‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 61 sur 102 · DE VASQUEZ SUR LAUMONE · texte numérisé non relu

DE VASQUEZ SUR LAUMONE

îl veut qu'elle le soit non-seulement à l'égard de la condition présente, mais aussi à l'égard de celle que les riches peuvent acquérir ou pour eux, ou pour leurs parents, par des moyens légitimes. Ainsi, selon Vasquez, tout ce que Ion garde pour relever sa condition est appelé simplement nécessaire à la condition , et superflu seulement à la nature ; et on n'est obligé d'en faire l'aumône que dans les occasions que l'auteur des lettres a fait voir être si rares , qu'elles n'arrivent presque jamais.

Il n'est pas besoin de rien ajouter, touchant la comparaison de Vasquez et de Cajetan, à ce que l'auteur des lettres en a dit. Je vous avertirai seulement, en passant, que vous imposez à ce cardinal , aussi-bien que Vasquez , lorsque vous soutenez «que, contre ce qu'il avoit dit dans le «traité de l'aumône, il enseigne, en celui des « indulgences , que l'obligation de donner le su- « perflu ne passe point le péché véniel. » Lisez-le, monsieur, et ne vous fiez pas tant aux jésuites, ni morts, ni vivants. Vous trouverez que Cajetan y enseigne formellement le contraire; et qu'après avoir dit qu'il n'y a que les nécessités extrêmes, sous lesquelles il comprend aussi la plupart de celles que Vasquez appelle urgentes, qui obligent à péché mortel , il y ajoute cette exception, « si ce n'est qu'on n'ait des biens superflus : se-

« CLUSA SUPERFLTJITATE BONORUM. »

Je passe donc avec vous à la doctrine de la simonie. L'auteur des lettres n'a eu autre dessein

que de montrer que la Société tient cette maxime: Que ce n'est pas une simonie en conscience de donner un bien spirituel pour un temporel, pourvu que le temporel n'en soit que le motif même principal, et non pas le prix; et, pour le prouver, il a rapporté le passage de Valentia tout au long dans le douzième, qui le dit si clairement, que vous n'avez rien à y répondre, non plus que sur Escobar, Erade Bille , et les autres, qui disent tous la même chose. Il suffit que tous ces auteurs soient de cette opinion pour montrer que, seion toute la Compagnie qui tient la doctrine de la probabilité , elle est sûre en conscience, après tant d'auteurs graves qui l'ont soutenue, et tant de provinciaux graves qui l'ont approuvée. Confessez donc qu'en laissant subsister, comme vous faites, le sentiment de tous ces autres jésuites, et vous arrêtant au seul Tannerus, vous ne faites rien contre le dessein de l'auteur des lettres que vous attaquez, ni pour la justification de la Société que vous défendez.

Mais , afin de vous donner une entière satisfaction sur ce sujet, je vous soutiens que vous avez tort aussi-bien sur Tannerus que sur les autres. Premièrement, vous ne pouvez nier qu'il ne dise généralement « qu'il n'y a point de sice monie en conscience, in foro conscientice , à « donner un bien spirituel pour un temporel , « lorsque le temporel n'en est que le motif même « principal, et non pas le prix. » Et quand il dit qu'il n'y a point de simonie en conscience, il

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entend qu'il n'y en a point, ni de droit divin, ni de droit positif. Car la simonie de droit positif est une simonie en conscience. Voilà la règle générale à laquelle ïannerus rapporte une exception, qui est que «dans les cas exprimés par le «droit, c'est une simonie de droit positif, ou «une simonie présumée.» Or, comme une exception ne peut pas être aussi étendue que la règle, il s'ensuit par nécessité que cette maxime générale , que « ce n'est point simonie en con- « science de donner un bien spirituel pour un «temporel, qui n'en est que le motif, et non « pas le prix, »> subsiste en quelque espèce des choses spirituelles. Et qu'ainsi il y ait des choses spirituelles qu'on peut donner sans simonie de droit positif pour des biens temporels, en changeant le mot de prix en celui de motif.

L'auteur des lettres a choisi l'espèce des bénéfices, à laquelle il réduit la doctrine de Valentia et de Tannerus. Mais il lui importe peu néanmoins que vous en substituiez une autre, et que vous disiez que ce n'est pas les bénéfices, mais les sacrements, ou les charges ecclésiastiques, qu'on peut donner pour de l'argent. Il croit tout cela également impie, et il vous en laisse le choix. Il semble, monsieur, que vous l'ayez voulu faire , et que vous ayez voulu donner à entendre que ce n'est pas simonie de dire la messe, ayant pour motif principal d'en recevoir de l'argent. C'est la pensée qu'on peut avoir en lisant ce que vous rapportez de la coutume de

