A LA REINE DE NAVAKRE
Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107.
Madame, j'ay reçeu lettres d'un homme de ceste ville, escriptes comme il dict de vostre commandement , par
* Marguerite de Valois, sœur de François Ier , reine de Navarre, née le 11 avril 1492, et morte le 21 décembre 15i9. Douée d'un esprit élevé, d'une imagination vive et brillante, cette princesse se montra de bonne heure amie de la Réforme qu'elle protégea dans la personne de Le Fèvre d'Etaples, de Briçonnet, de Gérard Roussel, et qu'elle fit prêcher dans sa propre cour à Nérac. Elle inclina, en avançant en âge, vers les doctrines mystiques qui proclament l'indifférence des formes extérieures, et unit la profession du culte catholique aux croyances d'une foi épurée. On a d'elle plusieurs ouvrages : 4° V Heptaméron, souvent attribué à Bonaventure Desperiers. 2° Marguerites de la Marguerite des princesses, recueil de poésies religieuses dont le Miroir de l'âme pécheresse forme la première partie. La correspondance de la reine de Navarre a été
lesquelles j'entends qu'estes fort mal contente de moy à cause d'un certain livre par moy composé, lequel j'ay intitulé contre les Libertins 11 me faict mal de vous avoir contristée , sinon que ce fust pour vostre salut, car telle tristesse , comme dict saint Paul , est si bonne qu'il ne s'en fault point repentir d'en avoir esté cause. Mais je ne sçay pas, Madame, comment ce livre vous a peu tant animer. L'homme qui m'a rescript m'allègue la raison que c'est d'aultant qu'il est composé contre vous et vos serviteurs. Quant est de vous, mon intention n'a pas esté d'atioucher vostre honneur, ne diminuer la révérence que tous fidèles vous doibvent porter. Je dy outre celle que nous vous devons tous, pour la majesté royale en laquelle nostre Seigneur vous a exaltée , pour la maison dont vous estes descendue, et pour toute l'excellence qui est en vous, quant au inonde. Car ceulx qui me cognoissent, sçavent bien que je ne suis pas tant barbare ne inhumain , que de mespriser ne tascher de mettre en mespris les principaultés, la noblesse terriene, et ce qui appartient à la police humaine. Davantage , je cognois les dons que nostre Seigneur a mys en vous , et comment il s'est servy de vous , et vous a employé pour l'advancement de son règne, lesquelles choses me
publiée par M. Génin : Lettres de Marguerite éPAngouléme. Paris, 4844, in-8°. — Nouvelles Lettres de la reine de Navarre. Paris, 4842, in-8°.
1 C'est le traité intitulé : Contre la secte fantastique et Jurieuse des Libertins qui se disent spirituels. 4544, in-8°. Cette secte, répandue surtout dans les Pays-Bas, niait l'autorité de la parole écrite, et par un faux spiritualisme renversait les fondements de toutes les vérités chrétiennes. Deux de ses principaux chefs, Quintin et Poequet, étaient attachés à la maison de la reine de Navarre.
donnent assez d'occasion de vous honorer, et avoir vostre honneur en recommandation. Aussy, Madame, je vous prie de ne vous laisser point persuader par ceux qui en vous enflambant contre moy ne cherchent ne vostre profit , ne mon dommage , mais plus tost de vous alliéner de la bonne affection que vous portez à l'Eglise de Dieu, et vous oster le courage de servir à nostre Seigneur Jésus, et à ses membres, comme vous avez faict jusques à ceste heure. Quant à vos serviteurs je pense que vous n'estimez pas vostre maison plus précieuse que celle de nostre Seigneur Jésus, de laquelle un membre est nommé Diable , voyre un serviteur qui estoit assis à la table de son Maistre, et constitué en cest estât tant honorable d'estre ambassadeur du Fils de Dieu. Combien que je n'ay pas esté si inconsydéré que de nommer vostre maison, mais dissimulant que ceulx dont j'avoys à parler vous attouchassent en rien , j'ay parlé en vérité, et comme devant Dieu. Il reste de regarder si j'ay prins plaisir à les diffamer, ou si j'ay esté contrainct, par grande et juste raison, voire par nécessité, à les taxer ainsi. Or, Madame, si vous estes bien advertye de tout, j'estime bien tant de vous que nonseulement vous excuserez ce que j'en ay faict, mais estimerez ma simplicité digne de louange.
