TIB M PASCAL. 5S
c'était lui faire un larcin de la chose du monde qui lui était la plus précieuse. Nous avons bien vu ensuite que ce principe était bien avant dans son cœur ; car, pour l'avoir toujours présent, il l'avait écrit de sa main sur un petit papier, où il y avait ces mots : « Il est injuste a qu'on s'attache à moi, quoiqu'on le fasse avec plaisir et « volontairement. Je tromperais ceux en qui je ferais nau « ti'e ce désir, car je ne suis la fin de personne, et je n'ai « pas de quoi les satisfaire. Ne suis-je pas prêt à mou- « rir? et ainsi T objet de leur attachement mourra donc. « Comme je serais coupable de faire croire une fausseté, « quoique je la persuadasse doucement et qu'on la crût « avec plaisir, et qu'en cela on me fit plaisir : de même « je suis coupable si je me fais aimer.Et si j'attire les gens « à s'attacher à moi, je dois avertir ceux qui seraient « prêts à consentir au mensonge, qu'ils ne le doivent « pas croire, quelque avantage qu'il m'en revint ; et « de même qu'ils ne doivent pas s'attacher à moi, « car il faut qu'ils passent leur vie et leurs soins à plaire n à Dieu ou à le chercher ^ »
Voilà de quelle manière il s'instruisait lui-même, et comme il pratiquait si bien ses instructions, que j'y avais été trompée moi-même. Par ces marques que nous avons de ses pratiques, qui ne sont venues à notre connaissance que par hasard, on peut voir une partie des lumières que Dieu lui donnait pour la perfection de la vie chrétienne.
Il avait un si grand zèle pour la gloire de Dieu, qu'il
■ Nous rétablissons le texle de ces réflexions diaprés le MS. autog. ( Voy. notre édition des Pensées ^ etc., tom. I***, pag. <98.)
H ukbÂMÈ nktBM.
ti6 pUîiTaH souflHr qu'elle Tâlviolâe en quoi qae ce soit; e'est ee qai le tetidait si ardent pour le serrice du rol^ qu'il résistait à tout le inonde lors des troubles de Palis^ et toujours depuis il appelait des prétextes toutes tes raisons qu'où donnait pour excuser cette rébellion ; et il . disait <c que dans un Etat établi en république <4t comme Venise, c'était un grand mal de contribuer à K y mettre un roi et opprimer la liberté des peuples à « qui Dieu l'a donnée ; mais que dans un Etat où la 4 puissance rople est établie, on ne pouvait violer le ^ respect qu'on lui doit que par une espèce de sacri- «I lége ; puisque c'est non-seulement une image de la « puissance de Dieu , mais une participation de cette « même puissance, à laquelle on ne pouvait s'opposer Il sans résister visiblement à l'ordre de Dieu ; et qu'ainsi « on ne pouvait asses exagérer la grandeur de cette « faute, outre qu'elle est toujours accompagnée de la ik guerre civile qui est le plus grand péché que l'on ix puisse commettre contre la charité du prochsiin. » Et il observait cette maxime si sincèrement, qu'il a refusé dans ce temps-là des avantages très-considérables pour ù'y pas man<|uer. Il disait ordinairement qu'il avait un aussi grand éloignement pour ce péché-là que pour as<*> sdssiner le monde, ou pour voler sur les grands che-^ mins ; et qu'enfin il n'y avait rien qui fut plus contraire à son naturel et sur quoi il fût moins tenté.
Ce sont là les sentiments où il était pour le service du roi : aussi était-il irréconciliable avec tous ceux qui s'y opposaient ; et ce qui faisait voir que ce n'était pas par tempérament ou par attachement à ses sentiments,
tu Dfi PASCAL* $5
e*est qull avait titie deuoôur merveilleuse pbnt eeuit l}iii rbfrensaient en particulier, en sorte qu*il n'a jamais fait de diffét*eUce de ceux^-Ià d'avec les autres ; et il ou^ bliait si absolument ce qui ne regardait que sa personue, Iju'on avait peine à l'en faire souvenir^ et il fallait pour ééla circonstander les choses. Et comme on admirait quelquefois cela, il disait :« Ne vous en étonnes pas; ce « n'est paâ par vertu, c'est par oubli réel; je ne m'en « souviens point du tout. » Cependant il est certain qu'on voit par là que les offenses qui ne rej^ardaient que sa personne ne lui faisaient pas grande impres- Mon, puisqu'il les oubliait si facilement ; car il avait une mémoire êi excellente^ qu'il disait souvent qu'il n'avait jamais rien oublié des choses qu'il avait voulu retenir.
