XIX. (3o
Qu'est-ce que nos principes naturels , sinon
nos principes accoutumés (*)? Dans les enfants, ceux qu'ils ont reçus de la coutume de leurs pères, comme la chasse dans les animaux.
Une différente coutume donnera d'autres principes naturels. Cela se voit par expérience ; et s'il y en a d'ineffaçables à la coutume , il y en a aussi de la coutume ineffaçables à la nature. Cela dépend de la disposition.
Les pères craignent que l'amour naturel des enfants ne s'efface. Quelle est donc cette nature sujette à être effacée? La coutume est une seconde nature qui détruit la première. Pourquoi la coutume n'est-elle pas naturelle? J'ai bien peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature. (**)
Si nous rêvions toutes les nuits la même chose , elle nous affecteroit peut-être autant que les objets que nous voyons tous les jours; et si un artisan étoit sûr de rêver toutes les nuits, douze heures durant, qu'il est roi , je crois qu'il seroit presque aussi heureux qu'un roi (3i) qui rèveroit toutes les nuits, douze heures durant, qu'il seroit artisan. Si nous rêvions toutes les nuits
(*) L'auteur fait ici allusion à une pensée de Montaigne qu'il rappelle plus loin. Voyez part, i , art. 8, §. 10.
(**) Voyez à la suite de la note 3o une Réflexion de Vauvenargues sur le même sujet, et la note de Voltaire à laquelle elle a donné lieu. (L'Éditeur.)