Non pas pourtant Des Cartes pour Descartes
Lett. phil. I. TV
L INTRODUCTION
étaii trop incorrecte (par rapport i son usage habituel, non au nôtre), ou tout à fait absurde, ou tout i fait obscure. J'ai mis avec discrétion quelques alinéas qui s'imposaient. J'ai mis quelques majuscules et quelques guillemets où il en fallait.
J'ai relevé les variantes de ponctuation dans les cas, et dans les cas seuls, où elles intéressaient le sens.
Dans le Commentaire, j'ai réduit l'orthographe des nombreuses citations à l'usage présent. Il eût été à peu près impossible d'obtenir une reproduction exacte de tant de graphies discordantes ; les vérificaiions nécessaires pour la correction des épreuves n'auraient pu se faire, parce que les passages cités proviennent d'un très grand nombre d'ouvrages différents qui, pour la plupart, n'étaient plus sous ma main. J'ai donc pensé qu'il valait miejx offrir une bonne orthographe moderne qu'une orthographe ancienne estropiée ou suspecte.
Un mot d'avertissement sur le Commentaire ne sera pas non plus inutile.
Je n'ai pas voulu faire un commentaire explicatif qui résolut toutes les difficultés ou fît valoir tous les asp>ects du texte.
Je n'ai pas voulu faire un commentaire historique, qui établît le rapport de la description de Voltaire à la réalité des institutions et de la vie anglaise, et marquât en quels endroits, dans quelle mesure elle est vraie ou fausse ^
Mon but a été d'aider à comprendre comment Voltaire a fait son livre, comment et sur quels matériaux son esprit a travaillé. J'ai voulu présenter un commentaire de sources, rien de plus.
L'idéal eût été d'arriver à découvrir pour chaque phrase le fait, le texte ou le propos qui avait mis en branle l'intelligence
I. Je n'ai pas davantage voulu comparer Voltaire à ses devanciers les auteurs de relations de voyages en Angleterre. J'en indique quelques-uns dans le Commentaire de la première lettre (n. 2) à propos des Quakers; d'autres seront signalés dans le commentaire des lettres suiv.mtes. Voyez sur ces relations Jusserand, SbaJuspeare en France sous l'ancien Régime (p. 98-126 et 154-161), et Charlanne, L'influence francaise en Angleterre au XVII' siècle. La vie sociale. Etude sur Us relations sociales de la France et de l'Angleterre, 1906, in-S".
INTRODUCTION LI
ou l'imagination de Voltaire : on se fût ainsi rendu compte du travail intérieur qui les a utilisés, fécondés, déformés, transformés. Je n'ai pas besoin de dire que je n'ai pas atteint cet idéal. Je m'en suis approché pour quelques lettres, où je puis offrir des résultats presque complets. J'en suis demeuré plus loin pour les autres parties.
Lorsque les sources directes et précises où je pouvais remon ter n'expliquaient pas tout, j'ai essayé du moins de retrouver les états de l'opinion ou de la pensée anglaise d'où certaines affirmations de Voltaire dérivaient : si elles étaient vraies ou fausses, ce n'était pas mon affaire, il me suffisait qu'elles fussent le produit d'une suggestion anglaise.
Une bonne partie du contenu des Lettres vient, sans qu'on en puisse douter, de ce que Voltaire a vu ou entendu en Angleterre'. Ces sources sont à peu près inaccessibles aujourd'hui, ou du moins ne peuvent être le plus souvent que conjecturées : on ne saurait le faire avec trop de prudence et de précaution. Le carnet de notes de Voltaire, ici, m'eût sans doute bien servi. A sôri défaut, j'ai essayé de retrouver dans les écrits de circonstance, les brochures, et surtout les journaux, l'image des faits et des mouvements d'idées qui, par d'insaisissables intermédiaires, ont agi sur Voltaire de 1726 à 1729. Les journaux anglais sont précieux : ils font voir, ou du moins entrevoir, ce que Voltaire put avoir sous les yeux, ce qui put lui venir aux oreilles pendant qu'il vivait en Angleterre. J'ai fait le dépouillement des journaux publiés à Londres qui sont au British Muséum^ pour la période mai 1726-février 1729.
Les sources orales se dérobent. On peut pourtant rechercher
I. On ne peut guère rejeter et l'on n'a pas actuellement les moyens de préciser la conjecture de Texte {Revue d'histoire littéraire, 1894, 1. 1, p. 20r), que Voltaire « dut beaucoup n à la fréquentation des réfugiés français qui se réunissaient au Rainbow Coffee House dans Marylebone. Le baconien Daudé et le newtonien Moivre, Desmaizeaux, ami de Collins et des déistes, La Chapelle, Coste, César de Missy, etc. purent lui révéler beaucoup de l'Angleterre, tout au moins lui indiquer des voies. (Cf. Sayous, Le XV 111° siècle à l'étranger, t. I, p. 15.) Il serait désirable que les papiers de Desmaizeaux (au British Muséum et à la Bibliothèque de Copenhague) fussent exactement dépouillés. M.Ascoli s'y emploie au British Muséum et prépare une étude sur la vie et l'action de ces réfugiés français.
