‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 18 sur 102 · DE SON AMI · texte numérisé non relu

DE SON AMI

Du i février i656.

Mo

NSIEUR,

Vos deux lettres n'ont pas été pour moi seul. Tout le monde les voit; tout le monde les entend ; tout le monde les croit. Elles ne sont pas seulement estimées par les théologiens ; elles sont encore agréables aux gens du monde, et intelligibles aux femmes même.

Voici ce que m'en écrit un de messieurs de l'Académie, des plus illustres entre ces hommes tous illustres , qui n'avoit encore vu que la première : « Je voudrois que la Sorbonne, qui doit « tant à la mémoire de feu M. le cardinal, vou- « lût reconnoître la juridiction de son Académie « francoise. L'auteur de la lettre seroit content ; « car, en qualité d'académicien, je condamne- « rois d'autorité, je bannirois , je proscrirois , « peu s'en faut que je ne dise, j'exterminerois de « tout mon pouvoir ce pouvoir prochain, qui « fait tant de bruit pour rien , et sans savoir « autrement ce qu'il demande. Le mal est que « notre pouvoir académique est un pouvoir fort « éloigné et borné. J'en suis marri ; et je le

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« suis encore beaucoup de ce que tout mon « petit pouvoir ne sauroit m'acquitter envers « vous, etc. »

Et voici ce qu'une personne, que je ne vous marquerai en aucune sorte , en écrit à une dame qui lui avoit fait tenir la première de vos lettres :

« Je vous suis plus obligée que vous ne pouvez « vous l'imaginer de la lettre que vous m'avez « envoyée : elle est tout-à-fait ingénieuse , et « tout-à-fait bien écrite. Elle narre sans narrer; « elle éclaircit les affaires du monde les plus « embrouillées; elle raille finement; elle instruit « même ceux qui ne savent pas bien les choses ; « elle redouble le plaisir de ceux qui les enten- « dent. Elle est encore une excellente apologie, « et, si l'on veut, une délicate et innocente cen- « sure. Et il y a enfin tant d'art, tant d'esprit, « et tant de jugement en cette lettre , que je « voudrois bien savoir qui l'a faite, etc. »

Vous voudriez bien aussi savoir qui est la personne qui en écrit de la sorte ; mais contentez-vous de l'honorer sans la connoître, et, quand vous la connoîtrez, vous l'honorerez bien davantage.

Continuez donc vos lettres sur ma parole, et que la censure vienne quand il lui plaira : nous sommes fort bien disposés à la recevoir. Ces mots de pouvoir prochain et de grâce suffisante , dont on nous menace, ne nous feront plus de peur. Nous avons trop appris des jésuites, des

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