DES PÉCHÉS D'IGNORANCE
que Dieu a éclairé ceux que les livres sacrés nous assurent « avoir été abandonnés dans les ténè- « bres et dans l'ombre de la mort. »
Ne vous suffit -il pas, pour entendre l'erreur de votre principe, de voir que saint Paul se dit le premier des pécheurs , pour un péché qu'il déclare avoir commis par ignorance, et avec zèle ?
Ne suffit-il pas de voir par l'Evangile que ceux qui crucifioient Jésus-Christ avoient besoin du pardon qu'il demandoit pour eux, quoiqu'ils ne connussent point la malice de leur action , et qu'ils ne l'eussent jamais faite, selon saint Paul, s ils en eussent eu la connoissance !
Ne suffit-il pas que Jésus-Christ nous avertisse qu'il y aura des persécuteurs de l'Église qui croiront rendre service à Dieu en s'efforçant de la ruiner; pour nous faire entendre que ce péché, qui est le plus grand de tous, selon l'apôtre, peut être commis par ceux qui sont si éloignés de savoir qu'ils pèchent, qu'ils croiroient pécher en ne le faisant pas? Et enfin ne suffit -il pas que Jésus-Christ lui-même nous ait appris qu'il y a deux sortes de pécheurs , dont les uns pèchent avec connoissance , et les autres sans connoissance ; et qu'ils seront tous châtiés , quoiqu'à la vérité différemment ?
Le bon père, pressé par tant de témoignages de l'Ecriture, à laquelle il avoit eu recours, commença à lâcher le pied; et, laissant pécher les impies sans inspiration , il nous dit : Au
moins vous ne nierez pas que les justes ne
pèchent jamais sans que Dieu leur donne
Vous reculez, lui jclis-je en l'interrompant, vous reculez, mon père : vous abandonnez le principe général, et, voyant qu'il ne vaut plus rien à l'égard des pécheurs, vous voudriez entrer en composition, et le faire au moins subsister pour les justes. Mais cela étant, j'en vois l'usage bien raccourci; car il ne servira plus à guère de gens ; et ce n'est quasi pas la peine de vous le disputer.
Mais mon second, qui avoit, à ce que je crois, étudié toute cette question le matin même, tant il étoit prêt sur tout, lui répondit : Voilà, mon père, le dernier retranchement où se retirent ceux de votre parti qui ont voulu entrer en dispute. Mais vous y êtes aussi peu en assurance. L'exemple des justes ne vous est pas plus favorable. Qui doute qu'ils ne tombent souvent dans des péchés de surprise sans qu'ils s'en aperçoivent? N'apprenons-nous pas des saints mêmes combien la concupiscence leur tend de pièges secrets, et combien il arrive ordinairement que, quelque sobres qu'ils soient, ils donnent à la volupté ce qu'ils pensent donner à la seule nécessité, comme saint Augustin le dit de soi-même dans ses Confessions ?
Combien est-il ordinaire de voir les plus zélés s'emporter dans la dispute à des mouvements d'aigreur pour leur propre intérêt , sans que leur conscience leur rende sur l'heure d'autre