Je voy une secte la plus pernicieuse et exécrable qui fust oncques au monde. Je voy qu'elle nuyst beaucoup, et est un feu allumé pour destruire et gaster tout, ou comme une contagion pour infectioner toute la terre, si Ton n'y rémédie. Puisque nostre Seigneur m'a appelé à cest office, ma conscience me contrainct d'y résister tant
qu'il m'est possible. Il y a plus, qu'avec grandes obtesi. 8
114 wrnups
tations et véhémentes, je suis solicité des paoures fidèles qui enverrent (?) le pays bas de l'empereur tout corrompu, que bien tost et sans dilayer je mette la main à l'œuvre. Néantmoins encore après telles requestes, ayje différé un an entier, pour veoir si le mal se pourroyt assoupir par silence. Si on m'allègue que je pouvois bien escrire contre la meschante doctrine, laissant les personnes là, j'ay mon excuse plus que raisonnable. C'est que sçachant quelle ruyne a faicte messire Antoyne Pocquet au pays d'Artois et de Heinault, selon la relation des frères qui sont expressément venus icy pour cela, l'ayant ouy mesme icy, sçachant que Quintin ne prétend à autre fin que d'attirer les pauvres simples âmes à ceste secte plus que brutalle , et non tant par rapport d'aultruy que pour l'avoir ouy de mes oreilles, entandant qu'ils sont tousjours aspres pour renverser la saincte doctrine, tirer les pauvres âmes en perdition , engendrer au monde un contemnement de Dieu, jugez, Madame, s'il m'estoyt licite de dissimuler. Un chien abaye , s'il voit qu'on assaille son maistre ; je seroys bien lasche, si en voyant la vérité de Dieu ainsi assaillie, je faisoys du muet sans sonner mot. Je sui3 tout persuadé que vous n'entendez pas qu'en faveur de vous je trahisse la défense de l'Evangile que Dieu m'a commise. Parquoy je vous supplie, Madame, de ne vous point offenser, si estant contrainct par le devoir de mon office, soubs peine d'encourir l'offense de Dieu, je n'ay point espargné vos serviteurs, sans toutesfois m'adresser à vous.
Quant à ce que vous dictes que ne vouldriez avoir un tel serviteur que moy, je confesse que je ne suis pas
DI CALYm. US
pour vous faire grands services. Car la faculté n'y est pas , et aussy vous n'en avez pas faulte. Mais si est-ce que l'affection n'y défault pas, et tant que je vivray, je persisteray tousjours en ce propos au plaisir de Dieu, et quoy que vous dédaigniez mon service , cela ne m'cmpeschera pas que je ne soys vostre humble serviteur de cœur et de bonne volupté. Au reste, ceulx qui me cognoissent, sçavent bien que n'ay jamais aspiré d'avoir entrée aux cours des princes, d'aultant que je n'estoys, pas tenté de parvenir aux estats. Quand j'y eusse tasché, c'eust esté possible en vain. Mais je remercie nostre Seigneur, que je n'en ay jamais esté tenté, car j'ay bien occasion de me contenter de servir à un si bon maistre qui m'a accepté et retenu en sa maison, voire eq me constituant en un office tant digne et excellent, quelque contemptible qu'il soyt, selon le monde. Je seroys par trop ingrat si je ne préféroys ceste condition à toutes les richesses et honneurs du monde. Quant à la reprosche d'inconstance que vous me faictes, d'aultant » que je me suis desdict, je vous adverty, madame, qu'on vous a mal informée. Car jamais nostre Seigneur ne m'a admené jusques-là, qu'on m'ayt demandé confes* sion de ma foy. Quand il lui eust pieu m'esprouver en cest endroict, je ne me vante pas de ce que j'eusse faict, mais je ne doubte pas , que puisqu'il m'a donné ceste constance d'exposer ma vie en danger pour aultruy, au regard seulement de sa Parolle, qu'il ne m'eust adsisté par sa vertu, quand il eust esté question de glorifier son nom. Tant y a qu'il m'a préservé de ceste reprosche, que jamais je me soys dédict ne directement ne obliquement. Qui plus est j'ay tousjours eu en horreur une