Il à pratiqué cette douceur dans la souffrance des bhoseâ désobligeantes jusqu'à la fin ; car peu de temps avant sa mort, ayant été otfen^é dans une partie qui lui était fort sensible par une personne qui lui avait de grandes obligations^ et ayant en même temps reçu un service de cette personne, il la remercia avec tant de tomplimettts et de civilités, qu'il en était confus : cepëtidant ce n'était pas par oubli, puisque c'était dan6 le même temps ; mais c'est qu'en effet il n'avait point de ressentiment pour les offetises ^ui nb regardaient qUè sa personne.
Toutes ces inclinations, dont j'ai remarqué les parti*cUlarités, se Verront mieux en abrégé par une peinture qu'il a faite de lui-même dans un petit papier écrit de sa main en cette manière :
« J'aime la pauvreté, parce que Jéstis-Christ l'a ai-
56 MADAME PBEIBR.
c mée. J*aime les biens, parce qu'ils donnent le moyen « d'en assister les misérables. Je garde fidélité à tout a le monde. Je ne rends pas le mal à ceux qui m'en « font, mais je leur souhaite une condition pareille à la « mienne, où l'on ne reçoit pas de mal ni de bien de la « part des hommes. J'essaye d'être juste, véritable, « sincère et fidèle à tous les hommes, et j'ai une ten- <c dresse de cœur pour ceux que Dieu m'a unis plus a étroitement ; et soit que je sois seul ou à la vue des et hommes, j*ai en toutes mes actions la vue de Dieu qui c( les doit juger, et à qui je les ai toutes consacrées, a Voilà quels sont mes sentiments, et je bénis tous les a jours de ma vie mon Rédempteur qui les a mis en moi, € et qui d'un homme plein de faiblesse, de misère, de €( concupiscence , d'orgueil , et d'ambition , a fait un a homme exempt de tous ces maux par la force de la «c grâce à laquelle toute la gloire en est due, n'ayant de d moi que la misère et l'erreur ^ x>
Il s'était ainsi dépeint lui-même, afin qu'ayant continuellement devant les yeux la voie par laquelle Dieu le conduisait, il ne pût jamais s'en détourner. Les lumières extraordinaires, jointes à la grandeur de son esprit, n'empêchaient pas une simplicité merveilleuse qui paraissait dans toute la suite de sa vie, et qui le rendait exact à toutes les pratiques qui regardaient la religion. Il avait un amour sensible pour tout Toffice divin, mais surtout pour les petites heures, parce qu'elles sont composées du psaume 118, dans lequel il trouvait tant de
\ Nous rétablissons cette profession de foi de Pascal d'après le MS. autogr. (Voy. notre édition des Pensées, lom. I«% pag. 143.)
choses admirables^ qu'il sentait de la délectation à le réciter. Quand il s'entretenait avec ses amis de la beauté de ce psaume, il se transportait en sorte qu'il paraissait hors de lui-même ; et cette méditation l'avait rendu si sensible à toutes les choses par lesquelles on tâche d'honorer Dieu, qu'il n'en négligeait pas une. Lorsqu'on lui envoyait des billets tous les mois, comme on fait en beaucoup de lieux, il les recevait avec un respect admirable ; il en récitait tous les jours la sentence ; et dans les quatre dernières années de sa vie, comme il ne pouvait travailler, son principal divertissement était d'aller visiter les églises où il y avait des reliques exposées ou quelque solennité ; et il avait pour cela un almanach spirituel qui l'instruisait des lieux où il y avait des dévotions particulières ; il faisait tout cela si dévotement et si simplement, que ceux qui le voyaient en étaient surpris : ce qui a donné lieu à cette belle parole d'une personne très-vertueuse et très-éclairée : Que la grâce de Dieu se fait connaître dans les grands esprits par les petites choses, et dans les esprits communs par les grandes.
