LETTRE DE JACQUELINE PASCAL, A M. PASCAL, SON PERE K
A Paris ce vendredi 19 juin 1648.
Monsieur mon père,
Comme l'ingratitude est le plus noir de tous les vices, tout ce qui en approche est si horrible, qu'il ne peut pas seulement tomber dans la pensée d'une personne qui aime tant soit peu la vertu; et parceque Toubli des bienfaits qu'on a reçus de quelqu'un (surtout quand ils sont grands et qu'ils ont été presque continuels) en est d'ordinaire un effet et que le manque de confiance en cette même personne ne peut être l'effet que de cet ou* bli, je croirais faire un crime d'en manquer en celte occasion^ encore qu'il soit vrai que je souhaite beau*
* !•' Recueil VS. du P. Guerrier, pag. cm.
coup ce que je vous prie de m'accorder et que ce soit l'ordinaire de ceux qui souhailent de craindre aussi. Avant toutes choses, je vous conjure, mon père, au nom de Dieu (que nous devons seul considérer en toutes matières, mais particulièrement en celle-ci), de ne vous point étonner de la prière que je vous vais faire» puis* qu'elle ne choque en rien la volonté que vous m'avez témoigné que vous aviez. Je vous conjure aussi par tout ce qu'il y a de plus saint, de vous ressouvenir de la prompte obéissance que je vous ai rendue sur la chose du monde qui me touche le plus, et dont je souhaite Taccomplissement avec plus d'ardeur ^ Vous n'avez pas oublié sans doute cette soumission si exacte. Vous en parûtes trop satisfait pour qu'elle soit si tôt ' sortie de votre esprit. Dieu m'est témoin que je crois avoir fait mon devoir d'en user ainsi, et que ce que je vous en dis n'est que pour vous faire comprendre que tantes mes maximes me portent à ne rien entreprendre d'im* portant que par votre consentement, et que jamais il ne m'arrivera de vous fâcher, s'il m'est possible. Je prie Dieu de vous l'imprimer aussi bien dans la pensée qu'il l'est dans mon coeur. Après cela, mon père, je ne doute plus que vous ne me fassiez Thonneur de me croire et que vous ne m'accordiez ma demande. L'affection avec laquelle je la souhaite fait que je n'ose vous la dire sans des préparations qui vous feront sans doute penser que c'est quelque chose de conséquence. Elle ne l'est
« Edit. V.C: «... avec autant d'ardeur. » ' Idem (met i sitôt.
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pourtant nullement, et si peu que connaissant en moi le dessein que j*ai de vous obéir en quelque lieu que je sois, avec la même exactitude que j'ai fait jusqu'ici, et que d'ailleurs la chose presse, je crois que sans vous offenser en rien (et je serais bien fâchée d'en avoir seulement eu la pensée), j'eusse pu le faire devant que de vous en parler, n'eût été que vous en eussiez été surpris, et que comme c'est l'image d'un plus grand engagement, cela eût pu vous étonner de l'avoir fait sans votre aveu, et vous l'eussiez peut-être pris pour une image de désobéissance.
Vous saurez donc, mon père, s'il vous plaît, çlje crois bien que vous en êtes déjà instruit, que c'est une chose ordinaire parmi les personnes de toutes sortes de conditions engagées dans le monde ou non, lesquelles ont quelque soin d'elles-mêmes, de faire presque à toutes les bonnes fêtes et souvent aussi en d'autres temps (c'est le directeur qui en juge), quinze jours ou trois semaines de retraite dans une maison religieuse ou l'on s'enferme par la permission de la supérieure pour ne s'entretenir qu'avec Dieu seul, parmi des personnes qui ne soient qu'à lui ; c'est pourquoi ceux qui sont le plus soigneux de leur salut se mettent, quand ils le peuvent, dans les maisons les mieux réglées. Je crois que vous voyez bien mon dessein et que vous pensez avec moi que je ne puis faire un meilleur choix que de jeter les yeux pour cela sur le Port-Royal de Paris, ni prendre un temps plus propre que celui de votre absence, où je ne puis vous rendre aucun service non plus qu'au reste de la maison, -à qui je suis entièrement