telle lascheté, que de renoncer Jésus pour sauver sa vie, ou ses biens, je dy mesme du temps que j'estoys en France, comme plusieurs en sont tesmoings. Mais affin que vous soyé plus acertenée que ceulx qui vous ont faict tel rapport de moy, ont abusé de voslre audience trop humaine, je m'en rapporte à monsieur de Clérac l, lequel vous pourra dire que c'est une faulse calomnie qu'on m'impose, laquelle je ne doibs nullement porter, d'aultant que le nom de Dieu en seroyt blasphémé. Car combien que je ne soys rien, toutesfois puisqu'il a pieu à Dieu d'user de moy, comme d'un de ses instrumens à l'édification de son Eglise, je voy quelle conséquence tireroyt un tel blasme, s'il estoyt en ma personne pour diffamer l'Evangile. Mais je loue le Seigneur qui n'a pas tant permys sur moy à Salhan, et mesme a supporté mon infirmité, eu ce qu'il ne m'a jamais esprouvé par examen ne par prison.
1 Gérard Roussel, prédicateur de la reine de Navarre, un des premiers missionnaires de la Réforme ù Paris. Nommé abbé de Clairac et évêque d'Oleron, il continua de prêcher les doclrines nouvelles, sans rompre avec l'église catholique, et s'attira ainsi les plus Apres censures de Farel et de Calvin. Ce dernier lui adressa, en 1536, une lettre intitulée : Quel est l'office de F homme chrestien en administrant ou rejetant les bénéfices de Céglise papale, et le pressa vainement de se séparer de l'église romaine, à laquelle il demeura attaché jusqu'à sa mort (1550). « Sa vie, dit un écrivain catholique, estoit sans reproche. Sa meute de chiens et de lévriers estoit un grand nombre de pauvres, ses chevaux et son train une troupe de jeunes enfans eslevés aux lettres. Il avoit beaucoup de créance parmy le peuple auquel il engrava peu à peu une haine et mespris de la religion de leurs pères. » Florimond de Rémond, IJist. de Vhérésie, L. VH, p. 850, 851. Voir surtout l'ingénieuse et savante Biographie de Gérard Roussel, par M. Charles Schmidt, Strasbourg, 4845, in-8°.
Je vous prye de m'excuser en la brièveté et confusion de mes lettres; car incontinent après avoir reçeu les nouvelles de vostre mescontentement, je me suis voulu efforcer de vous satisfaire en tant qu'en moy seroit, non pour aultre raison que pour éviter que je ne fusse cause de vous refroidir ou destourner de la bonne affection qu'avez montrée jusques icy envers les pauvres fidèles. Et sur ce, Madame, après m'estre très humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplie le Seigneur Jésus de vous maintenir en sa garde et vous guyder par son Esperit, tant en prudence qu'en zèle de poursuyvre vostre saincte vocation. De Genève, ce 28 d'avril 1545.
Vostre très humble et obéyssant serviteur en nostre Seigneur,
A MONSIEUR DE FALAIS * Copie. Bibl. de Genève. Vol. 194.
Monseigneur, combien que je ne puis assez louer le Seigneur de ce qu'il vous a retiré à si bonne heure du lieu où vous pouviez estre surprins en grande anguoisse,
* Aux approches de l'armée impériale, M. de Falais s'était retiré de Cologne à Strasbourg. Il y reçut, au mois de mai \ 545, la visite du réformateur, qui s'était rendu à Berne, à Zurich, et à Bâle pour exciter l'intérêt des cantons protestants en faveur des malheureuses victimes de Cabrières et de Mérindol.