Cette grande simplicité paraissait lorsqu'on lui parlait de Dieu, ou de lui-même ; de sorte que, la veille de sa mort, un ecclésiastique qui est un homme d'une trèsgrande vertu l'étant venu voir, comme il l'avait souhaité, et ayant demeuré une heure avec lui , il en sortit si édifié, qu'il me dit : « Aile?, consolez-vous ; si Dieu l'appelle, vous avez bien sujet de le louer des grâces qu'il lui fait. J'avais toujours admiré beaucoup de grandes choses en lui, mais je n'y avais jamais remarqué la
58 MADAMB PB&m.
jurande simplicité que je viens de voir : cela est incomparable dans un esprit tel que le sien ; je voudrais d^ (ont mon cœur être en sa place. »
Monsieur le curé de Saint-Etienne S qui Ta vu dans sa maladie, y voyait la même chose, et disait à toute Itpure : C'est un enfant : il est humble, il est soumis pomme un enfant. C*est par cette même simplicité qu'on avait une lil^erté toul entière pour Tavertir de ses défautSy et il se rendait aux avis qu'on lui donnait, sans résistance, {j'ei^trême vivacité de son esprit |e rendait qqplqijefpis; ^i jmpatipnt, qu'on avait peine à le satisfaire^! ffl^ic; quand on l'avertissait, ou qu'il s'apercevait qn'il avait fâché qnelqu'un dans ses impatiences, il rér parait iqcontipent cela par des traitements si doux et par tant de bienfaits, que jamais il n'a perdu l'amitié de personne ppr là. Je tâche tant que je puis d'abréger, sans pela j'aurais bien des particularités à dire sur cha-: cune des choses que j'ai remarquées ; mais comme jq ne veux pas ni' étendre, je viens à sa dernière maladie.
Elle commença par un dégoût étrange qui lui prit deux mois avant sa mort : son médecin lui conseilla de s*;ibstenir de manger du solide, et de se purger ; pendant qu'il était en cet état, il fit une action de charité bien ren^arquable. Il avait chez lui un bon homme avec sa femme et tout son ménage, à qui il avait donné une chambre et à qui il fournissait du bois, tout cela par
' C'était le P. Beurrier, depuis abbé de Ste-Geneviève. (Jlf-»» Perier,)
* « Dans les conversations, il paraissait un peu dominant et décisif à
% ceux qui ne le connaissaient pas ; mais on reconnaissait bientôt que
A ce n'était que la vivacité et la justesse de son esprit qui le faisaient
« ainsi parler. • (Hittoire de Vabbayé de P. A., tom. IV, p. 460. )
YIB DE PASCAL. 39
charité ; car il n'en tirait point d'autre service que de n'être point seul dans sa maison. Ce bon homme avait un fils qui étant tombé malade, en ce temps-là, de la petite vérole, mon frère qui avait besoin de mes assistances eut peur que je n'eusse de l'appréhension d'aller chez lui à cause de mes enfants. Cela l'obligea à penser de se séparer de ce malade ; mais comme il craignait qu'il ne fût en danger si on le transportait en cet état hors de sa maison, il aima mieu}$: en sortir luir même, quoiqu'il fût déjà fort mal, disant : Il y ^ moins de danger pour moi dans ce changement de demeiir^ ; c'est pourquoi il faut que ce soit moi qui quitte. Ainsi il sortit de sa maison le 29 juin, pour venir chez nous \ et il n'y rentra jamais ; car trois jours après i} com^ mença d'être attaqué d'une colique très-violente qui lui ôtait absolument le sommeil. Mais comme il avait une grande force d'esprit et un grand courage, il endurait ses douleurs avec une patience admirable. Il ne laissai^ pas de se lever tous les jours et de prendre lui-même ses remèdes, sans vouloir souffrir qu'on lui rendît le moindre service. Les médecins qui le traitaient voyaient que ses douleurs étaient considérables ; mais parce qu'il avait le pouls fort bon, sans aucune altération ni appar rence de fièvre, ils assuraient qu'il n'y avait aucun pé* ril, se servant même de ces mots : Il n'y a pas la n)oindre ombre de danger. Nonobstant ce discours, voyant que la continuation de ses douleurs et de ses grandes veilles l'affaiblissait, dès le quatrième jour de sa coli-
* Rue Neuve-Saint-EUenne, maison qui porte a^jû^r()*t)^! \fi n** S.
