USBEK A NESSIR
A Ispahan.
Nous sommes à présent à Paris, cette superbe rifale de la ville du soleil '.
Lorsque je partis de Smyrne, je chargeai mon ami Ibben de te faire tenir une boite où il y avoit quelques présents pour toi : tù recevras cette lettre par la même voie. Quoique Soigné ^ lui de cinq ou six cents lieues, je lui donne de mes nouvelles et je reçois des siennes aussi facilement que s'il étcût à Ispahan et moi à Com. Tenvoie mes lettres à Marseille, d'où il part continuellement des vaisseaux pour Smyme : de là il envoie celles qui sont pour la .Perse par les caranranes d'Arméniens qui partent fous les jours pour Ispahan.
Rica jouit d'une santé parfaite ; la force dé sa constitution, sa jeùniesse et sa gaieté naturelle, le mattenl au dessus de toutes les épreuves.
Mais pour moi je ne me porte pas bien; mon corps et mon esprit sont abattus ; je me livre à des réflexions qui deviennent tous les jours plus tristes; ma santé, qui s'affoiblit, me tourne vers ma patrie, et me rend ce pays-ci plus étranger.
' Ispahan.
Mais y cher Nessir, je te conjure , fais en sorte que mes femmes ignorent l'état où je suis. Si elles m'aiment, je veux épargner leurs larmes ; et si elles ne m'aiment pas, je ne veux point augmenter leur hardiesse.
Si mes eunuques me croyoient en danger, s'ils pouvoient espérer l'impunité d'une lâche complaisande, ils cesseroient bientôt d'être sourds à la voix flatteuse de ce sexe qui se fait entendre aux rochers et remue les choses inanimées.
Adieu, Nessir. J'ai du plaisir à te donner des marques de ma confiance.
De Paris, lo 5 de la lune de Chahban , 17 12.