III INTRODUCTION
dans les écrits des hommes qui ont le plus vécu ci conversé avec Voltaire des traces de ce qu'ils ont pu lui dire dans leurs conversations. Je l'ai fait notamment pour Bolingbroke.
J'ai souligné par des italiques les expressions des sources qui ont le rapport le plus étroit avec le texte de Voltaire. Je laisse au lecteur, pour ne pas grossir ce volume, le soin de distinguer s'il est en présence d'une source certaine ou probable, directe ou indirecte, d'une source de la pensée ou d'une source de la forme, ou enfin d'une révélation d'un milieu d'où est partie la suggestion qui a excité Voltaire ». En un mot je me suis proposé, sans rien dire d'inutile, d'éclairer les démarches de l'esprit de Voltaire, et de fournir les moyens de comprendre mieux qu'on ne faisait comment il était impressionné et comment il réagissait.
J'ai transcrit tous les textes qu'on ne rencontre pas communément, me contentant de donner des références aux ouvrages que tout le monde peut aisément trouver '.
Plusieurs de mes élèves m'ont prêté leur concours pour ce travail. W^^ M. M. a fait une copie exacte de l'édition de Jore 1734 (Arsenal, T 8359, in- 12). M. Charvet, élève de l'École Normale supérieure, a fait la collation de l'édition de Basle (Londres) 1734, que, vu l'importance de ce texte, j'ai faite aussi de mon côté. M. Lesouef, étudiant à la Faculté des lettres, a fait la collation de l'édition de Londres 1737. Miss Ruutz Rees, étudiante à la Faculté des lettres, a
1. J'appelle l'attention ici sur deux ouvrages que je cite, V Histoire des Quakers du P. Catrou et les Voyages de César de Saussure. Je les cite comme témoins et non comme sources. L'ouvrage de Catrou parut trop tard pour être utilisé par Voltaire ; je l'emploie surtout comme résumant Croese que Voltaire a connu, lorsque Croese est trop long pour être cité in extenso. Pour Saussure, j'ai montré que sa rédaction, postérieure à la publication des Lettres philosophiques, les a plus d'une fois utilisées, et ainsi les corrobore {Revue (THist. liit., 1906, p. 693).
2. J'ai dégagé les principaux résultats de mon commentaire dans un article de la Revue de Paris (i" août 1908).
INTRODUCTION LUI
recueilli au British Muséum, dans les Transactions de la Royal Society et dans diverses brochures, une bonne partie des sources anglaises de la lettre XI ; elle m'a fourni aussi quelques extraits de Rymer pour la lettre XVIII. M. Ascoli, élève de l'École Normale supérieure, a pris à la Bibliothèque de l'Arsenal la copie de la rédaction primitive de la lettre XIII ; et il a établi si bien le commentaire de cette lettre que j'ai eu peu de chose à y ajouter.
MM. Morize et Langlais, élèves de l'École Normale supérieure, m'ont fourni quelques notes utiles. M. Dufor, ancien élève de l'École Normale supérieure, professeur au lycée de Nîmes, a consulté pour moi, à la Bibliothèque de cette ville, les notes manuscrites de Séguiersurle voyage qu'il fit en Angleterre en 1736.
J'ai obligation aussi pour l'éclaircissement de certaines allusions ou citations à mon regretté collègue M. Beljame, à M. Durand, professeur à l'Université de Paris, à M. Picavet, maître de conférences à l'Université de Paris, à M. Abel Lefranc, professeur au Collège de France. M. le Bibliothécaire de la ville d'Arras a bien voulu me renseigner sur le contenu de certains manuscrits qu'il conserve, où l'on trouve des notes et anecdotes relatives à Voltaire.
M. Baldensperger, professeur à l'Université de Lyon, M. Roberston, professeur à Harrow, m'ont fourni avec une inlassable complaisance des indications et des renseignements utiles. M. Lawrence, professeur à University Collège, m'a très obligeamment procuré l'assistance de M. Norman Penney, bibliothécaire de la « Société des Amis », qui m'a donné des éclaircissements précieux sur le quaker André Pitt et ses relations avec Voltaire. M. Eug. Ritter, ancien professeur et doyen de la Faculté des lettres de l'Université de Genève, m'a communiqué quelques observations sur le fragment de Lettre anglaise qu'on trouvera en appendice à la fin du second volume. M. Huchon, maître de conférences à l'Université de Paris, et M. Brandin, professeur à University Collège, ont pris quelques notes pour moi au British Muséum. M. Brandin m'a rendu tous les bons offices qui pouvaient faciliter mes recherches :