40 MADAMB PEHIER.
que et avant même que d'être alité, il envoya quérir M. le curé, et se confessa. Cela lit bruit parmi ses amis et en obligea quelques-uns de le venir voir, tout épouvantés d*appréhension. Les médecins même en furent si surpris, qu'ils ne purent s'empêcher de le témoigner, disant que c'était une marque d'appréhension à quoi ils ne s'attendaient pas de sa part. Mon frère voyant l'émotion que cela avait causée, en fut fâché et me dit : J'eusse voulu communier ; mais puisque je vois qu'on est surpris de ma confession, j'aurais peur qu'on ne le fût davantage ; c'est pourquoi il vaut mieux différer. Et M. le curé ayant été de cet avis, il ne communia pas. Cependant son mal continuait ; et comme M. le curé le venait voir de temps en temps par visite, il ne perdait pas une de ces occasions pour se confesser, et n'en disait rien, de peur d'effrayer le monde, parce que les médecins assuraient toujours qu'il n'y avait nul danger à sa maladie ; et en effet il y eut quelque diminution en ses douleurs, en sorte qu'il se levait quelquefois dans sa chambre. Elles ne le quittèrent jamais néanmoins tout à fait, et même elles revenaient quelquefois, et il maigrissait aussi beaucoup, ce qui n'effrayait pas beaucoup les médecins : mais, quoi qu'ils pussent dire, il dit toujours qu'il était en danger, et ne manqua pas de se confesser toutes les fois que M. le curé le venait voir. Il fit même son testament* durant ce temps-là, où les pauvres ne furent pas oubliés, et il se fit violence pour ne pas donner davantage, car il me dit que si
• Voy. appendice, n» ni.
M. Perier eût été à Paris, et qu'il y eût consenti, il aurait disposé de tout son bien en faveur des pauvres ; et enfin il n'avait rien dans l'esprit et dans le cœur que les pauvres et il me disait quelquefois : D'où vient que je n'ai jamais rien fait pour les pauvres, quoique j'aie toujours eu un si grand amour pour eux ? Je lui dis : C'est que vous n'avez jamais eu assez de bien pour leur donner de grandes assistances. Et il me répondit : Puisque je n'avais pas de bien pour leur donner, je devais leur avoir donné mon temps et ma peine ; c'est à quoi j'ai failli ; et si les médecins disent vrai, et si Dieu permet que je me relève de cette maladie, je suis résolu de n'avoir point d'autre emploi ni point d'autre occupationtout le reste de ma vie que le service des pauvres. Ce sont les sentiments dans lesquels Dieu l'a pris.
Il joignait à cette ardente charité pendant sa maladie une patience si admirable, qu'il édifiait et surprenait toutes les personnes qui étaient autour de lui, et il disait à ceux qui témoignaient avoir de la peine de voir l'état où il était, que pour lui il n'en avait pas et qu'il appréhendait même de guérir ; et quand on lui en demandait la raison, il disait : « C'est que je connais « les dangers de la santé et les avantages de la ma- « ladie. » II disait encore au plus fort de ses douleurs quand on s'affligeait de les lui voir souffrir : « Ne me u plaignez point ; la maladie est l'état naturel des chré- « tiens, parce qu'on est par là, comme on devrait tou- « jours être, dans la souffrance des maux, dans la pn- « vation de tous les biens et de tous les plaisirs des « sens, exempt de toutes les passions qui travaillent
42 M4BA1IB PBRIBE.
« pendant tout le cours de la vie» sans ambition, sans « avarice, dans Vattente continuelle de la mort. N'est* a ce pas ainsi que les chrétiens devraient passer la « vie? Et n'est-ce pas un grand bonheur quand on se c( trouve par nécessité dans Tétat où Ton est obligé u d'être, et qu'on n'a autre chose à faire qu'à se sou- « mettre humblement et paisiblement? C*est pourquoi » je ne demande autre chose que de prier Dieu qu'il fi me fasse cette grâce. » Voilà dans qi|el esprit il en* durait tous ses maux.
