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(lues, et de ees diverses réllexions de diverses femmes comme il faut, il est résulté ceci : un luxe de toilette qui va jusqu'au délire, des modes universelles qui ne connaissent point de lois, que rien n'arrête , ni les temps, ni la distance, ni les préjugés; qui empruntent une idée à tous les pays, à toutes les religions, à toutes les opinions, à tous les âges. On apprendrait l'histoire de France, l'histoire d'Angleterre et la géographie, rien qu'en lisant le journal des modes. Chapeaux à la Marie Stuart, à la Henri /F, coiffure à la Mancini, nœuds à /aFon/aw^es,résillesespagnoles, turbans égyptiens. Tous les souvenirs sont évoqués, tous les rangs sont confondus, toutes les croyances sont mêlées; une duchesse porte des bonnets à la Charlotte Corday, une méthodiste porte des turbans à la Juive ; ce qu'il faut, c'est paraître belles, n'importe comment; on ne demande plus, comme autrefois, si une chose est bien ou mal portée, on choisit ce qui sied ; d'ailleurs, on a remarqué que ce que l'on appelait les choses mal portées étaient toujours les plus jolies. On ne prononce donc plus aujourd'hui, que pour les jeunes personnes, ce mot charmant : a une élégante simplicité. » Les modes sont royales, et comme les mœurs sont toujours trèsbourgeoises, les dépenses n'ont plus de bornes. En effet, nos mères portaient jadis de magnifiques étoffes ; leurs fourreaux de soie coûtaient un prix exorbitant, leurs falbalas de dentelles auraient suffi à doter une fermière, leur robe de noce valait la rançon d'un prisonnier; sans doute; mais aussi quel respect nos mères avaient pour de si rares merveilles ! que leur démarche était calme et prudente! quelle décence et quelle éco-> nomic dans leur grave maintien ! on marchait avec pré-
caution, on riait avec ménagement, on embrassait ses enfants avec la plus grande circonspection ; bien mieux, on ne les embrassait plus passé une certaine heure. Il y avait de certaines robes si belles, si imposantes, si jalouses, qu'elles ne permettaient aucune affection. Aujourd'hui toutes les robes sont indulgentes, les plus riches étoffes sont traitées sans égard ; on se promène dans la rue en traînant une robe de velours vert, on joue avec son enfant malgré deux étages de dentelles, et l'enfant qui vient de manger du chocolat ou des confitures imprime sa petite main chérie sur le satin groseille et sur le pékin bleu. Tout jeune on le dresse au massacre, et lui-même a déjà de beaux ornements à déchirer, il plume en jouant son petit manchon dont la fourure est précieuse, il agrandit avec ses ongles les points à jours de son fichu; et comme son panache flottant le divertit beaucoup, il prend cet ornement pour un joujou et il vient vous montrer avec le plus charmant sourire qu'il a cassé lui-même toutes les plumes de son chapeau... Ainsi, les femmes d'aujourd'hui ont ramené les modes de nos mères, sans ramener les grands airs et l'étiquette qui rendaient ces modes raisonnables ; on s'habille en princesse pour sortir à pied , on se couvre de satin et d'hermine pour être bonne d'enfant et femme de ménage, et l'on est forcé de renouveler tous les ans les robes que l'on portait autrefois toute la vie. C'est pourquoi les maris et tous ceux qui leur ressemblent poussent, à cette époque de l'année, des gémissements qui font pitié. Comme ils vantent la mousseline de laine ! avec quelle adresse ils vous disent, en parlant d'une ctoffe ruineuse : « C'est fort beau cela, mais cela ne sied pas, le velours grossit ; moi, je n'aime que les gazes
légères; la mousseline blanche; le blanc, c'est si joli ! » — Les pauvres femnfies disent : « Il fait bien froid pour porter de la mousseline ; d'ailleurs avec les fourrures... — Ah! ne me parlez pas de fourrures, vous êtes trop grasse, ma chère, trop petite ; avec un mantelet fourré et un manchon, vous aurez l'air d'un gros chat !.. » Nous croyons, en vérité, que le besoin d'une loi somptuaire se fait sentir. Il y en avait bien du temps du Grand roi. Oui, mesdames, il y a un édit de Louis XIV qui défend les paillettes, les broderies et les guipures! ces mêmes guipures qui sont aujourd'hui la folie nouvelle, ces dentelles d'église qui ressemblent au papier à jour qu'on met sur les dragées, elles étaient bannies de cette cour élégante. Si vous doutez de nous, croyez-en Molière; il fait parler ainsi Sganarelle :
Oh! que je sais au roi bon gré de ces décris; Et que pour le repos de ces mêmes maris Je voudrois bien qu'on fit de la coquetterie Comme de la^?n/>wre et de la broderie!
