FAITES SUR-LE-CHAMP
Un jour, dans le profond d'un bois, Je fus surprise d'une voix.
C'était la bergère Silvie Qui parlait à son cher amant, Et lui dit pour tout compliment :
« Je vous aime bien plus, sans doute, que ma vie I •
Lors j'entendis ce bel amant ' Lui répondre amoureusement :
« De plaisir mon âme est ravie ;
Je me meurs, viens à mon secours,
Et pour me guérir dis toujours :
i Je vous aime bien plus, sans doute, que ma vie I »
Vivez, ô bienheureux amants, Dans ces parfaits contentements, Malgré la rage de l'envie ; Et que ce mutuel discours Soit ordinaire en vos amours :
« Je V0U3 aime bien plus, sans doute, que ma yie I •
(JaUlcH«M.)
IM lACOmULIllB FISCAL.
ÉPI6RAMME
rouR EBimqn» dibo du dou bu u f9MiM*
Je ne suis pas si fort saisie
Des faveurs de la poésie, Que je ne reconnaisse humblement devant tous^
Grand Dieu I que ce n*est pas Fétude
Qui m'a donné cette habitude, Et, sans la mériteri que je la tiens de vous.
(Août16S8.i)
STANCES
•m LU «AmB 9UJB?.
Père de ce grand univers,
Si Tardeur de faire des vers, Fardes puissants ressorts tient moa Anie epchantée,
J*avoue humblement devant tous
Que je tiens cette ardeur de vous ; De vous, dis-je, ô grand Dievi I saps VavQÎr Qiéritée.
Oui, je tiens de votre bonté
Ce beau don si fort souhaité Par les ardents désirs de tant de belles âme? ;
Et par un secret jugement,
Mon jeune et faible entendement Est par vous éclairé de ces; diviries fjaounoi^.
Seigneur, un cœur pdéçonnaiss^nt * Ne peut pas paraître innocent A votre sainte face. Est-il donc pas bien juste
' Mie. F« C. : i UA tteout f«eonii«litafif,., » ^ Oeqnl fonnt mi
woisas. 4S7
Qu'éprise d'un divin braadim, J'use de votre mtoie don Pour rendre compliment à votre nom auguste?
Gomme les torrents, les ruisseaux,
Les fleuves et toutes les eaux Retournent en la mer, lieu de leur origine,
Ainsi, grand Dieu I mes petits vers,
Sans souci de tout l'univers, Retoomeront à vous, vous leur source divine ^
STANCES
POUR KBKEBCin DUO, kV SORTIR Dl LA KTITI vArOLI.
Moteur de ce grand univers, Inspirez-moi de puissants vers ; Envoyez-moi la voix des anges, Non pas pour louer les mortels, Hais pour entonner vos louanges Et vous remercier au pied de vos autels.
Votre souveraine bonté, Du haut du ciel, a visité Le plus chétif ver de la terre.
Et garanti du coup fatal Un corps plus fragile que verre, Parmi tous les excès d'un incroyable mal.
Ainsi l'on voit qu'en vérité, Grand Dieu I votre bénignité @'est montrée en moi bicQ extréi^Q,
« MéH^ Fi C. ; f o. V9r$ leur source.., •
428 JAGOUBLINB PASCAL.
Me garantissant d*un péril Où, sans votre bonté suprêmei Mes ans allaient finir dans lour plus bel avril.
Oh I que mon cœur se sent heureux.
Quand au miroir je vois les creux Et les marques de ma vérole :
Je les prends pour sacrés témoins, Suivant votre sainte parole, Que je ne suis de ceux que vous aimez le moins.
Je les prends, dis-je, 6 souverain I Pour un cachet dont votre main Voulut marquer mon innocence ; Et cette consolation Me fait avoir la connaissance Qu'il ne faut s'affliger de cette affliction.
Mais, grand Dieu i mon travail est vain ; Il faut un esprit plus qu'humain Pour bien raconter vos merveilles ; Et ce grand excès de bouté, Charmant les yeux et les oreilles, Excède mon pouvoir et non ma volonté.
(Tiovembra 4638.)