U souhaitait beaucoup de communier ; mais les médecins s'y opposaient, disant qu'il ne le pouvait faire à jeun, à moins que de le faire la nuit : ce qu'il ne trouvait pas à propos de faire sans nécessité, et que pour communier en viatique il fallait être en danger de mort; ce qui ne se trouvant pas en lui, ils ne pouvaient pas lui donner ce conseil. Cette résistance le fâchait ; mais il était contraint d'y céder. Cependant sa colique continuant toujours, on lui ordonna de boire des eaux qui en effet le soulagèrent beaucoup ; mais au sixième jour de sa boisson, qui était le quatorzième d*août, il sentit un grand étourdissement avec une grande douleur de tête ; et quoique les médecins ne s'étonnassent pas de cela et qu'ils assurassent que ce n'était que la vapeur des eaux, il ne laissa pas de se confesser, et il demanda avec des instances incroyables qu'on le fît communier et qu'au nom de Dieu on trouvât moyen de remédier à ^ous les inconvénients qu'on lui avait allégués jusqu'alors ; et il pressa tant pour cela, qu'une persQfipp q)i| se trouva présente lui r^prooh.a qu'il
avait de Tinquiétude et qu'il devait se cendre an sentiment de ses amis; qu'il se portait mieux et qu'il nV vait presque plus de colique ; et que , ne lui restant plus qu^une vapeur d'eau, il n'était pas juste qu'il se fit porter le ^aiut sacrement , qu'il valait mieux diffé* l*er pour faire cette action à l'église. Il répondit s| cela : Qn ue sent pas mon mal, et on y sera trompé ; ma douleur de tête a quelque chose de fort extraprdinair^, I^éanmoins voy^ut unp si grande opposition à soq désir, il n'osa plus en parler ; mais il dit i « Puisqu'on « ne me veut pas accorder cette grâce, j'y voudrais bieq u suppléer par quelque bonne œuvre,et ne pouvant pas a communier dans le chef, je voudrais bien communier u dans ses membres ; et pour cela j'ai pensé d'avoir céans « un pauvre malade à qui on rende les mêmes services « comme à moi, qu'on prenne une garde exprès et enfin a qu'il n'y ait aucune différence de lui à moi afin que a j'aie celte consolation de savoir qu'il y a un pauvre €( aussi bien traité que moi, dans la confusion que je a souffre de me voir dans la grande abondance de toutes « choses où je me vois. Car quand je pense qu'au même « temps que je suis si bien, il y a une infinité de pauvres <i qui sont plus malades que moi, et qui manquent de^ « choses les plus nécessaires, cela me fait une peine que je u ne puis supporter ; et ainsi je vous prie de demander un «c malade à monsieur le curé pour le dessein que j'ai* » J'envoyai à monsieur le curé à l'heure même* qui manda quMl n'y en avait poipt qui fût en état d'être transporté; mais qu'il lui donnerait, aussitôt qu'il se? rait guéri, un ipoyen d'exercer la charité» en S0 cbar-r
4t m»àmË Mitil.
AtorrtoHS a la vib db pascal.
Noos croyoDt «leroir ajoaler ici àtt pasisgef qui ne m trouvent, ni dans le teite ancieoDement publié de la VU de Piuealj ni dans le seul M S. que nous ayons pu retrouTer.
