et on ne peut manquer à la tenir dans le train commun, afin qu'elle ne s'aperçoive pas que
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l'on remarque celte vertu. Il ne faut jamais souffrir qu'elles se louent entre elles pour quoi que soit, mais particulièrement sur leurs communions. Il est même l)on de ne les pas louer l'une devant l'autre, ni dans le particulier, ni dans le général, quand ce serait sous prétexte de les bien édifier ou de leur donner de Témulaliou au bien, à moins que ce fût de petits enfants de deux à trois ans : si elles s'apercevaient que l'on fit quelque cas de leur vertu, il y en aurait qui feraient bien pour être louées et estimées, et afin qu'on leur permît plus souvent la sainte communion par ce même motif.
5. Il faut bien prendre garde qu'il y a des enfants qui, avant que les jours approcbent auxquels on leur permet d'ordinaire la sainte communion, se règlent mieux et témoignent d'y penser : ce qui n'est pas assez, si on reconnaît qu'après la sainte communion elles retournent comme auparavant dans leurs fautes et légèretés. C'est pourquoi on leur imprimera dans l'esprit le plus qu'on pourra, qu'il ne suffit pas qu'elles aient témoigné y penser quelques jours avant les bonnes fêtes, et que l'on ne se réglera pas même pour leur permettre la sainte communion sur ce qu'il y a longtemps qu'elles ne l'ont faite, mais seulement par la suite d'une bonne vie et d'un bon règlement dans toutes leurs actions.
6. Il faut bien remarquer par quel esprit elles sont poussées quand elles font leurs satisfactions. Car il s'en trouve qui les font fort facilement, el à qui rien no paraît difficile, par orgueil et pour éviter riiumilialion;
mais si on les veille et examine de fort près et dans toutes les rencontres, on verra bientôt qu'elles ne le font pas du cœur. Quand cela est reconnu, il leur faut rarement accorder une aussi grande grâce qu'est la sainte communion.
7. Quand on juge à propos de les en priver, il faut bien prendre garde que cela ne leur passe point pour indifférent; au contraire, il leur faut faire ressouvenir de la perte qu'elles ont faite, et leur montrer qu'elles doivent être dans un continuel gémissement pour obtenir de Dieu la grâce de recouvrer ce qu'elles ont perdu, ou d'avoir ce qui leur manque pour rentrer dans la participation du très-saint sacrement.
8. On ne fera point communier les enfants si jeunes, et particulièrement celles qui sont badines, légères, et attachées à quelque défaut considérable. Il faut attendre que Dieu ait fait en elles quelque changement, et il est bon de prendre un temps notable, comme un an ou au moins six mois, pour voir si leurs actions ont de la suite. Car je n'ai jamais eu regret d'avoir fait reculer les enfants. Cela a toujours servi à faire avancer en vertu celles qui étaient bien disposées, et à faire reconnaître le peu de disposition qu'il y avait dans les autres qui ne l'étaient pas encore. On ne saurait apporter trop de précautions pour la première communion ; car toutes les autres dépendent souvent de celle-là.
9. Après la sainte communion, il les faut exhorter de ne pas oublier Dieu, qui s'est donné à elles, mais de s'occuper à lui rendre grâces, l'adorer et le prier souvent. Qu'elles doivent veiller continuellement sur elles
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pour ne rien l'aire d'indigne de sa sainte présence, el qu'elles s'assurent ([ue Dieu demeurera autant de temps dans leur cœur, qu'il ne verra rien en elks qui lui déplaise, et qu'il ne se sépare point de nous jusqu'à ce que nous nous séparions de lui les premiers en l'oîTensant. Il est hon de les observer le jour de la sainte communion, pour voir si elles sentent Dieu, et lui parlent intérieurement, et si elles se tiennent plus recueillies.