PREMIÈRE PARTIE, ART. X
pris de trouver un auteur : plus poeticè quant humanè locutus est. Ceux-là honorent bien la nature, qui lui apprennent qu'elle peut parler de tout, et même de théologie.
La dernière chose qu'on trouve, en faisant un ouvrage, est de savoir celle qu'il faut mettre la première. (95).
Dans le discours, il ne faut point détourner l'esprit d'une chose à une autre, si ce n'est pour le délasser; mais dans le temps où cela est à propos, et non autrement; car qui veut délasser hors de propos , lasse. On se rebute et on quitte tout là : tant il est difficile de rien obtenir de l'homme que par le plaisir , qui est la monnoie pour laquelle nous donnons tout ce qu'on veut! (96)
Quelle vanité que la peinture, qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire pas les originaux ! (97)
Un même sens change selon les paroles qui l'expriment. Les sens reçoivent des paroles leur dignité , au lieu de la leur donner.
XXXIIT.
Ceux qui sont accoutumés à juger par le sen-
tirnent ne comprennent rien aux choses de raisonnement , car ils veulent d'abord pénétrer dune vue, et ne sont point accoutumés à chercher les principes. Et les autres, au contraire, qui sont accoutumés à raisonner par principes, ne comprennent rien aux choses de sentiment, y cherchant des principes, et ne pouvant voir d'une vue.
La vraie éloquence se moque de l'éloquence : la vraie morale se moque de la morale; c'est-àdire, que la morale du jugement se moque de la morale de l'esprit, qui est sans règle.
Toutes les fausses beautés que nous blâmons
dans Cicéron ont des admirateurs en grand
nombre.
Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher.
Il y a beaucoup de gens qui entendent le
sermon de la même manière qu'ils entendent
vêpres.
Les rivières sont des chemins qui marchent, et qui portent où l'on veut aller.
Deux visages semblables, dont aucun ne fait