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inutile à cette heure; car depuis que vous êtes parti, je n*ai pas écrit un seul mot pour mon frère, qui est la chose pour laquelle il aurait plus besoin de moi ; mais il peut s'en passer par le moyen d'une autre personne. Enfln je ne vois rien où je puisse seulement être utile, jusques à votre départ pour Rouen, principalement si Ton compare cette utilité avec la nécessité qu*il y a pour moi de faire celte retraite, surtout en ce lieu-là ; car, puisque Dieu me fait la grâce d'augmenter de jour en jour l'effet de la vocation qu'il lui a plu me donner ' (et que vous m'avez permis de conserver), qui est le désir de l'accomplir aussitôt qu'il m'aura fait connaître sa volonté par la vôtre; puis, dis-je, que ce désir m'augmente de jour en jour, et que je ne vois rien sur la terre qui me pût empêcher de l'accomplir si vous me l'aviez permis *, cette retraite me servira d'épreuve pour savoir si c'est en ce lieu-là que Dieu me veut. Je pourrai là l'écouter seul à seule, et peut-être par là je trouverai que je ne suis pas ' née pour ces sortes de lieux; et, s'il est ainsi, je vous prierai franchement de ne plus songer ni vous préparer à ce que je vous avais dit ; ou bien, si Dieu me fait entendre que j'y suis propre, je vous promets que je mettrai tout mon soin à attendre sans inquiétude l'heure que vous voudrez choisir pour sa gloire ; car je crois que vous ne cherchez que cela ; au lieu que je vis à présent dans un désir continuel d'une chose que je ne sais si elle pourrait réussir*
■ EdU. F. C. ; c ... plu de me donner... »
' Idem : « ... si vous {e voMex et que vous me Veussiex permis ..«
* Idem omet : pa$,
S2S JACQUELIHK PASCAL.
quand même vous la souhaiteriez ^ Si bien que je snii dans un embarras d*esprit qui ne se peut dire. Mais après cette épreuve, je pourrai presque avec certitude vous assurer de l*un ou de Fautre, et attendre avec patience le temps que vous m'ordonnerez.
Ma pensée était de demeurer dans ce Ueu-là, au cas que vous le trouvassiez bon, jusques à ce que vous fussiez prêt de retourner à Rouen. Néanmoins, si vous voulez absolument que je retourne devant ce temps-là, je n'ai pas affaire de vous assurer que je le ferai ' ; car je sais bien que vous n'en doutez pas. Aussi ne manquerai-je pas à vous obéir promptement.
Voilà, monsieur mon père, la très-humble prière que j'avais à vous faire ; je ne doute pas que vous ne me raccordiez, mais je vous prie de prendre la peine de m'y faire faire réponse le plus tôt que vous le pourrez par ma sœur ou par quelque autre ; car je crains que les remèdes vous empêchent de vous donner la peine de la faire par vous-même. Considérez, s'il vous plaît, que je n'ai que ce seul temps-là pour faire cette retraite, si utile et même si nécessaire pour moi principalement à cause des circonstances qui s'y rencontrent. C'est pourquoi je vous conjure, si j'ai jamais été assez heureuse pour vous satisfaire en quelque chose, de m'accorder promptement ce que je vous demande. Ces religieuses ont eu assez de bonté pour me l'accorder de leur part ; M. Perier, mon frère et ma fidèle l'approuvent et ea
«AW, F. C. : « ... si elle pourrait vous tatUfair^ quand vous la souhaiteriez...»
* Idem ; « ... que je le ferai bien,.» »
IKTTUS. SIS
sont contents, pourva que vous y consentiez , si bien qu'il ne dépend que de tous seul. J'ai pris la hardiesse de vous prier de peu de chose en ma vie; je vous sup« plie, autant que je le puis et avec tout le respect possi- Me, de ne me point refuser celle-ci et surtout de nû me point laisser sans réponse, si ce n'est que ces petites retraites étant, comme j'ai dit, des choses fort ordinaires, vous les jugiez si peu importantes que la mienne puisse être faite sans une marque expresse de votre volonté, et qu'ainsi je n'aie pas sujet de croire que vous trouviez mauvais le dessein que j'en aï, à moins que vous me fassiez mander que vous ne le voulez pas. Car comme la poste part souvent et qu'ainsi vous ave2 grande commodité de faire écrire, et que d'ailleurs le silence est pris pour un consentement, si je ne reçois point de vos nouvelles tout au plus tard de mardi en huit jours (je puis en recevoir devant), je vous prie de ne point trouver mauvais que je me dispose pour aller faire mon petit voyage de dimanche, qui est le 21*, en quinze jours. Auparavant pourtant que de partir, je saurai s'il n'y a point de lettres de vous à la poste ; après quoi s'il n'y en a point, je serai entièrement confirmée dans la pensée que vous le souhaitez aussi bien que moi, et ainsi je ne ferai nulle difficulté de passer outre; car je vous assure que si je ne croyais que ce me fût une preuve évidente de votre consente'^ ment je n'aurais garde de l'entreprendre.