Ce beau vœu de Sganarellen'a pas encore été exaucé. On a depuis ce temps fait bien des lois contre beaucoup de choses; on a fait des lois contre les journaux, contre les crieurs publics, contre les associations et contre le faux tabac; on a supprimé les jeux et la loterie; mais on n'a jamais songé au décret que Molière demande. On n'a jamais proposé la moindre loi répressive contre la coquetterie. Les gouvernements qui se sont succédé en France jusqu'à ce jour (cette phrase ne nous appartient pas, nous l'empruntons au Constitutionnel, d^n Journal des Débats, au Journal de Paris ^ au National, au Courrier Français, etc., etc., et à quatre-vingt-dix-
neuf broclunes et opinions politiques), les gouvernements qui se sont succédé en Fiance jusqu'à ce jour, ne se sont pas sentis assez forts pour accomplir cette réforme, beaucoup plus électorale qu'on ne pense; ils ont reculé devant la difficulté; le ministère actuel aura-t-il plus de hardiesse? Nous n'oserions pas le lui conseiller; et pourtant, ce que l'on raconte des séductions féminines de la Coalition nous ferait croire qu'il gagnerait plus qu'un autre à risquer ce coup d'État.
LETTRE PREMIÈRE
12 janvier 1839.
Aspect de la Chambre des Dépulés, — M. Guizot et Moïse. — Le verre d'eau sucrée. — La statue de la Liberté. — L'éléphant de la Bastille. — Inventions nouvelles — Tissus de verre. — Batiste d'ananas. — Daguerréotype.
Cette semaine la politique a envahi toutes les pensées, elle seule s'est emparée de toutes les conversations. On n'entendait que ces mots : Qu'a-t-on fait à la Chambre? étiez-vous à la Chambre? qui a parlé aujourd'hui à la Chambre? enfin cela était si fort que nous-même avons été entraîné et que nous sommes allé aussi à la Chambre; lundi, hélas! c'était lundi. Pourquoi n'était-ce pas hier? nous en serions revenu moins triste. Nous n'aurions pas entendu M. Guizot que nous admirions tant, et nous aurions entendu M. de Lamartine pour l'admirer toujours; mais nous n'avons de bonheur en rien.
Pour un indifférent comme nous, pour un être aussi impartial, disons plus, pour un esprit aussi impassionnable que le nôtre, c'est un singulier spectacle que celui de laChambre des Députés : des hommes qui individuel lement sont presque tous capables, et qui réunis semblent paralysés; des hommes qui séparérnent pos.sèdent,
soit en talent, soit en expérience, soit en moyens d'action, une valeur réelle, incontestable, qui chez eux ont intelligence et courage, savoir et richesse, et qui, rassemblésencorpspolitique au Palais-Bourbon, ne forment plus qu'une masse inquiète, sans puissance, sans prestige et sans dignité; des chiffres qui ne sont point une somme, des armes qui ne forment point de faisceaux, des fleuves bienfaisants tant qu'ils roulent des flots solitaires, et qui viennent se noyer dans un océan capricieux et inutile, mer sans rivage, que soulèvent, comme les vents, toutes les passions impétueuses et toutes les ambitions bouffies, et au fond de laquelle va périodiquement s'engloutir le fragile î^aKsseaw de rÈlat.K^stce pas un sujet de méditations éternelles? Voyez enfin de quels nobles éléments se compose la Chambre! Là sont de braves généraux auxquels vous confieriez vos armées, et vous feriez bien; là sont des hommes de finance pleins d'habileté auxquels vous confieriez votre fortune, et vous feriez bien; là sont d'éloquents avocats auxquels vous confieriez toutes vos causes, et vous feriez encore bien. Et cependant toutes ces expériences associées, ces capacités mariées, ces talents cotisés, ces grands hommes incorporés, ne peuvent parvenir à régler tout simplement les affaires du pays; inexplicable mystère, d'où cela vient-il? Gela vient peut-être de ce qu'ils ne s'en occupent pas.
