LETTRE XXI
20 décembre 1839,
Les |)rélenlions. — Voyageuses célèbres. — Mademoiselle d'Angcvillc. — Mademoiselle Améric Vespuce. — Décivilisation des Turcs.
L'heure du réveil général va sonner, le délire parisien s'annonce parles plus aimables symptômes; les angoisses du premier jour de l'an déjà se font sentir; les orchestres de bal déjà se font entendre ; tout le monde est à son poste , chacun prépare ses moyens d'effet; les orateurs politiques s'exercent et font des phrases, les confiseurs font des pastilles et des devises , les conspirateurs font des cartouches. Les acteurs étudient des rôles nouveaux pendant que les hommes d'Etat tâchent d'oublier ceux qu'ils ont joués autrefois ; chacun s'arme, les uns pour séduire, les autres pour nuire; et tout le monde se change pour tromper ; les jeunes femmes achètent des robes de velours et des chapeaux à panaches pour se donner l'air respectable; les femmes de trente ans achètent des robes de gaze et des guirlandes de fleurs pour se donner l'air enfantin. Paraître ce qu'on est, c'est un crime; paraître ce qu'on n'est point, c'est un succès. Les prétentions seules animent la vie; sans elles, on n'aurait rien à faire et Ton se mourrait d'ennui. Faire valoir la beauté qu'on a, faire briller l'esprit qu'on possède , dépenser une fortune réelle, et se parer d'un vrai talent, c'est bientôt fait; il ne faut pas beaucoup d'imagination pour cela; mais se recomposer une figure, se faire une mine gravequandon a un minois chiffonné:
(k'poiiscr beaucoup (juand on n'a licu ; se poser en homme de science (juand on est dandy, ou bien en Céladon quand on est homme de science; se faire papillon ([uand on est né abeille, ou se faire tigre quand on est né mouton; passer pour une femme politique parce ([u'on valse bien, ou pour une évaporée parce qu'on est mère de famille; faire croire qu'on est financier parce cfu'on est astronome, et que l'on est auteur français parce qu'on est ne en Allemagne : voilà ce qui est amusant, voilà ce qui occupe l'existence. Supprimez les prétentions dans ce cher pays de la franchise et du naturel, et vous n'aurez plus qu'une population d'oisifs ennuyés.
Les prétentions tiennent lieu des passions en France, ce sont elles qui font les révolutions; personne ne veut rester à sa place, chacun veut embrasser la profession de son voisin ; on a horreur de ce qu'on sait , et l'on ne cultive avec plaisir que le talent que l'on n'a pas. Les hommes politiques s'épuisent à chercher la cause de nos troubles éternels ; ils se demandent pourquoi les Français sont maintenant impossibles à gouverner : c'est que depuis cinquante ans, en détruisant chez nous toutes les croyances, on a excité toutes les prétentions; c'est qu'il est bien difficile d'administrer un pays ou personne ne veut faire ce qu'il sait faire , où l'on ne trouve pour exercer avec empressement telles ou telles fonctions que des ignorants, qui justement ne seraient propres qu'à des fonctions opposées; c'est enfin que les hommes politiques qui se préoccupent de ces difficultés ne sont pas eux-mêmes à la place où ils devraient être. Or, comme il faut, avant que l'ordre se rétablisse, avant que le bon sens revienne, avant que les militaires
conscMUent à être des militaires, que les gens d'affaires se résignent à être des gens d'affaires, que les financiers se bornent à être des financiers; comme il faut avant cela qu'il se passe au moins cinquante autres années de querelles, de bouleversements et de sanglantes explications, nous prenons la politique en patience, et nous constatons seulement la cause de toutes ces crises gouvernementales, en disant : La France n'est le pays des révolutions que parce qu'elle est le pays des prétentions. Le jour où chacun de nous mettra son orgueil dans les qualités qu'il tient de Dieu, nous serons guéris , et le monde se reposera.