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et vous a si bien conduit par-dessus l'espérance des hommes au lieu où vous pouvez avoir quelque relasche en vostre esperit, toutefois si avez-vous à présent aussi bon mestier que jamais qu'il vous assiste, tant en vous enseignant ce qui sera bon et expédient de faire, qu'en Vous fortifiant en bonne constance pour n'estre point esbranlé pour assault qui vous vienne. Car estant si prochain du lieu où est le principal instrument qu'ait aujourd'hUy Sathan pour vous fascher 4, je ne fais doubte que vous n'aiez à résister à beaucoup plus de tentations que n'cri avez senties jusques icy. Quant est de prolonger plus longuement par excuses, je n'y vois nul moien, veu que tout ce que vous prétenderez n'aura pas grant couleur, au moins à mon advis. «Tentens envers ceux lesquels vous avez à contenter. Car quelque apparence que vous ayez de la maladie, ils sont desjà si préoccupés d'opinion contraire, que tout cela n'aura lieu envers eux, et d'advantaige le lieu de vostre retraite leur en ostera tout doubte. Outre ce que je pense bien qu'ils n'ont pas tant tardé à vous espier, pour en assoir certain jugement.
Le meilleur doncq à mon semblant en telle extrémité, sera de vous taire et tenir quoy, recommandant vostre cause à Dieu, affin qu'il la meine sans procureur ne sans advocat. Or pource que entr'aultres propos de vos lettres, vous dittes que vous estes en doubte s'il vous faudra aller à Wormes, je vous prye devant qu'entreprendre le voyage d'y bien penser, car devant toutes
1 Allusion à l'empereur Charles-Quint, n était alors à Worms, où U devait présider la diète qui s'ouvrit, Tannée suivante, dans •ettt ville.
choses, il vous convient d'avoir ceate résolution de confesser pleinement noslre Seigneur, sans fleschir pour rien que soit. Il ne sera pas question d'user là d'excuses civiles pour donner bonnes paroles en payement, comme vous sçavez. Qui pis est, je crains que vous n'aiez point d'audience pour faire la confession que désireriez. Quand au sauf-conduit, il vous souvient de ce que nous en devisasmes. Toutefois j'espère bien qu'il n'y aura pas grant inconvénient de le demander, car je pense estre asseuré qu'il ne s'en suivra que le refus. Il y aura un bien, que vous serez par ce moyen déclairé tout oultre. Combien que je crois que sur ce poinct il ne sera pas grant besoing de longue consultation, pource que Dieu en aura rompu le commencement, si je ne suis trompé. Parquoy le principal est de vous armer de patience, priant Dieu qu'il luy plaise de se glorifier en vous de plus en plus, comme il a commencé.
C'est peu de chose de ce que nous avons à endurer en ce monde, si nous regardons à la briesveté de nostre vie. Et quand le terme seroit long, c'est belle chose que le Fils de Dieu soit glorifié par nos passions, et que nous soyons parlicipans de sa gloire. Puisque vous avez commencé de mourir au monde pour l'amour de luy, il fauldra apprendre doresnavant que c'est d'estre ensepveli. Car la mort n'est rien sans la sépulture. C'est la consolation qu'il vous convient prendre pour ne vous point tromper, de vous préparer à endurer jusqu'en la fin. Combien que la croix que vous portez est bien aysée au pris de celle du rnaistre. Quand il lui playrade vous imposer plus poisant fardeau, il vous donnera aussi bien les espaules pour le soustenir.
A mon retour j'ay trouvé le bon seigneur David 1 en bien pauvre estât, comme vous diront les présens porteurs, et crains bien fort qu'après avoir traisné longtemps il n'y demeure en la fin . Toutesfois il nous fault pryer Dieu qu'il vueille avoir pitié de luy et de nous . Car ce seroit bien à nostre grande consolation s'il luy plaisoit le réserver.
Sur ce, monseigneur, après m'estre recommandé à vostre bonne grâce, et celle de mademoiselle, je supplye nostre bon Dieu de vous tenir la main en sorte que vous ne défailliez et ne cboppiez pour empescbement que Satban vous puisse mectre au-devant. De Genesve, ce dernier de may 1545.
