PUBLIÉ PAR VOLTAIRE , AVEC SES PREMIERES REMARQUES
Voici des remarques critiques que j'ai faites depuis longtemps sur les Pensées de M. Pascal. Ne me comparez point ici , je vous prie , à Ézéchias, qui voulut faire brûler tous les livres de Salomon. Je respecte le génie et l'éloquence de M. Pascal -y mais plus je les respecte , plus je suis persuadé qu'il auroit lui-même corrigé beaucoup de ces Pensées, qu'il avoit jetées au hasard sur le papier pour les examiner ensuite : et c'est en admirant son génie que je combats quelques-unes de ses idées.
Il me paroît qu'en général l'esprit dans lequel M. Pascal écrivit ces Pensées , étoit de montrer l'homme dans un jour odieux ; il s'acharne à nous peindre tous méchants et malheureux; il écrit contre la nature humaine à peu près comme il écrivoit contre les jésuites. Il impute à l'essence de notre nature ce qui n'appartient qu'à certains hommes : il dit éloquemment des injures au genre humain.
J'ose prendre le parti de l'humanité contre ce misanthrope sublime; j'ose assurer que nous ne sommes ni si méchants ni si malheureux qu'il le dit. Je suis de plus trèspersuadé que s'il avoit suivi, dans le livre qu'il méditoit, le dessein qui paroît dans ses Pensées , il auroit fait un livre plein de paralogismes éloquents, et de faussetés admirablement déduites. Je crois même que tous ces livres qu'on a faits depuis peu pour prouver la religion chrétienne, sont, plus capables de scandaliser que d'édifier. Tes auteurs prétendent-ils en savoir plus que Jésus-Christ et ses apôtres? C'est vouloir soutenir un chêne en l'entourant