Mais voilà que nous-même nous sortons de notre rôle. Hâtons-nous vite d'y rentrer. Les salons commencent à se repeupler; à chaque moment on apprend le retour de quelque beauté célèbre. Des voitures de poste traversent Paris dans tous les sens. Les femmes nouvellement arrivées reçoivent de flatteurs compliments : Que l'air de la campagne vous a fait du bien ! que vous êtes embellie, madame! disent les empressés. — Que vous êtes heureuse, ma chère! reprend une amie; moi je ne suis ici que depuis deux jours, et je me sens déjà malade horriblement. Puis on parle des pièces nouvelles, des concerts donnés, des plaisiis qu'on est censé avoir manques, et il se trouve que cette personne, arrivée seulement depuis deux jours, est au courant de tout. Klle a déjà vu les Premières Armes de Richelieu , les animaux (le M. Carier, démence. Un cas de conscience; elle a entendu mademoiselle Garcia , madame Garcia, la symphonie de Berlioz, les concerts de Pleyel, etc., etc., etc. Alors on se met à rire de cette naïve inconsé- «juenee, et quel((ue mo((ueur dit avec malice : « Ah î
madame, si vous avez vu et entendu tout cela en deux jours seulement, je ne m'étonne plus que vous soyez un peu souffrante et fatiguée. »
Le lion du monde fashionable et intelligent est en ce moment la célèbre mademoiselle d'Angeville, cette voyageuse intrépide qui, l'année dernière, a gravi le Mont-Blanc, la première et la seule femme qui ait accompli ce dangereux pèlerinage. Chacun veut la voir; on l'entoure, on l'interroge, et mademoiselle d'Angeville répond aux nombreuses questions dont on l'accable avec beaucoup de bonne grâce et d'esprit. Les privilégiés , c'est-à-dire ceux qui vont au-devant de toutes les distinctions, ont eu le plaisir d'admirer un fort bel album rapporté par mademoiselle d'Angeville, et qui contient le récit pittoresque de son voyage. C'est une collection des dessins faits à Genève , d'après les croquis que mademoiselle d'Angeville elle-même, tout en gravissant le Mont-Blanc, a pris d'après nature, si toutefois on peut appeler nature une suite de phénomènes plus étranges les uns que les autres , des ponts de neige dont on ne peut s'expliquer la formation , des glaciers bleu de ciel , des précipices lilas , des lochers vert-pomme, de la neige rouge comme du feu ! Les premiers dessins représentent le départ de Chamouny ; les habitants du pâle hameau regardent tristement s'éloigner la voyageuse et ses guides. Quelques vieillards haussent les épaules et disent : « La folle! quelle idée!... » L'ascension commence; on gravit successivement les pics , les dents, les aiguilles, les dômes, les cols; on franchit les crevasses; on gèle de froid, on étouffe de chaud. Les yeux sont enflammés, les regards ne savent où se reposer; le soleil les brûle, la neige les
éblouit. Telle page représente le moment où riiii des guides, attaché par une corde, éprouve un pont de neige ; telle autre page représente le moment où la caravane s'arrête pour cueillir de fantastiques fleurs sur un petit gazon frais et riant, venu là on ne sait comment, et entouré de glaces éternelles. Mais de tous ces tableaux si intéressants, celui qui cause le plus d'impression , c'est celui où l'on voit la terrible muraille de glace qu'il faut gravir avant d'atteindre le sommet du Mont-Blanc: c'est sans doute l'escalier fatal qui a jadis tenté l'orgueil des géants. Trois cent cinquante marches taillées dans la glace! et il faut grimpera cette affreuse échelle après de longues journées de fatigues, après de froides nuits sans sommeil , quand l'air est mortel, quand l'assoupissement léthargique vousgagne, quand vos guides si intrépides s'évanouissent, quand votre chien lui-même se