LETTRE CXXVI
RICA A USBlplK.
Je t'attends ici demain ; cèpîendant je t'envoie 4tes, lettres dlspahan. Les miennes portent que l'ambassadeur du grand-mogol a reçu ordre de ][ sortir du royaume. On ajoute qu'on a fait arrêter le prince, oncle du roi, qui est chargé de son éducation ; qu'on l'a £Eiit conduire dans im château, où il est très étroitement gardé ; et qu'on l'a privé de tous ses honneurs. Je suis touché du sort de ce prince, et je le plains. - ..
Je te l'avoue, Usbek, je n'ai jatnais Vu couler
les larmes de personne sans en être attendri : je sens de l'humanité pour les malheureux comme s'il n'y avoit qu'eux qui fussent hommes ; et les grands même , pour lesquels je trouve dans mon cœur de la dureté quand ils sont élevés , je les aime sitôt qu'ils tombent.
En effet, qu'ont-ils à faire, dans la prospérité, d*une inutile tendresse ? elle approche trop de l'égabté. Ils aiment bien mieux du respect, qui ne demande point de retour. Mais, sitôt qu'ils sont déchus de leur grandeur, il n'y a que nos plaintes qui puissent leur en rappeler Vidée.
Je trouve quelque chose de bien naïf et même de bien grand dans lès paroles d'un prince qui, . près de tomber entre les mains de ses ennemis, voyant ses courtisans autour de lui qui pleuroient, leur dit : Je sens à vos larmes que je suis encore votre roi.
De Paris, le 3 de la lune de ChaWal, 1718.
3ia LETTRES P£RSA.]f£S.