‹ Lettres provinciales et Pensées (volume 2)Chapitre 100 sur 159 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

Si la foudre tomboit sur les lieux bas, les poètes et ceux qui ne savent raisonner que sur les choses de cette nature , manqueroient de preuves.

L'esprit a son ordre, qui est par principes et démonstrations; le cœur en a un autre. On ne prouve pas qu'on doit être aimé, en exposant

par ordre les causes de l'amour : cela seroit ridicule.

Jésus-Christ et saint Paul ont bien plus suivi cet ordre du cœur, qui est celui de la charité, que celui de l'esprit; car leur but principal n'étoit pas d'instruire, mais d'échauffer. Saint Augustin de même. Cet ordre consiste principalement à la digression sur chaque point qui a rapport à la fin, pour la montrer toujours.

Il y en a qui masquent toute la nature. Il n'y a point de roi parmi eux, mais un auguste monarque; point de Paris, mais une capitale du royaume (93). Il y a des endroits où il faut appeler Paris, Paris; et d'autres où il faut l'appeler capitale du royaume.

Quand dans un discours on trouve des mots répétés, et qu'essayant de les corriger, on les trouve si propres, qu'on gâteroit le discours , il faut les laisser; c'en est la marque, et c'est la part de l'envie qui est aveugle , et qui ne sait pas que cette répétition n'est pas faute en cet endroit : car il n'y a point de règle générale.

Ceux qui font des antithèses en forçant les mots sont comme ceux qui font de fausses fenêtres pour la symétrie. Leur règle n'est pas de parler juste, mais de faire des figures justes.

Page 1