décourage et refuse de vous suivre I gravir cette échelle glacée... Oh! c'est impossible, la volonté manque, une femme ne peut obtenir d'elle un tel effort: — Laissez-moi dormir, je suis lasse, je n'y vois plus, je n'entends rien, de l'air, de l'air ! je ne peux plus respirer, je meurs... — Et la voyageuse s'endort... Elle est au milieu de la gigantesque muraille, elle a déjà gravi cent soixante-quinze marches, il en reste encore autant à monter. Il faut choisir maintenant entre le ciel et l'abîme; on la réveille, elle lutte péniblement, elle ne se souvient plus de son entreprise, elle fait bon marché de son héroïsme, elle ne sait plus qu'une chose, c'est qu'elle est sans abri et qu'il fait bien froid... Mais soudain une pensée d'orgueil la ranime : elle se rappelle qu'on la regarde à Chamouny, que cent lunettes d'approche sont l)ra((uées sur le Mont-Blanc
pom y «iuettcr son arrivée, alors toutes ses forées re- N ieiinent. Elle repart avec courage, et bientôt les habitants de la vallée aperçoivent au sommet du Caucase .savoyard le grand chapeau de paille de la pèlerine triom- ])hante. Mademoiselle d'Angeville , revenant à Chamouny, fut reçue avec transport, tout le village courut a sa rencontre ; on lui offrit des bouquets, on chanta ses louanges. Ah! mademoiselle d'Angeville le dit ellemême, le succès change tous les noms; on me nommait folle au départ, on m'appelait héroïne au retour.
Les femmes ont-elles donc maintenant le monopole des entreprises courageuses? Pendant que mademoiselle d'Angeville franchissait le Mont-Blanc , la belle et spirituelle Améric Vespuce parcourait le Nouveau- Monde, entourée d'hommages et de respects. Des souscriptions s'organisent déjà dans les principales villes des États-Unis, afin de donner à la petite-fille d' Améric Vespuce les moyens d'acquérir des terres dans cette partie du monde que son aïeul a nommée. Les Américains généreux ont senti le besoin de reconnaître enfin les grands services que cette ancienne famille a rendus, et qui n'ont jamais été récompensés. On nous dépeint toujours les habitants des rives du Mississipi et de rOhio comme des sauvages, ou bien comme des négociants avides. Vous voyez qu'ils sont artistes comme nous, puisqu'ils se laissent séduire comme nous par le talent et la beauté.
Nous venons de parcourir les magasins de Giroux, de Susse, de Cresson, et ce qui nous a frappé dans les nouveautés de l'année, c'est une tendance à la fois effrayante et flatteuse vers le genre oriental. On voit que le commerce est lui-même vivement préoccupé de la
question d'Orient. Ce sont des sachets orientaux, exeelients pour donner la migraine, des boites de parfums orientaux , des vases enveloppés de filigranes d'or comme les tasses à café des Orientaux. Le lienre gothique s'oublie, le Louis XV s'éloigne, le genre oriental l'emporte décidément. Depuis que la Charte est devenue une vérité turque, le luxe asiatique est devenu une vérité, c'est-à-dire une vanité française. Lequel de ces deux peuples, turc ou français, doit gagner au change? L'avenir nous répondra. Enfants de Mahomet, portez donc fièrement nos étoffes constitutionnelles, notre drap libéral et radical fait à Louviers, et cédez-nous vos magnifiques châles et votre drap d'or, manteau du despotisme; donnez à vos femmes des chapeaux de la rue Vivienne, et des bonnets à la fermière. Les nôtres ont déjà pris le turban. 