En effet, nous n'avons entendu l'autre jour que des orateurs personnels, d'anciens ministres, qui sont venus nous parler d'eux ; de graves historiens qui se sont humiliés jusqu'à ne plus raconter que leurs mémoires; non-seulement ils rappelaient tout ce qu'ils avaient fait, mais encore ils répétaient tout ce qu'ils avaient
<lit, et s'ils reprochaient à un autre orateur ce (lu'ii avait eu jadis l'imprudence d'avancer, c'était encore pour avoir le droit de rappeler ce qu'ils lui avaient répondu . Cette éloquence rétrospective nous a fort inquiété: dire, c'est déjà beaucoup; redire, c'est affreux, et toutes ces phrases qui commencent ainsi : je disais à telle époque, je soutins à telle époque, ou bien, alors vous disiez, et alors je répondais, nous ont jeté dans une grande épouvante; nous avons pensé qu'il était possible que l'on vînt de même nous répéter encore l'année prochaine tout ce que nous allons entendre cette année-ci. Que devenir? Il n'y a plus de raison pour que cela finisse. Il n'y a qu'un moyen de mettre un frein à cet abus, c'est de faire payer un gage à tout orateur qui se fera son propre écho, et qui redira plus de sept fois la même chose. Les bavardeurs seraient ruinés, mais cela simplifierait bien les questions.
M. Guizot s'est servi l'autre jour d'une expression qui nous a fort étonné : « Mes amis politiques, a-t-il dit, j'en atteste mes amis politiques. » Qu'est-ce que c'est qu'un ami politique? la politique est chose absolue qui n'admet point d'affection ; on a en politique des partisans, des associés, des disciples, des élèves, mais on n'a point d'amis. On aurait plutôt des parents politiques, car une idée est une famille; et nous reconnaissons la fraternité des études et l'alliance des convictions, mais cela n'est pas de l'amitié, et nous ne reprochons à M. Guizot cette définition du parti doctrinaire que parce qu'elle est exacte ; hélas, oui, M. Guizot, vous avez des amis politiques, et c'est bien là votre malheur; vous avez toujours agi non pas pour le pays, non pas même pour vous, mais pour eux, et c'est pour eux encore que vous
— 2G6 — agissez aujouid luii. C'est parce qu'ils sont mécontents que vous vous mettez en colère, c'est pour qu'ils soient quelque chose que vous voulez être tout. Ils ne sont rien sans vous, et \otre erreur est de croire que vous ne seriez rien sans eux. Seul vous seriez patient et fort. Vous aimez le pouvoir, mais vous sauriez l'attendre; car vous êtes certain qu'il ne peut vous échapper. D'ailleurs vous n'avez pas besoin d'être ministre pour être un homme important, vous avez plus d'une gloire à votre arc. On ne peut pas faire que vous ne soyez pas M.Guizot, Achille boudeur, n'en est pas moins Achille; mais vos amis politiques ne vous laisseront jamais le loisir de bouder, et ils ont raison, ils ne sont pas posés comme vous pour attendre agréablement; il faut être juste et se mettre h leur place; si comme le héros grec vous vous retiriez digne et superbe sous votre tente, ce serait très-généreux, très-beau ; mais eux, ils resteraient pauvres et frileux sous la remise, ce qui serait moins noble et ce qui ne leur conviendrait pas du tout. 11 faut croire que l'on est fort mal sous le hangar politique, car personne n'y veut rester. Votre dignité les réduirait au néant, votre silence au mutisme; ils n'ont rien à dire quand vous n'avez point parlé; si vous demeuriez dans l'ombre ils se trouveraient dans la nuit. Partez donc, remorquez-les avec courage, vos amis politiques, mais marchez vite, et tâchez d'en laisseï' beaucoup en chemin, tachez d'arriver seul si vous voulez rester ; les amis politiques donnent de la valeur aux hommes médiocres, mais ils paralysent les hommes de génie. Un iiomme comme vous, M. Guizot, doit marcher seul, mystérieux et rêveur comme Moïse, qui ne s expliquait qu'avec Dieu. Il n'a point d'amis, parce
(ju'il no peut avoir de liens; mais il a des disciples (jui vont semer au loin les graines de sa pensée, qui vivent de sa parole et non de ses promesses, qui l'écoutent avec confiance, et qui ne lui demandent rien. Les amis en politique sont des tyrans; malheur à qui s'engage à plaire à quelques-uns. On n'a tout le monde que lorsqu'on n'a personne. Ah! M. Guizot, croyez-en le plus obscur de vos admirateurs, en politique on est bien fort quand on est seul. Vous avez commis une grande faute : vous étiez chef, vous vous êtes fait meneur ; vous aviez une école, vous en avez fait une coterie.
