‹ Lettres Persanes de Montesquieu precedees de Son ElogeChapitre 28 sur 152 · isEiraES psusAinss · texte numérisé non relu

isEiraES psusAinss

•soutenir ^-et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qvHk leur mettre dans la tête qu'un morceau de papier est de l'argent 9 et ils en sonf^ussitôt convaincus. H va même jusqu'à leur faire croire qu'il les guérit de toutes sortes de maux en les touchant, tant est grande la force et la puissance qu'il asur les esprits !

O» que je dis de ce prince ne doit pas t'étonner. Il y a un autre magicien plus fort que lui , qui n'est pas moins maître de son esprit qu'il l'est lui-même de celui des autres. Ce magicien sfappelle le pape: tantôt il lui fait croire que trois ne sont qu'un ; que le pain qu'on mange n'est pas du pain, ou qlie le vin qu'on boit n'est pas du vin; et mille autres choses de cette espèce.

Et pour le tenir toujours en haleine et ne point lui laisser perdre l'habitude de croire, il lui donne de temps en temps peur l'exercer de certains articles de croyance. Il y a deux ans qu'il lui envoya un grand écrit qu'il appela constitiOion, e^ voulut obliger, sous'de grandes peines, ce prince et ses sujets de croire tout ce qui y étoit contenu. Il réussit à l'égard du prince, qui se soumit aussitôt et donna^'exemple à ses sujets; mais quelques uns d'«ntre eux se révoltèrent, et dirent qu'ils ne voul<nent.rien croira» de tout ce qui.étoit dai|s cet écrit. Ce sont les femmes qui ont été les motrices de tonte cette révolté qui divise toute la coar, tout le royaume et toutes les familles. Cette constitution

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leur défend de lire un livre que tous les dbréliens disent avoir été apporté du ciel : c'est proprement leur Alcoràn. Les femmes, indignées de Touti^age jptit à leur sexe , soulèvent tout contre la constitua tion : elles ont mis les hommes de leur parti , qui, dans cette occasion, ne veulent point avoir de privilège. On doit pourtant avouer que ce moufti ne raisonne pals mal ; et , par le grand Hali ! il faut qu'il ait été in^tiHiit des principes de notre sainte loi; car, puisque les femmes sont d'une création inférieure à \à nôtre, et que nos prophètes nous disent qu'elles n'entreront poin t dans le paradis, pourquoi faut-il qu'elles se mêlent de lire unlivre qui n'est fait que pour apprendre le chemin dû paradis ?

Tai ouï raconter du roi des choses qui tiennent du prodige; et je ne doute pas que tu ne balances à les croire.

Oh dit que pendant qu'il faisoit la guerre à ses voisins qui s'étoient tous ligués contre lui , il avoit •dans son royaume un nombre innombrable d'ennemis invisibles qui l'entouroient : on ajoute qu'il les a cherchés pendant plus de trente ans, et que, malgré les soins infatigables de certain^ervis qui ont sa confiance, il n'en a pu trouver un seul. Ils vivent avec lui; ils sont à sa cour, dans sa c^itale, dans ses troupes, dans ses tribunaux; et 'Cependant on dit qu'il aura le chagrin de mourir S9ns les avoir trouvés. On diroit qu'ils existent en général,

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et qaHh ne sont plus rien en particulier. : c'est un corps, mais point de membres^ Sans doute ^e le ciel veut punir ce prince de n'avoir pas été assez modéré envers les ennemis qu'il a vaincus , puisqu'il lui en donne d'invisibles et dont le génie et le destin sont au dessiis du sien.

Je continuerai à t'écrire, 6t je t'apprendrai des choses bien éloignées du caractère et du génie persan. C'est bien la même terre qui nous porte tous deux ; mais les hommes du pays où je vis , et ceux du pays où tu es, sont des hommes bien différents.

' i .De Paris, le 4 de U laae de Bebiab, a, 171a.

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