SUR LA BONNE FOT DES JANSÉNISTES. ^OO
confessant avec vous que c'est une hérésie, ils en détestent la proposition : tout au contraire des antres, qui admettent la proposition, et nient que ce soit hérésie. Ils ne sont donc pas hérétiques.
Quand les pères ont condamné Eutvchès , parce qu'il ne croyoit qu'une nature en Jésus- Christ, a-t-iî dit que non, et qu'il en croyoit deux? S'il l'avoit dit, il n'auroit nas été condamné; mais il disoit qu'il n'y avoit qu'une nature, et prétendoit que de le dire ce n'étoit point hérésie , et c'est pourquoi il étoit hérétique. Quand vous dites que MM. de Port-Boval tiennent «' que Jésus-Christ n'est pas mort pour tout « le monde, ou pour tous les hommes, et qu'il « n'a répandu son sang que pour le salut des «prédestinés;» que répondent-ils? Disent-ils qu'il est vrai qu'ils sont de ce sentiment? Tout au contraire, ne déclarent-ils pas qu'ils tiennent ce sentiment pour hérétique, qu'ils ne 1 ont jamais dit et ne le diront jamais? Et ils déclarent qu'ils croient au contraire qu'il est faux que Jésus-Christ n'ait répandu son sang que pour le salut des prédestinés, qu il l'a aussi répandu pour les réprouvés, qui résistent à sa grâce. Et enfin ils croient qu'il est mort pour tous les hommes, comme saint Augustin l'a cru, comme saint Thomas l'a enseigné, et comme le concde de Trente l'a défini. Cela, mon révérend père, ne vaut-il pas pour le moins autant que de dire qu on le croit comme les jésuites le croient et
4îO LETTRE AU PERE ANNAT,
comme Molina l'explique? Ils ne sont donc pas hérétiques.
Quand on a soutenu contre les monotliélites deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ, Cyrus d'Alexandrie et Sergius deConstantinople, et les autres, ont-ils dit qu'on leur imposent? Ont-ils déclaré qu'ils admettoient deux volontés et deux opérations en notre Seigneur Jésus- Christ? Non, ils ne l'ont pas fait; c'est pourquoi ils étoient hérétiques. Quand vous opposez à MM. de Port-Royal qu'en cet état de la nature corrompue, «ils n'excluent et ne rejettent au- « etine nécessité de l'action méritoire ou démé- «ritoire, sinon la nécessité de contrainte,» ils le nient, et enseignent au contraire que nous avons toujours en cette vie, dans toutes les actions par lesquelles nous méritons et déméritons , l'indifférence d'agir ou de ne pas agir, même avec la grâce efficace qui ne nous nécessite pas, quoiqu'elle nous fasse infailliblement faire le bien comme l'enseignent tous les thomistes. Ils ne sont donc pas hérétiques.
Enfin , mon révérend père, quand l'Eglise à repris Luther et Calvin de ce qu'ils nioient nos sacrements , et de ce qu'ils ne croyoient pas la transsubstantiation, et n'obéissoient pas au pape, ces hérésiarques, auxquels vous comparez si souvent vos adversaires, se sont-ils plaints de ce qu'on leur imposoit ce qu'ils ne disoient pas? N'ont-ils pas soutenu, et ne soutiennentils pas encore ces propositions ? Et c'est pour-