‹ Lettres Persanes de Montesquieu precedees de Son ElogeChapitre 150 sur 152 · SOLIM A USBEK · texte numérisé non relu

SOLIM A USBEK

Je me plains, magnifique seigneur, et je te plains : jamais serviteur fidèl^ n'est desœndu dans l'affreux désespoir où je suis. Voici tes malheurs et les miens; je ne t'en écris qu'en tremblant.

Je jure par tous les prophètes du ciel que'depuis que tu m'as confié tes femmes j'ai veillé nuit et jour sur elles ; que je n'ai jamais suspendu un moment le cours de mes inquiétudes. Tai commencé mon ministère par les châtiments , et je les ai suspendus sans sortir de mon austérité naturelle.

Mais que dis-je ! Pourquoi te vanter ici une fidélité qui t'a été inutile? Oublie tous mes services passés; regarde -moi comme un traître, et punismoi de tous les crimes que je n'ai pu empêcher.

Roxane , la superbe Roxane... ô ciel ! à qui se fier désormais? Tu soupçonnoisZéUs, et tu avois pour Hoxane une sécurité entière : mais sa v^rtu £si-

LETÏRES PERSAl^ES. 4^5

rouche étoit une cruelle imposture ; c'étoit le voile de s^ perfidie. Je Fai surprise dans les bras d'un jeune homme, qui, dès qu'il s'est vu découvert, est venu sur moi; il m'a donné deux coups de poignard. Les eunuques y ^accourus au bruit l'ont entouré : il s'est défendu long - temps , en a blessé plusieurs ; il vouloit même rentrer dans la chambre pour mourir, disoit-il , aux yeux de Roxane. Mais enfin il a cédé au nombre , et il est tombé à nos pieds.

Je ne sais si j'attendrai, sublime seigneur, tes ordres sévère^. Tu as mis ta vengeance en mes mains; je ne dois pas la faire languir.

Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab , i , 1720.

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