‹ Lettres provinciales et Pensées (volume 2)Chapitre 76 sur 159 · VI · texte numérisé non relu

VI

La justice est ce qui est établi; et ainsi toutes nos lois établies seront nécessairement tenues pour justes sans être examinées , puisqu'elles sont établies.

Les seules règles universelles sont les lois du

(*) Cette pensée et la suivante sont tirées de Montaigne. On est fondé à croire que Pascal, en les rappelant, avoit le projet ou de les réfuter, ou d'en faire sentir le sophisme et le paradoxe. {Note de l'Éditeur. )

pays, aux choses ordinaires; et la pluralité aux autres. D'où vient cela ? de la force qui y est.

Et de là vient que les rois, qui ont la force d'ailleurs, ne suivent pas I4 pluralité de leurs ministres.

Sans doute que l'égalité des biens est juste (65); mais, ne pouvant faire que l'homme soit forcé d'obéir à la justice, on l'a fait obéir à la force ; ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force, afin que la justice et la force fussent ensemble, et que la paix fût : car elle est le souverain bien : Summum jus , summa Injuria.

La pluralité est la meilleure voie , parce qu'elle est visible , et qu'elle a la force pour se faire obéir; cependant c'est l'avis des moins habiles.

Si on avoit pu, on auroit mis la force entre les mains de la justice; mais comme la force ne se laisse pas manier comme on veut, parce que c'est une qualité palpable, au lieu que la justice est une qualité spirituelle dont on dispose comme on veut, on a mis la justice entre les mains de la force, et ainsi on appelle justice ce qu'il est force d'observer.

Il est juste que ce qui est juste soit suivi : il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi (66). La justice sans la force est impuissante : la puissance sans la justice est tyrannique. La justice sans la force est contredite, parce qu'il

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