S'il y avait quelque conjuration plus forte que l'amour de Dieu, pour vous obliger de m'accorder en sa faveur cette petite prière, je l'emploierais en une occa^
sion pour laquelle j*ai tant d'affection et qui me fait TOUS conjurer, au nom de ce saint amour que Dieu nous porte et que nous lui devons, d'accorder ma demande ou à ma faiblesse, ou à mes raisons, puisque vous devez être certain, plus par la dernière épreuve que vous en avez faite que par toutes les autres, que vos corn* mandements me sont des lois, et que toutes les fois qu'il s'agira de votre satisfaction, au préjudice même du repos de toute ma vie, vous connaîtrez par la promptitude avec laquelle j'y courrai que c'est par reconnaissance et par affection plutôt que par le devoir, et que quand je vous accordai ce que vous me demandiez, c'était par pure affection à votre service (selon Dieu), lequel vous me dites être la cause pourquoi vous me reteniez auprès de vous. J'espère en Dieu qu'il vous fera connaître quelque jour combien plus je vous pourrai servir auprès de lui qu'auprès de vous. Mais en attendant ce temps, je le prie de me conserver toute ma vie dans les sentiments où j'ai toujours été jusqu'ici d'attendre avec patience votre volonté après que j'aurai tàcbé de découvrir la sienne (pour le regard du lieu que j'ai dans l'esprit), dans ma petite retraite, sur 1 sujet de laquelle j'attendrai votre réponse avec l'impatience que vous pouvez vous imaginer, mais avec une soumission d'esprit tout entière, quoique avec un désir très-grand de l'obtenir ; et quelque chose qu'elle contienne ' elle ne changera en rien la passion qu'elle trouvera en moi et qui ne me quitte point de vous té-
1 Edii, V»jC, omet ces mots : 9t quelque chose qu'elle conTtififM.
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moigner de combien je suis plus véritablement par l'affection du cœur que par la nécessité de la nature,
Monsieur mon père,
Votre très-humble et très-obéissante fille et servante,
J. Pascal.
M. Perier, mon frère, et ma fidelle vous baisent très* humblement les mains.
LETTRE I)E PASCAL ET DE SA SŒUR JACQUELINE A MADAME PERIER , LEUR SŒUR ^
A Paris, ce 5 noyembre, après-midi 1648.
Ma chère sœur,
Ta lettre nous a fait ressouvenir d'une brouillerie dont on avait perdu la mémoire, tant elle est absolument passée. Les éclaircissements un peu trop grands que nous avons procurés ont fait paraître le sujet général et ancien de nos plaintes, et les satisfactions que nous en avons faites ont adouci Taigreur que mon père en avait conçue. Nous avons dit ce que tu avais déjà dit, sans savoir que tu l'eusses dit, et ensuite nous avons excusé de bouche ce que tu avais depuis excusé par écrit, sans savoir que tu l'eusses excusé * ; et nous n'a-
■ î*\ Recueil MS. du P. Guerrier, page cv.
* Edit. V. C. omet : Sans savoir que tu Vêtisses dit^ et ensuite notis avons excusé de bouche ce que tu avais depuis excusé par écrit.
vons su ce que tu as fait qu'après que nous Tavons eu fait nous-mêmes ; car comme nous n'avions rien caché à mon père, il nous a aussi tout découvert et guéri ensuite tous nos soupçons. Tu sais combien ces embarras troublent la paix de la maison extérieure et intérieure, et combien dans ces rencontres on a besoin des avertissements que tu nous a donnés trop tard.