0 grand peuple! quelle est ton erreur! que de peines tu te donnes pour te déciviliser! Crois-tu donc que nous sommes libres parce que nous sommes laids, et penses- tu trouver l'indépendance dans un habit qui te gênera? Tu avais du moins la liberté de tes bras, c'est la meilleure, et tu la changes, pour quelle liberté, grand Dieu! Tu avais trouvé le bonheur sur la terre; tu avais inventé un vêtement à la fois commode et superbe; par une convention des plus ingénieuses, tu avais su réunir le cérémonial au sans-gène, tu avais une robe de chambre pour parure et des pantoufles pour chaussure d'honneur; et tu vas quitter ce bien-être, qui faisait, à nous, notre envie, pour toutes les mesquineries et les pauvretés de notre civilisation ! Tu avais un dolman... tu as voulu une redingote! tu avais des babouches loyales... tu as voulu des bottes plébéiennes! tu avais un turban armé d'une nigrette or-
gueilleuse... tu as voulu une calotte de drap terminée par une humble mèche I... tu avais une odalisque nonchalante... tu veux maintenant une grisette bavarde! tu avais des croyances, et tu as voulu des institutions ! tu avais une religion, et tu n'as plus qu'une Charte!... Une Charte! mais sais-tu bien ce que signifie ce mot fatal en langue turque? 11 en dit aussi long que le fameux Belmen du Bourgeois gentilhomme. Belmen disait : « Allez vite vous préparer pour la cérémonie, afin de « voir ensuite votre fille et de conclure le mariage. » Eh bien ! le mot Charte veut dire encore plus que tout cela; il signifie : Dieu est toujours Dieu, mais Mahomet n'est phis son prophète I
J.ETTUE XXll.
28 dccc'iiibic 1839.
L'homme à la mode. — La femme à la mode. — L'animal à la mode
On s'agite toujours beaucoup clans la grande ville, mais on ne s'amuse pas encore. L'émeute qui devait avoir lieu cette semaine a été contremandée ; on l'annonce maintenant pour le 6 janvier, jour des Rois, — à-propos rempli de délicatesse.
Les bals, les raouts ont commencé, mais la collection des élégantes Parisiennes n'est pas encore complète. La rentrée dans nos salons de ces beautés célèbres est aussi remise après les premiers jours de janvier. Les astres doivent suivre les lois du monde ; les lampes vulgaires, les flambeaux humains, peuvent être allumés à toutes les heures; mais l'étoile de Vénus ne doit briller que pour annoncer le jour.
Les étrangères sont donc seules, en-ce moment, reines de nos raouts. Les Russes, les Espagnoles se disputent le sceptre de la mode ; mais une jeune Anglaise le possède déjà depuis longtemps , et rien ne fait penser qu'elle doive le perdre cette année. La mode est une déesse bien calomniée à qui il faut enfin rendre justice. La mode n'est pas du tout inconstante dans ses affections, elle change le moins qu'elle peut, et gaide longtemps près d'elle les mêmes favoris. INous connaissons
des vieillurcls du Directoire qui sont encore des jeunes gens à la mode. Une fois qu'on a été à la mode, c'est pour la vie. On est à la mode tant qu'on veut , mais il faut vouloir, il faut s'en occuper, c'est-à-dire se renouveler sans cesse. Il ne faut point se négliger, c'est un travail de toutes les heures qui demande de sévères études ; pour rester à la mode toujours , pour se maintenir jeunes, beaux, séduisants et dangereux, malgré les ans implacables et malgré les révolutions capricieuses, il faut s'imposer de très-grands sacrifices. Le métier de papillon est un rude métier, tout rempli d'épineuses difficultés : être toujours léger et jamais étourdi, — ne s'intéresser à rien et savoir tout, — penser à sa toilette pendant des journées entières, pour paraître n'y avoir point pensé , — se montrer à la même minute dans quatre salons différents , — arriver à l'Opéra juste pour voir le pas de la danseuse nouvelle , ou pour entendre l'air du virtuose en faveur, — connaître toujours la femme que tout le monde lorgne,
— entrer dans un bal en homme qui y est attendu, — faire de la coquetterie avec ses supérieurs, de la bonhomie avec ses inférieurs, de la cordialité avec ses égaux ,
