PREMIÈRE PARTIE, ART. II. 5l
entier avec le temps entier, et les infinis divisibles de l'espace avec les infinis instants de ce temps; et ainsi ils trouveront que l'on parcourt une infinité de divisibles en une infinité d'instants, et un petit espace en un petit temps; en quoi il n'y a plus la disproportion qui les avoit étonnés.
Enfin, s'ils trouvent étrange qu'un petit espace ait autant de parties qu'un grand, qu'ils entendent aussi qu'elles sont plus petites à mesure; et qu'ils regardent le firmament au travers d'un petit verre, pour se familiariser avec cette connoissance, en voyant cliaque partie du ciel et chaque partie du verre.
Mais s ils ne peuvent comprendre que des parties, si petites qu'elles nous sont imperceptibles, puissent être autant divisées que le firmament, il n'y a pas de meilleur remède que de les leur faire regarder avec des lunettes qui grossissent cette pointe délicate jusqu'à une prodigieuse masse; d'où ils concevront aisément que, par le secours d'un autre verre encore plus artistement taillé, on pourroit les grossir jusqu a égaler ce firmament dont ils admirent l'étendue. Et ainsi, ces objets leur paraissant maintenant trèsfacilement divisibles, qu'ils se souviennent que la nature peut infiniment plus que l'art.
Car enfin, qui les a assurés que ces verres auront changé la grandeur naturelle de ces objets, ou s'ils auront, au contraire, rétabli la véritable, que la figure de notre œil avoit changée
et raccourcie, comme font les lunettes qui amoindrissent ? Il est fâcheux de s'arrêter à ces bagatelles; mais il y a des temps de niaiser.
Il suffit de dire à des esprits clairs en cette matière que deux néants d'étendue ne peuvent pas faire une étendue. Mais parce qu'il y en a qui prétendent échapper à cette lumière par cette merveilleuse réponse, que deux néants détendue peuvent aussi bien faire une étendue que deux unités , dont aucune n'est nombre , font un nombre par leur assemblage; il faut leur repartir qu'ils pourroient opposer de la même sorte que vingt mille hommes font une armée, quoique aucun d'eux ne soit armée; que mille maisons font une ville, quoique aucune ne soit ville; ou que les parties font le tout, quoique aucune ne soit le tout; ou, pour demeurer dans la comparaison des nombres , que deux binaires font le quaternaire , et dix dixaines une centaine, quoique aucun ne le soit. Mais ce n'est pas avoir l'esprit juste que de confondre, par des comparaisons si inégales, la nature immuable des choses avec leurs noms libres et volontaires , et dépendant du caprice des hommes qui les ont composées. Car il est clair que, pour faciliter les discours, on a donné le nom & armée à vingt mille hommes, celui de ville à plusieurs maisons , celui de dixaine à dix unités, et que de cette liberté naissent les noms X unité , binaire , quaternaire , dixaine , centaine , différents par nos fantaisies , quoique ces choses