Nous avons à t'en donner nous-mêmes sur le sujet des tiens. Le premier est sur ce que tu mandes que nous t'avons appris ce que tu nous écris : !<> Je ne me souviens point de t'en avoir parlé, et si peu que cela m'a été très-nouveau. Et, de plus, quand cela serait vrai, je craindrais que tu ne l'eusses retenu humainement, si tu n'avais oublié la personne dont tu l'avais appris pour ne te ressouvenir que de Dieu, qui peut seul te l'avoir véritablement enseigné. Si tu t'en souviens comme d'une bonne chose, tu ne saurais penser le tenir d'aucun autre, puisque ni toi ni les autres ne le peuvent apprendre que de Dieu seul. Car, encore que dans cette sorte de reconnaissance on ne s'arrête pas aux hommes à qui on s'adresse comme s'ils étaient auteurs du bien qu'on a reçu par leur entremise, néanmoins cela ne laisse point de former une petite opposition à la vue de Dieu, et principalement dans les personnes qui ne sont pas entièrement épurées des impressions charnelles qui font considérer comme source de bien les objets qui le communiquent.
Ce n'est pas que nous ne devions reconnaître et nous ressouvenir des personnes dont nous tenons quelques instructions, quand ces personnes ont droit de les faire, comme les pères, les évéques et les directeurs, parci
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qu^ils sont les maîtres dont les antres sont les disciples. Mais quant à nous, il n'en est pas de même ; car comme Tange refusa les adorations d'un saint serviteur comme lui, nous te dirons, en te priant de n'user plus de ces termes d'une reconnaissance humaine, que tu te gardes de nous faire de pareils compliments, parce que nous sommes disciples comme toi.
Le second est sur ce que tu dis qu'il n'est pas néces« saire de nous répéter ces choses, puisque nous les savons déjà bien ; ce qui nous fait craindre que tu ne mettes pas assez de différence entre les choses dont tu parles et celles dont le siècle parle S puisqu'il est sans doute qu'il suffit d'avoir appris une fois celles-ci et de les avoir bien retenues pour n'avoir plus besoin d'en être instruit, au lieu qu'il ne suffit pas d'avoir une fois compris celles de l'autre sorte *, et de les avoir connues de la bonne manière, c'est-à-dire par le mouvement intérieur de Dieu, pour en conserver la connaissance de la même sorte, quoique l'on en conserve bien le souvenir. Ce n'est pas qu'on ne s'en puisse souvenir, et qu'on ne retienne aussi facilement une épître de saint Paul qu'un livre de Virgile ; mais les connaissances que nous acquérons de cette façon, aussi bien que leur continuation, ne sont qu'un effet de mémoire*, au lieu que poar y entendre ce langage secret et étranger à ceux qui le sont du ciel, il faut que la même grâce qui peut seule
> VEdit. V, C. omet ces mots : et eelU» dont le êiécle parle, qui sont cependant indispensables pour le sens.
* La même édition dit : de toutes sorte$y ce qui n*a aucaa sens.
* Edit. F*. C. ; «... de cette mémoire... »
en donner la première intelligence, la continue et la rende toujours présente, en la retraçant sans cesse dans le cœur des fidèles pour la faire ^ toujours vivre : comme dans les bienheureux, Dieu renouvelle continuellement leur béatitude, qui est un effet et une suite de la grâce; comme aussi TÉglise tient que le père produit continuellement le fils et maintient réterni té de son essence par une effusion de sa substance, qui est sans interruption aussi bien que sans fin.
Ainsi, la continuation de la justice des fidèles n*est autre chose que la continuation de Tinfusion de la grâce, et non pas une seule grâce qui subsiste toujours; et c'est ce qui nous apprend parfaitement la dépendance perpétuelle où nous sommes de la miséricorde de Dieu, puisque, s*il en interrompt tant soit peu le cours, la sécheresse survient nécessairement. Dans cette nécessité, il est aisé de voir qu'il faut continuellement faire de nouveaux efforts pour acquérir cette nouveauté continuelle d'esprit, puisqu'on ne peut conserver la grâce ancienne que par l'acquisition d'une nouvelle grâce, et qu'autrement on perdra celle qu'on pensera retenir *, comme ceux qui, voulant renfermer la lumière, n'enferment que les ténèbres. Ainsi, nous devons veiller à purifier sans cesse l'intérieur, qui se salit toujours de nouvelles taches en retenant aussi les anciennes, puisque, sans le renouvellement assidu, on
» Edit. V. C. : « ... le faire... »
* Idem abrège ainsi : « ... continuelle d'esprit, puisqu* autrement on ne peut conserver la grâce et qu'on perdra celle qu'on prétend retenir... »
n*est pas capable de recevoir ce vin nouveau, qui ne sera point mis en vieux vaisseaux.
