‹ Lettres Persanes de Montesquieu precedees de Son ElogeChapitre 127 sur 152 · RICA · texte numérisé non relu

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l^ lendemain il me mena dans un autre cabinet. Ce sont id les poètes, me dit-U, c'est-à-dire ces . auteurs dontle métier estdemettredescfntmvesau bon SOTS, et d'accabler la raison sous les. agréments, comme on ensevelissoit autrefois les femmes sous leurs ornements et leurs parures. Vous les çonnoissez ; ils ne sont pas rares chez les Orien-

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taHz,.çiù le «ale^f plus ardent, aemlih^ édiaiUFer les imii^atiqiiBs mém^.

VoUà les p(>èmes épiqaes. £h ! qu'est-ce que les poèmes épiques? £n véâxé, me dit-il^je n'en aaU rif n : les connoisseurs disent qu'où n'eu a jamais fait que deux, et q^e les autres qulon donne .sous ce i»om ne le sont pomt : (^est aussi ce que je ne sais pas.-ïls disant de p^ qu'il esfrimpossiMe d'en foire de nouveaux ; et cé^t est encore plus surprenant.

Yoicî tes poètes dramatiques, qui, selon moi, sont les poètes par excellence, et les maîtres des passions. Il y en a de deux sortes; les comiques, qui nous remuent si doucement; et les tragiques, qui nous trouJslent et nous agitent avec tant de violence.

Ycàci les lyriques, que je méprise autant que j'estime les autnes, et qui font de leur art uqe Itarmonieuse extrava^pance.

On voit ensuite les auteu^rs des idylles et des églogues , qiii {taisent même aux gens de cour par l'idée qu'ils leu^^oonent d'une certaine tranquillité qu'ils n'oDtipas , et qu'ils leur montrent dans la condition des bergers. ^

De tous les auteurs que les plus dangereux; ce soni épigrammes, qui sont de qui font une pltùe profom remèdes.

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Vous voyez ici les romans , doût 1^ aumot^sont des espèces de poètes , et qui outrent également le langage de rèsprit et celui du coeur : ils passent leur vie à chercher la nature /et la manquent toujours; leurs héros y sont aussi éti;ângers que les dragons ailés et le» hippocentaures.

J'ai vii f lui dis-je, quelques ups de .vos romans; et y si vous voyiez les nôtres , vou$ en soriez encore plus choqué : ils sont aussi peu oaturels/etd^ailleurs extrêmement gén^ par nos mœurs : il faut dix années de passion avant qu'un amant ait pii voir seulement le visage de sa msdtresse. Cependant les auteurs sont forcés de faire passer les lecteurs dans cesennuyeuxpréliminaires. Orilestimpossibleque les incidents soient variés : on a recours à un artifice pire que le mal même qu'iiil veut guérir; c'est aux prodiges. Je suis sûr que vouSL ne trouverez . pas bon qu'une magicienne fisisse sortir une armée de dessous terre; qu»un héros lui seul en détruise une de cent mille hommes. Cepj^<|^t voilà nos romans : ces aventures froides et sdovent répétées nous font languir, et ces. prodiges extravagants nous révoltent.

De Paris, le 6 de la \^n^ de PuilTal» 17x9^

LETTRES PERSAIfES. 345

LETTRE CXXXVIir.

RICA A IBBPN. ,

A Sinyme«

( Les miiiiatres se 9uccèaent et se détruisent ici commelès saisons. Depuis trois ans j'ai yu changer quatre fois de système sur les finances. On lève aujourd'hui les triButs en Turquie et en Perse comme les lévoientles fondateurs de ces empires: il s'en faut bien qu'il en soit ici .de même. Il est vrai que nous n'y mettons pas tant d'esprit que les Occidentaux. Nous croyons qu'il n'y a pas plus de difFérenee entre l'administration des revenus du prince et celle des biens d'un particulier, qu'il yen a entre compter cent mille tomans ou en compter cent : mois il y a ici bien plus de finesse et de mystère. Il faut que de grands génies travaillent nuit et jour; qu^ils enfantent sans cesse , et avec douleur ^ de nouveaux projets ; cju'ils écoutent les avis d'une infinité de gens qui travaillent pour eux sans en être priés ; qu'ils se retirent et vivent dans le fond d'un cabinet impénétrable aux grands , et sacré aux petits; qu'ils aient toujours la tête rempUe de secrets importants , de desseins miraculeux, de systèmes nouveaux; et

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qu'absorbés dans les méditatioBS, ils soient privés de l'usage de la parole , et quelquefois même de celtii de la p^tesse.

Dès que le feu roi eut fermé les yeux ^ on pensa à établir une nouvelle administration. On sentoit qu'op étoit mal ; mais on ne savoit comment faire pour être mieux. On ne s'étoit pas bien trouvé de l'antprit^ ^ans bornes des mpHStres jurécS^depts ; on l'a yoiilu p^rt^ger. On créa ppur cet effet sii^ ou sept conseils ; çt ce ipinistère est peut-être celui de tous qui s^ gouverné la Ffs^nce ayeç plus, de sens : la durée en fut courte, aussi bien que ç^le du bien qu'elle produisit.

La Fnmce, à I4 mort du £^ roi , étoit un corps ac* câblé de piille mau^ : Noailles prit le fer à la maiii , r6trai^cha* les chairs inutiles, appliqua quelque remèdes topiques. Mais il restoit toiqours un vice intérieur à guérir. Un étranger est venu qui a entrepris cette cure : après bien des ipemède^ violents, il a cru lui avoir rendu son en4>onpoint ; et il l'a seulement rendue bouffie.

Tous ceux qui étoieiit riches il y a six mois sont à préseiit dans )a pauvreté; et ceux qu) n'avoient pas de pain regorgent de richesses. Jamais ces deux extrémités ne se sont touchées de ai près. L'étran^ ger a tpumé l'état copime un firipiçr tourne un habit ; il ^t paroitre dessus ce qui étpit dessous { et ce qui étoit dess<;is il le met k Fenver^. Quelles

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^rtunes inespérées, inçroya})l6S même à ceui: qui les ont faites! Djieu ne tir^ pas plus rapidemeot 1^ hommes du néant. Que de valets seryis par leurs camaitidiés, etpevit*étre demain par leurs maîtres !

Tout ceci produit souvent des choses bizarre^. Les laquais , qui avoient fait fortune spus le règm. pasaé j vantent aujourd'hui leur naissance ; ils rendent à ceux qui viennent de quitter leur livrée dan9 une certaine rue, tout le mépris qu'on avoit pour eux il y a six mois : il3 crient de totit^ leurs forcei^^^La noblesse est ruinée ! quel désqrdre daib l'état ! quelle confusion dans les rangii ! on ne voit que des inconnue faire fortune I Je te promets que ceux *- ci prendront bien leur revanche sur ceux qui viendront après* eux> et que dans trente ans ces gens de qualité feront bien du bruit.

Pe Pam, le pr«mier de la lane de ZUcadéf 1720.

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