Mais de quoi nous-mêlons nous? de venir donner des avis à de si graves personnages. Est-ce donc cela qu'on attend de nous. Devons-nous traiter de pareils sujets? Non ! mais s'il nous est défendu d'attaquer les illustres parleurs de la Chambre, nous avons bien le droit de critiquer le puissant auxiliaire de leur improvisation, la lyre qui leur donne l'inspiration, le confident de leur faiblesse, le consolateur de leur disgrâce ; en un mot, le verre d'eau sucrée! Nous serons pour lui sans pitié; nous l'atlaquerons avec violence. Quoi! ce personnage important, qui joue un si grand rôle dans nos débats parlementaires, le verre d'eau sucrée ne trouve pas moyen d'être plus décent! Quoi! méchant verre d'eau, tu n'es même pas en cristal, et tu oses te présenter en public, dans cet état pitoyable, devant la France entière qui t'écoute, et l'Europe qui te contemple! Un verre de quatre sous, sur assiette blanche fêlée! Porcelaines de notre beau pays, révoltez-vous. Sèvres, indigne-toi, et vous, plateaux de Chine, plateaux d'argent et de plaqué, faites valoir vos droits; mines du Creusot, faites briller vos pointes de diamants, renversez du trône
parlementaire ce verre de quatre sous, ou Nieiment s'abreuver tous lespatriotismes qui bredouillent, toutes les voix indépendantes qui s'enrouent pour la défense de nos lois. Un verre de quatre sous sur une assiette blanche! Voilà donc quel est ce fameux verre d'eau sucrée si vanté dans les fastes de l'éloquence ! Comment se fait-il qu'on néglige une partie si importante du discours? A la tribune, mon Dieu, on peut se passer de bien des choses sans doute, on peut se passer de talent et d'esprit, on peut se passer de conviction, on peut se passer d'idée, on peut même se passer de mémoire et répéter toujours les mêmes choses, mais on ne peut pas se passer d'eau sucrée. Nous appelons l'attention de MM. les questeurs sur l'amélioration que nous réclamons au nom des députés représentants de la France, sinon nous répéterons en tous lieux que la Chambre est une maison bien mal tenue.
Une chose nous a frappé pendant l'appel nominal. Tous les députés causaient entre eux et personne n'écoutait les noms, qu'il fallait répéter toujours deux ou trois fois, excepté cependant MM. les ministres-députés et tous les députés qui ont été ministres. Oh! ceux-là n'étaient pas distraits. Tant qu'il ne pouvait être question d'eux, ils parlaient, ils discutaient dans les groupes, mais sitôt que la lettre de l'alphabet qui commence leur nom était en jeu, ils ([uittaient leur conversation et venaient, muets et attentifs, se poser au pied de la tribune. Us avaient la docilité de gens expérimentés qui ont étudié le pouvoir ; et les voyant ainsi méthodistes et consciencieux, nous disions en nous-même : U n'y a plus aujourd'hui que ceux qui ont appris à commandei- ((ui sachent obéir.... on disait le contraire autrefois.
l'eiulant que nos hommes d'Etat bâtissent des gouvernements avec des phrases et de l'eau sucrée, leurs œuvres se coulent en bronze, comme si elles étaient faites pour durer toujours. Ceux qui ont accompli si étourdiment la révolution de Juillet, et qui peut-être plus étourdiment encore sont occupés à la défaire, ne savent peut-être pas que la colonne de Juillet est achevée et qu'on doit la fondre dans huit jours. Nous espél'ons bien assister à ce travail merveilleux digne des forges de Vulcain. La statue de la Liberté est, dit-on, fort belle, et fait le plus grand honneur à l'artiste qui l'a exécutée, à M. Soyez. La colonne sera plus haute que celle de la place Vendôme; elle sera de bronze massif. Gare à ceux qui voudraient la renverser. La Liberté se fait solide, elle se défie de ses défenseurs.
