‹ Lettres provinciales et Pensées (volume 2)Chapitre 106 sur 159 · PREMIÈRE PARTIE, ART. XI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, ART. XI

0 personnage qui vous est donné; mais de le « choisir, c'est le fait d'un autre. Ayez tous les « jours devant les yeux la mort et les maux qui « semblent les plus insupportables ; et jamais « vous ne penserez rien de bas , et ne désirerez « rien avec excès. »

Il montre en mille manières ce que l'homme doit faire. Il veut qu'il soit humble (98); qu'il cache ses bonnes résolutions , surtout dans les commencements , et qu'il les accomplisse en secret : rien ne les ruine davantage que de les produire. Il ne se lasse point de répéter que toute l'étude et le désir de l'homme doivent être de connoître la volonté de Dieu, et de la suivre.

Telles étoient les lumières de ce grand esprit, qui a si bien connu les devoirs de l'homme : heureux s'il avoit aussi connu sa foiblesse ! Mais après avoir si bien compris ce qu'on doit faire , il se perd dans la présomption de ce que l'on peut. « Dieu, dit-il, a donné à tout homme les « moyens de s'acquitter de toutes ses obligations; « ces moyens sont toujours en sa puissance ; il « ne faut chercher la félicité que par les choses « qui sont toujours en notre pouvoir , puisque « Dieu nous les a données à cette fin : il faut « voir ce qu'il y a en nous de libre Les biens, a la vie, l'estime ne sont pas en notre puissance , « et ne mènent pas à Dieu; mais l'esprit ne peut t< être forcé de croire ce qu'il sait être faux , ni « la volonté d'aimer ce qu'elle sait qui la rend

Pensées. 12

I«j8 PENSÉES DE PASCAL,

« malheureuse : ces deux puissances sont donc « pleinement libres , et par elles seules nous « pouvons nous rendre parfaits, connoître Dieu «parfaitement, l'aimer, lui obéir, lui plaire, « surmonter tous les vices , acquérir toutes les « vertus, et ainsi nous rendre saints et compare gnons de Dieu. » Ces orgueilleux principes conduisent Épictète à d'autres erreurs, comme, que l'âme est une portion de la substance divine; que la douleur et la mort ne sont pas des maux; qu'on peut se tuer quand on est si persécuté qu'on peut croire que Dieu nous appelle , etc.

Montaigne, né dans un état chrétien, fait profession de la religion catholique (99), et en cela il n'a rien de particulier; mais comme il a voulu chercher une morale fondée sur la raison , sans les lumières de la foi , il prend ses principes dans cette supposition , et considère l'homme destitué de toute révélation. Il met donc toutes choses dans un doute si universel et si général , que l'homme doutant même s'il doute, son incertitude roule sur elle-même dans un cercle perpétuel , et sans repos : sopposant également à ceux qui disent que tout est incertain, et à ceux qui disent que tout ne l'est pas, parce qu'il ne veut rien assurer. C'est dans ce doute qui doute de soi , et dans cette ignorance qui s'ignore, que consiste 1 essence de son opinion. Il ne peut l'exprimer par aucun terme positif: car s'il dit

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