Le premier de ces passages est emprunte à VBistoire de l'abbaye de PoH-Royal^ Cologne, 175:2. — L'abbé Besongne, auteur de cet outrage, parait aroir eu connaissance d*un autre MS. plus étendu que Ito nôtre, et dans lequel madami Perier entrait dans de plus longs détails fur le grand onrrage que Pascal se proposait d*adierer. « Yoifci, dit • Tabbé Besongne, le plan de Touvrage tel que madame Perier le « rapporte dans sa Vie. Je copierai sans rien changer ses propres « paroleSy qu'elle assure à son tour être les propres paroles de son t ftere. » Tient immédiatement la citatiort snl?anU :
« Il y a des miracles, il y a donc (^uelqae chose au-dessus de ce que nous appelons la nature. La conséquence est de bon sens : il n*y a qu'à s*assurer de la certitude de la yërité des miracles. Or, il y a des règles pour Cela qui sont encore dans le bon sens; et ces règles se trourent Justes pour lès miracles qui sont dans l'Ancien Testam^it. Ces mirades sont donc vrais. D y a donc quelque diose aurdessus de la nature.
« Mais ces miracles ont encore des marques que leur principe est Dieu ; et ceux du Nouveau Testament en particulier que celui qui les opérait était le Messie que les hommes devaient attendre. Donc, comme les miracles tant de l'Ancien que du Nouveau Testament prouvent qu*il y a un Dîeil. ceux du Nouveau en particulier prouvent que Jésus-GhHst était le véritable Messie.
« il déitieiait ibtit bêla avee une lumière aditilrablë ; èi quand noiis Tentendiotis parler et quil développait toutes les circonstances de l'Ancien et du Nouveau Testament où étaient rapportés ces tniracles, ils nous paraissaient clairs. On ne pouvait nier la vérité de ces miracles, ni les consét|uences qu'il en tirait pour la preuve de Dieu et du Messie, sans choquer les principes les plus communs sur lesquels on assure toutes les choses qui passent pour indubitables. On a recueilli quelque chose de ses Pensées, mais c'est peu, et je croirais être obligée de m'étendre davantage, pour y donner plus de jour, selon tout ce que nous lui en avons ouï dire, si un de ses amis ne nous en avait donné une dissertation feur les œuvres de Moïse, où tout cela est admirablement bien démêlé et d'une manière qui ne serait pas indigne de tnon frère. Je vous renvoie donc à cet ouvrage, et j'ajoute Seulement ce qu'il est important de rapporter ici, que toutes leâ différentes réflexions que mon frère fit sur les miracles, lui dotinèrent beaucoup de nouvelles lumières sur la rellr gion. Comme toutes les vérités sont tirées les unes des autres, c'était assez qu'il fût appliqué à une ; les autres lui venaient comme en foule et se démêlaient à son esprit d'une tiiauière qui l'enlevait lui-même, à ce qu'il noiis à dit souvent : et ce fut à cette occasion qu'il se sentit animé contre les athéeâ, que voyant dans les lumières que Dieu lui avait données de quoi les convaincre et les confondre sans i'essource, il s'appliqua à cet ouvrage, dont les parties qu'on a ramasëées nous font avoir tant de regret qu'il n'ait pas pu les rassembler lui-même et, avec tout ce qu'il aurait pu ajouter encore, en faire un composé d'une beauté achevée. U en était assurément très-capable ; mais Dieu qui lui avait donné tout
' M™« Perler parle ici du Discours sur léS ptéutés dès livres de Moïse, par du Bois de la Cour.
48 MADAME PSBIEB.
Tesprit nécessaire pour une si grande chose, ne lui dcmna pas assez de santé pour le mettre ainsi dans sa perfection.