G*est pourquoi tu ne dois pas craindre de nous remettre devant les yeux les choses que nous avons dans la mémoire et qu'il faut faire rentrer dans le cœur, puisqu'il est sans doute que ton discours en peut mieux servir d'instrument à la grâce, que non pas l'idée qui nous en reste en la mémoire, puisque la grâce est particulièrement accordée à la prière, et que cette charité que tu as eue pour nous est une prière du nombre de celles qu'on ne doit jamais interrompre. C'est ainsi qu'on ne doit jamais refuser de lire ni d'ouïr les choses saintes, si communes et si connues qu'elles soient; cor notre mémoire, aussi bien que les instructions qu'elle retient, n'est qu'un corps inanimé et judaïque sans l'esprit qui doit les vivifier. Et il arrive très-souvent que Dieu se sert de ces moyens extérieurs * pour les faire comprendre et pour laisser d'autant moins de matière à la vanité des hommes, lorsqu'ils reçoivent ainsi la grâce en eux-mêmes. C'est ainsi qu'un livre et qu'un sermon, si communs qu'ils soient, apportent bien plus de fruit à celui qui s'y applique avec plus de disposition, que non pas l'excellence des discours plus relevés qui apportent d'ordinaire plus de plaisir que d'instruction; et Ton voit quelquefois que ceux qui les écoutent comme il faut, quoique ignorants et presque stupides, sont touchés au seul nom de Dieu et par les seules paroles qui
» Edit. V. C. : «... de ces moyens extérieurs, plutôt que des in-' tiri»urs,,.ii
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les menacent de Tenfer, quoique ce soit tout ce qu'ils y comprennent et qu'ils le sussent aussi bien auparavant.
Le troisième est sur ce que tu dis que tu n'écris ces choses que pour nous faire entendre que tu es dans ce sentiment ; nous avons à te louer et à te remercier également sur ce sujet ; nous te louons de ta persévérance et te remercions du témoignage que tu nous en donnes. Nous avions déjà tiré cet aveu de M. Perier, et les choses que nous lui en avions fait dire nous en avaient assurés : nous ne pouvons te dire combien elles nous ont satisfaits qu'en te représentant la joie que tu recevrais si tu entendais dire de nous la même chose.
Nous n'avons rien de particulier à te dire, sinon* touchant le dessein de votre maison ^. Nous savons que M. Perier prend trop à cœur ce qu'il entreprend pour songer pleinement à deux choses à la fois, et que ce dessein entier est si long pour l'achever, il faudrait qu'il fût longtemps sans penser à autre chose. Nous savons bien aussi que son projet n'est que pour une partie du bâtiment; mais, outre qu'elle n'est que trop longue elle seule, elle engage à l'achèvement du reste aussitôt qu'il n'y aura plus d'obstacle, de quelque résolution qu'on se fortifie pour s'en empêcher, principalement s'il emploie à bâtir le temps qu'il faudrait pour se détromper des charmes secrets qui s'y trouvent.
« Edit. V. C. supprime le mot sinotif ce qui donne un sens tout contraire au véritable.
* Il s'agit de la maison de campagne que M. Perier faisait alors bâtir et qui existe encore aujourd'hui à Bienassis, aux portes de Clermont.
LETTftES. nZ\
Ainsi nous Tavons conseillé de bâtir bien moins qu'il ne prétendait et rien que le simple nécessaire, quoique sur le même dessein, afin qu'il n*ait pas de quoi s'y engager et qu'il ne s'ôle pas aussi le moyen de le faire. Nous te prions d'y penser sérieusement, de t'en résoudre* et de l'en conseiller, de peur qu'il arrive qu'il ait bien plus de prudence et qu'il donne bien plus de soin et de peine au bâtiment d'une maison qu'il n'est pas obligé de faire qu'à celui de cette tour mystique, dont tu sais que saint Augustin parle dans une de ses lettres, qu'il s'est engagé d'achever dans ses entretiens. Adieu. B. P.— J. P.
Post'scriptum de Jacqueline : J'espère que je t'écrirai en mon particulier de mon affaire, dont je te manderai le détail; cependant prie Dieu pour son issue*.
Si tu sais quelque bonne âme, fait la prier Dieu pour moi aussi (a).
Noi9 du p. Guerrier : Cette lettre est écrite de la main de mademoiselle Jacqueline Pascal. — (a) Celte ligne est écrite de la main de M. Pascal.
LETTRE DE JACQUELINE PASCAL A MADAUB PEElAl,