‹ Lettres Persanes de Montesquieu precedees de Son ElogeChapitre 14 sur 152 · USBEK A SON AMI RUSTAN · texte numérisé non relu

USBEK A SON AMI RUSTAN

A l'sp'ahan.

Ta lettre m'a été rendue à Erzeron , où je suis. Je m'étois bien douté que mon départ, feroit du bruit; je ne.m'en suis pas mis en peine. Que veux* tu que je suive? la prudence de mes ennemis ^ ou la mienne?

Je parus à la cour dès ma plus tendre jeunesse: je le puis dire, mon cœur ne s'y corrompit point; je £3rmai même un grand dessein , j'osai j être vertueux. Dès que je connus le vice, je m'en éloignai, mais je m'en approchai ensuite pour le démasquer. Je portai la vérité jusques aux pieds du trône; j'y parlai un langage jusqu'alors incotnnu; je déconcertai la flatterie, et j'étonnai en même temps les adorateurs et l'idole.

Mais quand je vis que ma sincérité m'avoit fait des ennemis ; que je m'étois attiré la jalousie des ministres sans avoir la faveur du prince ; que , €ians une cour cprrompue, je ne me soutenôis

^4 LETTB2S PERSÀITKS.'

plus que par one foiblé vertu y je résolus de lât quitter. Je feignis un grand attachement pour les sciences; et à force de le feindre, il me vint réellement. Je ne me méki plus d'aucunes affaires , et je me retirai dans uiie maison de campagne. Mais ce parti même avoit ses inconvénients. Je restoi^ exposé à la malice de mes ennemis, et je m'étois presque ôté les moyens de m*en garantir. Quelques avis secrets me firent penser à moi sérieusement: je résolus de m'exiler de ma patrie; et ma retraite même de la cour m'en fournit un prétexte plausible. J'allai au roi ; je lui marquai l'envie que j'avoîs de m'instraire dai^sr lès sciences de ¥Oc* cÂdent; je lui insinuai qc^fl pourroit tirer de l'uti^lité de mes voyages. Je trouvai grâce devant sei yeux : je partis; et je dérobai une victime à mes ennemis.

Voilà, Rustan, le véritdide motif de mon voyage»

Laisse parlqr Ispsdian; ne me défipnds que detant ceux qui ^n'aiment. Laisse à mes ennrâm leurs lAterprétatiôns nialignes; je suis trqpi heureux que ce soit le seul mal qu'ils me pubsent faire.

On parle de moi àprésent : peut-être ne serai-)é que trop oublié , et que mes amis... Non, Rustan, je he veux point mé livrer à cgtte triste pensée : je leur serai toiifours cher; je compte sur leur fidé* lité comme sur la tienne.

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