« Il prétendait faire voir que la religion chrétienne avait autant de marques de certitude que les choses qui sont reçues dans le monde pour les plus indubitables. U ne se servait point pour cela de preuves métaphysiques : ce n'est pas qu'il les crût méprisables quand elles étaient bien mises dans leur jour ; mais il disait qu'elles étaient trop éloignées du raisonnement ordinaire des hommes ; que tout le monde n'en était pas capable , et qu'à ceux qui l'étaient elles ne servaient qu'un moment, car une heure après ils ne savaient qu'en dire et ils craignaient d'être trompés. Il disait aussi que ces sortes de preuves ne peuvent nous conduire qu'à une connaissance spéculative de Dieu ; et que connaître Dieu de cette sorte, était ne le connaître pas. Il ne devait pas non plus se servir des raisonnements ordinaires que Ton prend des ouvrages de la nature ; il les respectait pourtant, parce qu'ils étaient consacrés par l'Écriture sainte et conformes à la raison, mais il croyait qu'ils n'étaient pas assez en proportion à l'esprit et à la disposition du cœur qu'il avait 'dessein de convaincre. H avait reniarqué par expérience que bien loin qu'on les emportât par ce moyen, rien n'était plus capable au contraire de les rebuter et de leur ôter l'espérance de trouver la vérité, que de prétendre ainsi les convaincre par ces sortes de raisonnements contre lesquels ils se sont si souvent raidis, que l'endurcissement de leur cœur les a rendus sourds à cette voix de la nature; et qu'enfin ils étaient dans un aveuglement dont ils ne pouvaient sortir que par Jésus-Christ, hors duquel toute communication avec Dieu nous est ôtée, parce qu'il est écrit que personne ne donnait le Père que le Fils et celui à qui il plaît au Fils de le révéler.
« La Divinité des chrétiens jie consiste pas seulement en un Dieu simplement auteur des vérités géométriques et de Tordre des éléments : c'est la part des païens. Elle ne consiste pas en un Dieu qui exerce sa providence sur la vie et sur les biens des hommes, pour donner une heureuse suite d'années ; c'est la part des juifs. Mais le Dieu d'Abraham et de Jacob, le Dieu des chrétiens est un Dieu d'amour et de consolation ; c'est un Dieu qui remplit Tâme et le cœur de ceux qui le possèdent. C'est un Dieu qui leur fait sentir intérieurement leur misère et sa miséricorde infinie ; qui s'unit au fond de leur âme ; qui les remplit d'humilité, de foi, de confiance et d'amour; qui les rend incapables d'autre fin que de lui-même. Le Dieu des chrétiens est un Dieu qui fait sentira l'âme qu'il est son unique bien, que son repos est en lui, qu'elle n'aura de joie qu'à l'aimer; et qui lui fait en même temps abhorrer les obstacles qui la retiennent et l'empêchent de l'aimer de toutes ses forces. L*amour-propre et la concupiscence qui l'arrêtent lui sont insupportables, et Dieu lui fait sentir qu'elle a ce fond d'amour-propre et que lui seul l'en peut guérir.
« Voilà ce que c'est que de connaître Dieu en chrétien. Mais pour le connaître de cette manière, il faut connaître en même temps sa misère et son indignité et le besoin qu'on a d'un médiateur pour s'approcher de Dieu et pour s*unir à lui. Il ne faut point séparer ces connaissances , parce que étant séparées elles sont non-seulement inutiles mais nuisibles. La connaissance de Dieu sans celle de notre misère, fait l'orgueil; celle de notre misère sans celle de Jésus-Christ, fait notre désespoir ; mais la connaissance de Jésus-Christ nous exempte de l'orgueil et du désespoir; parce que nous y trouvons Dieu, seul consolateur de notre misère et la voie unique de la réparer.
50 MADAME PREIKB.
« Nous pouvons connaître Dieu sans connaître notre misère, et notre misère sans connaître Dieu ; ou même Dieu et notre misère, sans connaître les moyens de nous délivrer des misères qui nous accablent. Hais nous ne pouvons connattre Jésus-Christ, sans connaître tout ensemble et Dieu et notre misère ; parce qu*il n'est pas simplement Dieu, mais un Dieu réparateur^
« Ainsi tous ceux qui cherchent Dieu sans Jésus-Christ, ne trouvent aucune lumière qui les satisfasse, ou qui leur soit 'entablement utile ; car ou ils n'arrivent pas jusqu'à connaître qu'A y a un Dieu, ou s'ils y arrivent, c'est inutilement pour eux, parce qu'ils se forment un moy^a de communiquer sans médiateur; de sorte qu'ils tombent dans l'athéisme ou le déisme, qui sont les deu^ choses que la religion abhorre presque également.