— bien voir sans trop regarder, — tout apprendre sans questionner, n'adopter exclusivement aucune idée, et ne porter cependant que des jugements absolus, — utiliser tous ses défauts, les ériger en droits acquis , — pousser la gourmandise jusqu'à la pédanterie et l'égoïsme jusqu'à l'importance, — croire en soi, avoir la religion de soi-même , et la professer , — ne s'abandonner à aucune manie personnelle, mais être toujours prêta prendre toutes les manies du moment, — savoir quitter vite ce qui ])lnif le plus, — cn iter scrupuleuse-
ment de s'attacher jamais , car s'attacher a quelqu'un, à quelque chose , à une idée , à un projet , c'est se rouiller, c'est se vieillir, c'est donner une date , c'est dire son dernier mot. — Pour se maintenir à la mode, il faut renier le passé franchement, le renier en tout et en détail. Hier a toujours tort aux yeux d'un papillon de bonne compagnie : aujourd'hui seul doit occuper, aujourd'hui seul est infaillible. Si pour plaire aujourd'hui il faut avoir de l'esprit, l'homme à la mode aura beaucoup d'esprit; si au contraire il faut être niais et ridicule, il sera niais et ridicule sans effort. Il sait tourner à tous les vents comme une girouette docile , ou plutôt comme une girouette intelligente qui tourne volontairement. C'est pourquoi cet homme privilégie ' n'a pas d âge ; ce sont les souvenirs qui vieillissent, et l'homme à la mode ne se permet pas d'avoir des souve- V nirs, non par légèreté ou par ingratitude, mais par instinct de conservation. Pour vivre, il faut que l'homme à la mode marche, marche sans cesse : s'arrêter, pouilui, serait périr; c'estle.Tuif-Errant de la frivolité. Comme le .luif-Eriant il est éternel ; comme lui il a obtenu de vivre toujours, mais à condition de ne se reposer jamais. Pour les femmes, le métier est moins pénible : un joli visage, une situation romanesque, suffisent souvent pour mettre une femme à la mode, et l'y maintenir pendant de longues années. La vivacité et la nonchalance conviennent également à ce rôle, qui n'a pas iW lois bien précises. Ne rion cacher que son esprit , voila a peu près tout ce (ju'il demande; car c'est une trèsliraiule puissance (jue celle de la supériorité \oilee; il est cependani un nu)\en de dcN enir [)r(>nipt('nu'nt el de rester ion^ileiups une femme à In mode , ce moyen n"a
jamais niaïuiue son clfet : c'est d'être sage avec une mauvaise réputation.
INous sommes effrayé en ce moment d'une transition tout à fait impertinente que nous cherchons à éviter, mais cela est difficile. Courage donc, abordons le sujet franchement. Nous voulons dire que si la mode reste longtemps fidèle aux personnes, elle se montre assez inconstante envers les animaux. Jadis la chatte ondoyante et soyeuse était l'ornement des boudoirs ; mais les chattes passent pour aimer les souils d'une façon cruelle, et les gouttières d'une manière inconvenante; on les trouve perfides et légères : on n'en veut plus.
Naguère, la levrette folâtre animait nos élégants parloirs; mais les levrettes sont frileuses , il faut toujours s'occuper de leur habillement; on les a laissées aux femmes sensibles. Les élégantes n'ont pas le temps de s'occuper même de l'objet de leur caprice. Une levrette demande presque autant de soins qu'un enfant; les levrettes sont jalouses, passionnées, caressantes, elles veulent qu'on les aime, qu'on les comprenne : on n'en veut plus.
Les singes ont eu un moment favorable dans l'histoire des animaux à la mode ; dans le temps où ils ressemblaient aux hommes on s'amusait de leurs grimaces; mais depuis que ce sont les hommes qui leur lessemblent, ils ont perdu le piquant du contraste : on n en veut plus.
