‹ Lettres Persanes de Montesquieu precedees de Son ElogeChapitre 52 sur 152 · LETTRE L · texte numérisé non relu

LETTRE L

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J'ai vu des gens chez qui la vertu étoit si naturelle qu'elle ne se faisoit pas même sentir z ils s'attachoient à leur devoir sans s'y pli^r, et s.'y portoient comme par instinct : bien Ic^ide relever par leurs discours leurs rares qualités, il sembjbit qu'elles n'avoient pas percé jusqu'à*eux. Vôîlà les gens que j'aime ; non pas ces hommes y^tUiSiux qui seHiblent être étonnés de l'être , et qui regardent un&bonne action comme un prodige dont le r^if doit surprendre.

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Si la jBode^ie est<une vertu nécessaire à ceux à qui le del a donné de grands talents y que peut-on dire de ces insectes qui osent faire paroitre un orgueil qui désholnoreroit les plus grands hommes ?

Je vois de tous côtés des gens qui parlent sans cesse d'eux-mêmes; leurs conversations sont un miroir qui présente tolijours leur impertinente figure ^ ils vous parleront des moindres choses qui leur èont arrivées} et* ils Veulent que l'intérêt qu'ils y prennent les grtississe à vos yeux : ils ont tout fait y tout vu j tout dit , tout pensé : ils sont un modèle universel^ un sujet de comparaison inépuisable y une source d'exemples qui ne tarit jamais. Oh ! que la louange est fade lorsqu'elle réfléchit vers le lieu d'où elle part !

Il y a quelques jours qu'un homme de ce caractère iious accabla pendant, deux heures de lui y de son mérite et de ses talents : mais , comme il n'y a point de mouvement perpétuel dans le monde , il cessa de parler. La conversation nous revint donc y * et nous la prîmes

Un homme qui paroissoit assez chagrin ^commença par se plaindre de i'eiinui répandu dans les CQitversationâ. Quoi ! toujours des «ots qiti se peignent eUK-^êmes y et qui ranièneat tout à idox ! Vous àvçz i^Aison , reprit brusquement notre ifiscoûreur, il ii'y a qu'à faire cdmme moi; je ne me loue jamais : j'ai du bien, de la naissance /je fais

trrXELES PERSANES. 1 1 Q

* de la dépçn^e, n^ ami^ disenf^que j'ai qu^lquii esprit; mais je ne parle jamais d^ tout oela : si j'ai quelques bonnes qualités , celle dont ^e fais le plus de cas , c'e^ ma modestie.

Tadmirois cçt impertinent; et, pepdant qu^il pai^loit tout haut, je diseis tout bas : H^ireux ce* lui qui a assez d^vanité^oiN* ne dire jaijnais de bien de lui y qui craint ceux qui l'écôutent , et ne com* promet point son mérite avec l'orgueil de& autres!

Vê Pari«*4e 20 de la lune de Biibraazati , irii. ■

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