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l'Église de Paris. Car si vous aviez voulu dire simplement que les fidèles peuvent offrir des biens temporels à ceux dont ils reçoivent les spirituels, et que les prêtres qui servent à l'autel peuvent vivre de l'autel, vous auriez dit une chose dont personne ne doute, mais qui ne touche point aussi notre question. Il s'agit de savoir si un prêtre qui n'auroit pour motif principal, en offrant le sacrifice, que l'argent qu'il en reçoit, ne seroit pas devant Dieu coupable de simonie. Vous l'en devez exempter selon la doctrine de Tannerus ; mais le pouvez-vous selon les principes de la piété chrétienne? «Si la si- « monie, dit Pierre Le Chantre, l'un des plus « grands ornements de l'Eglise de Paris , est si « honteuse et si damnable dans les choses jointes «aux sacrements, combien l'est-elle plus dans « la substance même des sacrements , et prin- « cipalement dans l'Eucharistie , où on prend « Jésus-Christ tout entier, la source et l'origine «de toutes les grâces! Simon le magicien, dit «encore ce saint homme, ayant été rejeté par « Simon Pierre, lui eût pu dire : Tu me rebutes, « mais je triompherai de toi et du corps entier « de l'Église; j'établirai le siège de mon empire «sur les autels; et lorsque les anges seront « assemblés en un coin de l'autel pour adorer « le corps de Jésus-Christ, je serai à l'autre coin « pour faire que le ministre de l'autel, ou plutôt «le mien, le forme pour de l'argent.» Et cependant cette simonie, que ce pieux théologien

DE L^ SIMONIE. 0.5g

condamne si fortement , ne consiste que dans Ja cupidité, qui fait que, dans l'administration des choses spirituelles, on met sa fin principale dans Futilité temporelle qui en revient. Et c'est ce qui lui fait dire généralement, c. 2 5 , « que les « ministères saints, qu'il appelle les ouvrages « de la droite , étant exercés par l'amour de « l'argent, forment la simonie : Opus dexterœ « operatum causa pecuniœ acqairendœ , paru si- «jnoiiiam.» Qu'auroit-il donc dit, s'il avoit ouï parler de cette horrible maxime des casuistes que vous défendez : «Qu'il est permis à un prêtre de « renoncer pour un peu d'argent à tout le fruit « spirituel qu'il peut prétendre du sacrifice? »

Vous voyez donc, monsieur, que, si c'est là tout ce que vous avez à dire pour la défense de Tannerus , vous ne ferez que le rendre coupable d'une plus grande impiété. Mais vous ne prouverez pas encore par là qu'il y ait , selon lui , simonie de droit positif à recevoir de l'argent comme motif pour donner des bénéfices. Car remarquez, s'il vous plaît, qu'il ne dit pas simplement que c'est une simonie de donner un bien spirituel pour un temporel comme motif, et non comme prix : mais qu'il y ajoute une alternative, en disant que c'est «ou une simonie < de droit positif, ou une simonie présumée. » Or une simonie présumée n'est pas une simonie devant Dieu; elle ne mérite aucune peine dans le tribunal de la conscience. Et ainsi dire , comme fait Tannerus , que c'est une simonie

26o RÉPONSE A. LA. DOUZIEME LETTRE.

de droit positif, ou une simonie présumée, c'est dire en effet que c'est une simonie, ou que ce n'en est pas une. Voilà à quoi se réduit l'exception de Tannerus, que l'auteur des lettres n'a pas dû rapporter dans sa sixième lettre; parce que, ne citant aucunes paroles de ce jésuite, il y dit simplement qu'il est de l'avis de Valentia; mais il la rapporte , et il y répond expressément dans sa douzième, quoique vous l'accusiez faussement de lavoir dissimulée.

Ça été pour éviter l'embarras de toutes ces distinctions que l'auteur des lettres avoit demandé aux jésuites « si c'étoit simonie en conte science, selon leurs auteurs, de donner un bé- « néfice de quatre mille livres de rente en re- « cevant dix mille francs comme motif, et non « comme prix. » Il les a pressés sur cela de lui donner réponse précise sans parler de droit positif, c'est-à-dire, sans se servir de ces termes que le monde n'entend pas, et non pas sans y avoir égard, comme vous l'avez pris contre toutes les lois de la grammaire. Vous y avez donc voulu satisfaire, et vous répondez, en un mot, « qu'en « ôtant le droit positif, il n'y auroit point de « simonie, comme il n'y auroit point de péché « à n'entendre point la messe un jour de fête, «si l'Église ne l'avoit point commandé;» c'està-dire que ce n'est une simonie que parce que l'Église l'a voulu , et que sans ses lois positives ce seroit une action indifférente. Sur quoi j'ai à vous repartir,

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