Les perroquets ont de même été fort appréciés aux jours du despotisme. On leur apprenait à crier toutes sortes de paroles séditieuses qu'on n'osaitpasdire. C'étaient des gazettes empiumées qui obtenaient de grands succes. Aujourd'hui que l'on peut font dire exeeplé I.î \ laie
vérité, aujourd'hui que l'éloquence est reine du pays, les perroquets donnent de l'ombrage, on a peur de la concurrence : on n'en veut plus.
Quel est donc l'animal qu'on aime? La mode est-elle déjà venue d'élever dans les salons déjeunes tigres , de petits ours, des lionceaux, de mignonnes panthères? — Non ; l'animal dont il s'agit est très-peu bruyant, il a des mœurs très-pacifiques; c'est tout simplement une tortue , mais une toute petite tortue rapportée ou envoyée d'Afrique; car cet animal qui n'a point de cri est cependant lui-même un langage, il signifie : .l'ai un ami, un frère, un oncle en Algérie ; il m'a envoyé des écharpes de cachemire, des burnous arabes, des flacons d'essence de jasmin et des portefeuilles en brocart d'or, toutes choses qui viennent ordinairement avec les tortues. Cet animal a un très-grand avantage sur tous les autres favorisés jusqu'à ce jour. On n'a jamais besoin de penser à lui. On oublie de lui donner à manger pendant un mois, il n'y prend pas garde, il ne vous en veut pas. On le laisse tomber par la fenêtre, il ne s'en porte que mieux. On marche dessus, il ne le sent pas. C'est l'idéal de la demoiselle de compagnie, supportant toutes sortes (le mauvais traitements sans se plaindre, et sachant vivre dans l'abandon sans jamais paraître s'ennuyer. C'est enfin la seule fantaisie d'affection que puisse admettre l'égoïsme de notre siècle; une société pour laquelle on n'est obligé de faire aucuns frais, un favori qui ne tient pas à être aimé.
TABLi:.
ANNKE 1856.
LKTTRE PREMIÈRE. — Événements du jour. — Paris provitrcial. — L'Ennuyeux el l'Ennuyé. — Esméralda. — Tliéniistocle et Scipion l'Africain dénoncés au commandant de la garde nationale I
LETTUE 11. — Les déménagements d'automne. — Marie. — l'ortrail de M. Va t h
LETTRE Ul. — Récit anticipé d'une réception à l'Académie. — Modes. — Un nouveau roman de M. de Latouchc. — Le prince Louis Bonaparte 1;>
LETTUE IV. — Charles X. — Il voulait régner, sous prétexte qu'il était roi. — La cour ne porte point le deui! 25
LETTRE V. — Commérage. — Les Jeunes Filles ambitieuises.
— Junie épouserait Néron. — Virginie épouserait M. de Labourdonnaie ' 2«
LETTRE PREMIÈRE — L'Ascension de M. (Jreen. — Bal de l'ambassade d'Autriche. — Bal sournois du faubourg Saint- Germain. — Bal Musard 5.">
LETTRE IL — Vite une fausse nouvelle! une niaiserie! un mensonge! la conversation se meurt! il faut la soutenir à tout prix /ri
LET'I RE m. — Bal masqué de l'Opéra; plaisir d'imagination.
— Les femmes ne dansent plus, elles improvisent. — Triomphe
de Musard 4î>
LETTRE IV. — Les nymphes affamées. — L'enfantillage des hommes chauves. — L'alliance de M. de Lamennais et de George Sand 60
LETTRE V. — Le monde parisien qui s'ennuie toujours, le monde parisien qui s'amuse toujours. — Chasse à Chantilly. — Modes.. 68
LETTRE VI. — Carême. — Une foule privilégiée. — Salon de 1837. — Portraits bourgeois. — Droits des femmes 76
LETIKE VIL— Crise ministérielle. — La grippe. — Promenade de M. le duc de Bordeaux. — Modes. — Les visites du malin. Hti
LETTRE VIII. — Rondeau ministériel. — Dans un bal cosiumé, les Anglaises ne sont pas toutes jolies. — Statuette de mademoiselle Taglioni. — Le théâtre de M. de Castellane. — Les Mémoires de M. le vicomte de La Rochefoucault Q/*
LETTRE IX. — Malveillance des Parisiens contre le printemps.
