‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 15 sur 102 · DIT POUVOIR PROC HAT N · texte numérisé non relu

DIT POUVOIR PROC HAT N

buta rudement, et me dit que ee n'étoit pas là le point; qu'il y en avoit de ceux de son côté qui tenoient que la grâce n'est pas donnée à tous; que les examinateurs mêmes avoient dit en pleine Sorbonne que cette opinion est problématique ; et qu'il étoit lui-même dans ce sentiment; ce qu'il me confirma par ce passage, qu'il dit être célèbre, de saint Augustin : «Nous savons que la « o^race n'est pas donnée à tous les hommes. »

Je lui fis excuse d'avoir mal pris son sentiment, et le priai de me dire s'ils ne condamneroient donc pas au moins cette autre opinion des jansénistes qui fait tant de bruit, «que la «grâce est efficace, et qu'elle détermine notre « volonté à faire le bien. » Mais je ne fus pas plus heureux en cette seconde question. Vous n'y entendez rien, me dit-il; ce n'est pas là une hérésie : c'est une opinion orthodoxe : tous les thomistes la tiennent; et moi-même je l'ai soutenue dans ma Sorbonique.

Je n'osai lui proposer mes doutes;. et même je ne savois plus où étoit la difficulté, quand, pour m'en éclaircir, je le suppliai de me dire en quoi consistoit donc l'hérésie de la proposition de M. Arnauld. C'est, me dit-il, en ce qu'il ne reconnoît pas que les justes aient le pouvoir d'accomplir les commandements de Dieu en la manière que nous l'entendons.

Je le quittai après cette instruction; et, bien glorieux de savoir le nœud de l'affaire, je fus trouver monsieur jN"., qui se portoit de mieux en

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mieux , et qui eut assez de santé pour me conduire chez son beau -frère, qui est janséniste y s'il y en eut jamais , et pourtant fort bon homme. Pour en être mieux reçu, je feignis d être fort des siens, et lui dis : Seroit-il bien possible que la Sorbonne introduisît dans l'Eglise cette erreur, « que tous les justes ont toujours le pouvoir d'acte complir les commandements?» Comment parlez-vous? me dit mon docteur. Appelez -vous erreur un sentiment si catholique, et que les seuls luthériens et calvinistes combattent? Et quoi! lui dis-je, n'est-ce pas votre opinion? Non, me dit -il, nous l'anathématisons comme hérétique et impie. Surpris de cette réponse, je connus bien que j'avois trop fait le janséniste, comme j'avois l'autre fois été trop moliniste; mais, ne pouvant m'assurer de sa réponse, je le priai de me dire confidemment s'il tenoit « que les justes eussent toujours un pouvoir vé- « ri table d'observer les préceptes. » Mon homme s'échauffa là-dessus, mais d'un zèle dévot, et dit qu'il ne déguiseroit jamais ses sentiments pour quoi que ce fût; que c'étoit sa créance; et que lui et tous les siens la défendroient jusqu'à la mort, comme étant la pure doctrine de saint Thomas et de saint Augustin, leur maître.

Il m'en parla si "sérieusement, que je n'en pus douter; et, sur cette assurance, je retournai chez mon premier docteur, et lui dis, bien satisfait, que j'étois sûr que la paix seroit bientôt en Sorbonne : que les jansénistes étoient d'accord du

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