‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 10 sur 105 · AVANT-PROPOS. XXI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XXI

reuses inspirations du christianisme. Sans le savoir, Corneille était peut-être pour Pascal et pour sa sœur le précurseur du curé Guillebert et de l'abbé Singlin.

Dans une sphère moins idéale, avec moins de génie que sa sœur, madame Perier n'était pas moins distinguée. Mère de famille accomplie, elle pratiqua dans la vie ordinaire les vertus chrétiennes dont Jacqueline contempla les types divins au milieu des macérations et des méditations du cloître. Fidèle à ses devoirs, modeste et grave dans sa vie comme dans ses écrits, madame Perier, à travers tous les voiles qui la cachent, brille pourtant d'un éclat qui n'est pas seulement le reflet de la gloire fraternelle. Quand Fléchier vint à Glermont, en 1665, il eut occasion de la voir, et voici l'hommage qu'il lui a rendu dans ses Mémoires sur les Grands-Jours ([Auvergne. Le jeune et spirituel abbé était alors précepteur du ûls de M. de Caumartin, conseiller du roi, chargé des sceaux près la cour des Grands-Jours. Il raconte la réception des dames de Glermont chez madame de Caumartin, et, suivant sa coutume de médire, il n'épargne guère ces pauvres dames d'Auvergne. Cependant il en est une devant laquelle son humeur satirique s'arrête pour faire place au respect ; c'est madame Perier. « Toutes a les dames de la ville, dit-il, vinrent pour rendre «c leurs respecis à nos dames, non pas succès-

XXII AVANT-nOPOS«

« sivemeot, mais en troupe« . • Comme la plupart <K ne sont pas faites aux cérémonies de la cour, « et ne savent que leur façon de province, elles a vont en grand nombre, afin de n'être pas si « remarquées et de se rassurer les unes les au- « très. C'est une chose plaisante de les voir en- «t trer , Tune les bras croisés , l'autre les bras « baissés comme une poupée. Toute leur con- « versalion est bagatelle , et c'est un bonheur « pour elles quand elles peuvent tourner le disa cours à leur coutume et parler des points d'Âu-

<c rillac La personne qui nous parut plus

a raisonnable fut madame Perier : les louanges « que madame la marquise de Sablé lui donne, a la réputation que M. Pascal, son frère, s'était « acquise, et sa propre vertu, la rendent trèsoc considérable dans la ville ; et quelque gloire « qu'elle tire de l'estime où elle est et de la pa- « rente qu'elle a eue, elle serait illustre, quand il « n'y aurait point de marquise de Sablé et quand a il n'y aurait jamais eu de M. Pascal ^ ^

La meilleure part de cet éloge peut s'appliquer aux enfants de madame Perier et surtout à Marguerite Perier. Cette famille formait comme une sorte de tribu chrétienne dont Pascal avait été le père spirituel, et dont tous les membres demeurèrent jusqu'au bout fidèles à ses enseignements,

1 Mémoires de Fléchier sur les grands-jours tenus à Clermont en 1665-1666; publiés par B. Oonod, page 44.

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