— Le rossignol n'est qu'un gazouilleur périodique. — Les journalistes et ies salons. — Un véritable poète n'est pas responsable
de ses inspirations '05
LETTRE X. — Promenades. — Tulipes de M. Tripet —Le faubourg Saint-Germain. — Un étrange pari 'HJ
LETTRE XL — Arrivée de la princesse Hélène à Paris <-2()
LETTRE XIL - Dédain de convention.— Fêtes populaires.—
Définilion du bonheur — La princesse Hélène. — Victor Hugo. 127
l.KTTRE XllL — Invocation à la liberle. — Versailles sauve des rais et des députés. — Tournoi de Tivoli. — Modes 135
LETTRE XIV. — Le public de l'Opéra — Danseur décoré. — Serrurier glorifié cl ruiné. — Franconi. — Promenade. — Le
PASSANT l'i^
Ï,KTTRE XV. — Légèreté française. — Constance de la nnode.. 154
LEITRE XVL — Inauguration du chemin de fer de Paris à Saint- Germain. — Boulevards illuminés. — Trop de musique et trop de singes 159
LETTRE XVIL — La pluie. — Les femmes courageuses. — Une course à Saint-Germain par le chemin de fer. — ^égligcnces des employés. — Tout le monde a mieux à faire que son devoir. ... 165
LETTRE XVIII. — Imprécations à l'automne. — A vendre séparément deux inséparables ! 171
LETTRE XIX. — Une absence. — Paris vu de loin. — Les Parisiennes à la campagne.— Le bitume. — Nouvelles littéraires
— Nouvelles étrangères 176
LETTRE XX. — Mort de la reine Horlense, duchesse de Saint-
Leu 185
LE ITRE XXI. — Classification. — Les races. — Les bilieux et les sanguins. — Les meneurs et les menés. — Les gens qui se lavent les mains et les gens qui ne se lavent pas les mains. — Les hommes-chats et les hommes-chiens 1S7
LETTRE XXII. — Imprudence. — Prise de Conslanline. — Jacqueline 196
LETTRE XXIII. — Nouvelle colère. — Le vrai savant et le faux savant. — Symptômes — Chasses de V Union 202
LETTRE XXIV. — La poésie et la gaieté française retrouvées dans les élections. — M. Arago. — J>I. de Lamartine. ~ L'astronome et le poëte. — Bons mots et naïvetés 209
LETTRE XXV — Ouverture de l'Odéon. - Mlle Mars, Mlle •Anaïs, Mlle Mante. — La prise de Constantine. — Le grand roi aux petits points. — Une erreur causée par une faute. — Une bonne phrase de roman. — Une bonne bêtise d'Anglais 21/«
LETTRE XXVI. — Première représentation de Caligula. — Les gens du monde chassés de la salle. — Les défauts de prononciation 22-2
LETTRE PREMIÈRE. — Lo retour. — Paris et ses ruisseaux. — Bourganeuf et ses torrents. — Un cheval de fantaisie. — Le jargon de Racine. — Mlle Rachcl. — (Causeries 251
LETTRE II. — Une découverte. — Lamartine. — Victor Hugo.
— Histoire de I'ame humaine. — L'école des Élus. — L'école
des Parins 241
LETTRE III. — La Popularité ., comédie. — Une lecture à V\h-
baye-aux-Bois. — M. de Chateaubriand. — A Jaunting car... 249 LETTRE IV. — Luxe des parures. — Les guipures défendues par
un édit de Louis XIV 256
LETTRE PREMIÈRE. — Aspect de la Chambre des Députes. — M. Guizot cl Moïse. — Le verre d'eau sucrée. — La statue de la Liberté. — L'éléphant de la Bastille. — Inventions nouvelles.