t II faut donc tendre uniqueioent à connaître Jésus-Christ, puisque c'est par lui seul que nous pouvons prétendre de connaître Dieu d'une manière qui nous soit utile. C'est lui qui est le vrai Dieu des hommes, des misérables et des pécheurs. D est le centre de tout et Tobjet de tout; et qui ne le conoalt point ne connaît rien dans, l'ordre de la nature du monde, ni dans soi-même; car, non-seulement nous ne connaissons Dieu que par Jésus-Christ, mais nous ne nous connaissons nous-mêmes que par lui.
« Sans Jésus-Christ, il faut que l'homme soit dans le vice et dans la misère; avec Jésus-Christ, l'homme est exempt de vice et de misère. En lui esit to^t notre bonheur, notre vertu, notre vie;, notre lu^iière, notre espérance; et hors de lui, il n'y a que vices, que misère, que désespoir, et nous pe voyons, qu'obscurité ^t confusion dans la nature de Dieu et dans la nôtre.
« Dans les preuves que mon frère ( continue madame Pe-
rier) devait domier de Dieu et de la religion chrétienne, il ne voulait rien dire qoi ne fût à la portée de tous ceux pour qui elles étaient destinées, et où l'homme ne se trouvât intéressé de prendre part, ou en sentant lui-même toutes les choses qu'on lai faisait remarquer, bonnes ou mauvaises, ou en voyant clairement qu'il ne pouvait prendre un meilleur parti, ni plus raisonnable, que de croire qu'il y a un Dieu dont nous pouvons jouir, et un médiateur qui, étant venu pour nous en mériter la grâce, commence à nous rendre heureux, dès cette vie, par les vertus qu'il nous inspire» beaucoup plus qu'on ne le peut être par tout ce que le nx»de nous promet, et nous donne assurance que nous le sennas parfaitement dans le ciel, si nous le méritons par les voies qu'il nous a présentées et dont il nous a donné lui-même l'exemple.
fl Hais quoiqu'il fût persuadé que tout ce qu'il avait ainsi à dire sur ta religion, aurait été très-clair et très convaincant, il ne croyait pas cependant qu'il dût Fétre à ceux qui étaient dans l'indifférence, et qui ne trouvant pas en euxmêmes des lumières qui les persuadassent, négligeaient d*eu chercher ailleurs, et surtout dans l'Église où elles éclatent avec plus d'abondance; car il établissait ces deux vérités comme certames : que Dieu a mis des marques sensibles, particulièrement dans l'Église, pour se faire connaître à ceux qui le cherchent sincèrement, et qu'il les a couvertes néanmoins de telle sorte, qu'il ne sera aperçu que de ceux qui le cherchent de tout leur cœur.
c Cest pourquoi quand il avait à conférer avec quelques athées, il ne commençait jamais par la dispute, ni par établir les principes qu'il avait h dire : mais il voulait aupara* vant connaître s'ils cherchaient la vérité de tout leur cœur ;
et il agissait suivant cela aveceuxiou pour lesaiderà trouver
52 BfADAMB P£EIER.
]a lumière qu'ils n'avaient pas, s'ils la cherchaient sincèrement , ou pour les disposer à la chercher et à en faire leur plus sérieuse occupation avant que de les instruire, s'ils voulaient que son instruction leur fût utile. Ce furent ses infirmités qui Tempèchèrent de travailler davantage à son dessein. U avait environ trente-quatre ans quand il commença de s*y appliquer. U employa un an entier à s'y préparer en la manière que ses autres occupations lui permettaient, qui était de recueillir les différentes pensées qui lui venaient làdessus; et, à la fin de l'année, qui était la trente-cinquième année de son âge et la cinquième de sa retraite, il retomba dans ses incommodités d'une manière si accablante qu'il ne pouvait plus rien faire les quatre années qu'il vécut encore, si on peut appeler vivre la langueur si pitoyable dans laquelle il les passa. •
Ici finit, ajoute l'abbé Besongne, le long extrait que j'ai voulu donner de madame Perier.