SENS DE JANSÉN1US SUR LA GRACE
« hérétique : ou à la manière des thomistes, qui «l'admettent; car alors il seroit catholique. » Voyez donc, mon père, s'il tient qu'on a le pouvoir de résister, quand il dit, dans des traités entiers, et entre autres au tom. III, L. vm, c. 20: « Qu'on a toujours le pouvoir de résister à la « grâce, selon le concile : que le libre arbitre
«PEUT TOUJOURS AGIR ET n'aGIR PAS, VOllloir et
« ne vouloir pas, consentir et ne consentir pas, « faire le bien et le mal; et que 1 homme en cette « vie a toujours ces deux libertés, que vous « appelez de contrariété et de contradiction. » Voyez de même s'il n'est pas contraire à l'erreur de Calvin , telle que vous-même la représentez , lui qui montre, dans tout le chapitre $ 1 , « que « l'Eglise a condamné cet hérétique, qui sou- « tient que la grâce efficace n'agit pas sur le « libre arbitre en la manière qu'on l'a cru si «long-temps dans l'Eglise, en sorte qu'il soit « ensuite au pouvoir du libre arbitre de con- « sentir ou de ne consentir pas : au lieu que , « selon saint Augustin et le concile , on a tou- « jours le pouvoir de ne consentir pas, si on le « veut; et que, selon saint Prosper, Dieu donne » à ses élus mêmes la volonté de persévérer, en « sorte qu'il ne leur ôte pas la puissance de vou- « loir le contraire. » Et enfin jugez s'il n'est pas d'accord avec les thomistes, lorsqu'il déclare, c. 4? «que tout ce que les thomistes ont écrit « pour accorder l'efficacité de la grâce avec le « pouvoir d'y résister est si conforme à son sens,
/ja8 dix-huitième lettre.
« qu'on n'a qu'à voir leurs livres pour y ap- « prendre ses sentiments. Quod ipsi dixerunt , « dictum puta. »
Voilà comme il parle sur tous ces chefs, et c'est sur quoi je m'imagine qu'il croit le pouvoir de résister à la grâce; qu'il est contraire à Calvin, et conforme aux thomistes, parce qu'il le dit, et qu'ainsi il est catholique selon vous. Que si vous avez quelque voie pour connoître le sens d'un auteur autrement que par ses expressions , et que, sans rapporter aucun de ses passages, vous vouliez soutenir, contre toutes ses paroles, qu'il nie le pouvoir de résister, et qu'il est pour Calvin contre les thomistes, n'ayez pas peur, mon père, que je vous accuse d'hérésie pour cela: je dirai seulement qu'il semble que vous entendez mal Jansénius ; mais nous n'en serons pas moins enfants de la même Église.
D'où vient donc, mon père, que vous agissez dans ce différend d'une manière si passionnée, et que vous traitez comme vos plus cruels ennemis, et comme les plus dangereux hérétiques , ceux que vous ne pouvez accuser d'aucune erreur, ni d'autre chose, sinon qu'ils n'entendent pas Jansénius comme vous ? Car de quoi disputez- vous, sinon du sens de cet auteur? Vous voulez qu'ils le condamnent, m ai* ils vous demandent ce que vous entendez par là? Vous dites que vous entendez l'erreur de Calvin; ils répondent qu'ils la condamnent : et ainsi , si vous n'en voulez pas aux syllabes , mais à la