— Tissus de verre. — Batiste d'ananas. — Daguerréotype .... 262
LE ITUE II. — Incerlilude. — To be or vol lo be. —Aurons-nous des porlcronilles? — Aurons-nous des loges? — Modes anglaises. — Chasses. — Une Larme du Diable 27 1
I.KTTUE III. — Le liixo des ameublenicnls el la vulgarité des nianiùres. — Le comlortabicî insupporlal)lc 278
LEITUE IV. — Il y a deux Francos.-Los paresseux agit'alèûrs cl les iravadleurs insouciants. — Les mauvais sujels réformés professeurs de moralité ' 28.">
LETTRK V. — Supplice des beaux ci\fants déguiVés! — Apoilon iransi. — Le ballet des cariatides. — Un père intrigué par sa
. lî'i.ln'.^Tr ';^^ ^"''^- '^^"s^rd. — Ilessource des jeunes légitimistes. 291
LLI riîR VI. — Electeurs et candidats. — M. Martin de Strasbourg — Histoire d'un courrier bigame 302
LETTIIE VII. — Une utopie réalisée : Plus de carrosses, pi us'dê chevaux, plus de velours, plus de bijoux, plus de dentelles, plus de rubans, etc. — Les ouvriers sont libres, ils redeviennent citoyens 308
LETTRE VIII. — Conversations. — Parures des femmes. -^Négligé des hommes. — Le Salon. — Portraits ridicules. — Tableaux naïfs. — L'opposition et la bataille de Toulouse 315
LETTRE IX. — On ne flatte que la puissance. — A quoi bon llatler un Roi constitutionnel. — Le journalisme est le roi du .jour 325
LETTHE X. — La fantaisie est la fée du jour. — Fantaisie en musique. — Je pense à moi, romance. — Fantaisie en horticulture. — La violette ne veut plus être l'emblème de la modestie. 328
LETTRE XI. — Après l'émeute du 12 mai. — Indignation. — Une parabole. — Pauvre France ! , 53G
LETTUE XII, — Fête à l'ambassade d'Angleterre pour' la "naissance de la Reine. — La princesse Doria. — Les humilités orgueilleuses. — Mot de l'ambassadeur de Turquie 34S
LETTRE XIII. — Banalités de la conversation. — Les ennemis naturels 551
LETTRE IV. — Le bonheur d'être compris. — Les ridicules d'été. — La fausse absence 560
LETTRE XV. — L'anniversaire dii 29 Juillet aux Champs-Ëivs'ées,
— Fête populaire. — Feu d'artifice. — Musique. — Jeux. — Suppliées d'été. — L'arrosage à la pelle 369
LETTRE XVI. — Un nouveau système. — Les parures sont des aveux. — Le béguin orgueilleux. — Le panache modeste. - Les dianiîinls pénibles. — Le chapeau d'un envieuse 570
LETTRE XVII. — Lo Lion véritable, définition de ce nioL— La Saint-Louis à Versailles. — Le tournoi d'Egliiigton. — Le cheval d'Auriol. — Les faux chasseurs 58:>
LETTRE XVIII. — La monomanie de l'égaliié et la passion du luxe. — La Rèpubliiiui; el la Régence. — Les Calons rococos.. 393
LETTRE XIX. — Les romans inconnus de la vie bourgeoise.— Voulez-vous êlrc reine? Je vous aime et je suis roi 400
LETTRE XX. — Récils des plaisirs de l'été. — Je me suis amusé.
— Je me suis ennuyé. — L'eiiibonpoiiil capricieux 409
LETTRE XXI. ~ Les prétentions. — Voyageuses célèbres. —
Mademoiselle d'Angeville. — Mademoisi-lle Améric Vcspuce.
Drrivïlisntion <les Turcs 417
LETTRE XXII. — L'homme à la mode. — La femme à la mode.
— L'animal à la mode ....... 42.i
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