A propos de cette statue, on nous parlait de l'éléphant de la Bastille, et l'on nous disait, pour nous donner une idée des agréables proportions de cet intéressant animal, que l'on avait pratiqué un escalier dans une de ses jam- ' bes; et que, dans l'intérieur de son corps, il y avait un musée. Voilà qui humilie la statue de saint Charles Borromée , dans l'estomac duquel tant de familles anglaises ont déjeuné. Mais aussi, quand un éléphant se mêle d'être colossal, on doit s'attendre atout.
On parle aussi, quand on ne parle pas politique, de toutes sortes d'inventions merveilleuses : des étoffes de verre qui feront des tentures admirables, puis d'une autre étoffe dont il nous serait bien difficile dedonner une définition. Cette étoffe est perméable à l'air et imperméable à l'eau. Ceci nous parait tenir du phénomène. Ce n'est pas tout : dans l'Inde on vient d'imaginer de faire de la batiste avec de l'écorce d'ananas; nous avons
SOUS les yeux un échantillon de cette merveille, rien de plus charmant, déplus fin, de plus beau. Les anciens appelaient la gaze du vent tissu; nous pourrions nommer la batiste d'ananas de Veau tissuc ; car cette toile blanche, lisse et luisante, a la fraîcheur, la transparence et l'éclat de l'onde la plus pure. Les Indiens ont aussi trouvé le moyen d'apprivoiser le thé dans leur climat. Ceci est assez dangereux et menaçant ; que deviendrions-nous, grand Dieu! si l'on allait s'imaginer que le thé pût s'acclimater en France? Naturalistes, préservez-nous de cette affreuse culture; que d'herbes potagères, que de foin gâté, que d'épinards palis on nous servirait le soir avec des gâteaux et des brioches I Le thé du cru serait quelque chose d'abominable. Savants, préservez-nous des thés du cru. Prouvez bien vite q\ie toute importation serait impossible. Autant vaudrait le thé de madame Gibou.
On s'occupe aussi beaucoup de l'invention de M. Daguerre, et rien n'est plus plaisant que l'explication de ce prodige donnée sérieusement par nos savants de salon. M. Daguerre peut étie bien tranquille, on ne lui prendra pas son secret. Personne ne songea le raconter; quand on en parle, on ne pense qu'à une chose, c'est à placer avantageusement les quelques mots d'une science quelconque que l'on a retenus au hasard. Ceux qui ont un ami ou un oncle physicien font de cette découverte un phénomène tout physique; ceux qui ont été amoureux de la fille d'un chimiste, font de cette invention une opération toute chimique; ceux enfin qui ont souvent mal aux yeux, la réduisent à un simple effet d'optique. Le moyen de se délivrer d'eux et de leurs inconcevables définitions, c'est de les mettre tous
aux prises les uns avec les autres; alors c'est un échange (le mots scientifiques, de faux latin et de grec tron(|ue ({ui est d'un entraînant irrésistible : quel délire 1 quel amphigouri ! il y aurait de quoi rendre fou un imbécile. Jusqu'à présent voilà ce que nous avons compris : la découverte, c'est le moyen de fixer l'image; ainsi vous obtenez par le reflet un portrait fidèle du pont des Arts, par exemple; vous tenez votre pont des Arts, bien, vous êtes content, point du tout ; un mari et sa femme passent sur le pont, et sans le savoir ils effacent votre dessin. Prenez donc garde, monsieur; vous gênez l'artiste qui est là-haut à sa fenêtre.
Vraiment cette découverte est admirable, mais nous n'y comprenons rien du tout, on nous l'a trop expliquée.