Vostre humble frère, serviteur et entier amy,
Jéhan Calvin.
A JEAN CAVENT * Orig. autographe. Bibliothèque de la Compagnie de Neuchâtel.
Très cher frère, je croy bien que maistre Christo-
1 David de Busanion, gentilhomme du Hainaut réfugié à Genève. H y mourut au mois de juillet 1545, dans les sentiments de la plus vive piété, comme on le voit par une lettre de Calvin à Viret : « Cum mihi redditœ sunt tuœ literae, David noster animam agebat, quam paulo post reposuit in manum Christi, singulari adeoque mirabili constantia. Testamentum ejus, ubi veneris, leges... » — Julii 4545. David de Busanton léguait par son testament mille écus aux pauvres de Strasbourg, autant à ceux de Genève, et il désignait Calvin pour un de ses exécuteurs testamentaires.
* Au dos : A mon bon frère et amy maistre Jéhan diacre
phle 1 aura faict son debvoir de vous faire tenir les lettres où on vous mandoit les nouvelles de la mort de vostre femme et de vostre mère. Si ce deppart vous est dur, si avez-vous occasion de vous consoler en nostre Seigneur pour l'honneur qu'il leur a faict de glorifier son nom en leur mort, et pour la constance qu'il leur a donnée, comme je ne doubte pas qu'il ne vous face la grâce de bien considérer toutes ces choses. Quant à vos enfans, il y eust eu quelque moien par Monsieur de Falez, et l'eust volontiers faict pour l'honneur de Dieu, et à ma requeste. Mais luy-mesme est exclus du païs, et le trouvay à Strasbourg malade. Car si la foiblesse ne l'eust empesché, il fust venu par deçà. Parquoy il nous fauldra enquérir de quelque aultre moien, et ce pendant que vous aiez patience, avec solicitude les recommandant à Dieu, lequel ne permectra pas qu'ils demeurent à la longue en ceste captivité. Au reste, je vous prie dire à nostre frère Maistre Pierre * qu'il ne faille à venir un jour, et sur ce après m'estre recommandé à tous deux affectueusement, et à tous nos amys, je supplye nostre bon Dieu de vous avoir en sa garde, vous adressant par son esprit à ce que vostre service luy soit agréable et utile à son Esglise qui en a bon mestier. (Juin 1545.)
Vostre entièrement bon frère et amy,
Jéhan Calvin.
de l'église de Lausanne, ou à maistre Pierre Viret pour les luy faire tenir.— Au-dessous, de la main de Viret : Calvin à Jéhan Cavent diacre de Lausanne. Lettre non datée , mais écrite peu de temps après le voyage de Calvin à Strasbourg, et sa visite à M. de Falais, c'est-à-dire en juin 1545.
1 Christophe Fabri, ministre de l'église de Thonon. • Pierre Viret, ministre de Lausanne.
A MONSIEUR DE FALAIS Orig. autographe. Bibl. de Génère. Vol. 194.
Monseigneur, je vous escris en haste pour ce que je n'ay point esté adverty d'heure, mais je récompensera? en brief ceste faulte au plaisir de Dieu. Pour le présent, je vous advertiray seulement qu'après avoir advisé sur ce dont m'avez requis, nous trouvons bien qu'il y aura marchant prest quant il vous plaira d'àchapter *. Mais de faire nul achapt, ny mesme d'en tenir propos, sinon que vous feussiez devant sur le lieu pour juger ce qui vous sera propre, nous n'y voions point grant ordre ; parquoy s'il ue tient qu'à cela, le meilleur seroit, à mon advis, d'y regarder sans sonner mot, jusque à ce que feussiez arrivé. Combien que pour le présent il a deui places, dont l'une pourroit changer maistre, si on n'y prévient de bonne heure. Mais aussi je croy quant vous auriez arresté de venir, et que Dieu ne vous envoiat nul empeschement, incontinent après ces chaleurs passées, vous vous mecteriez en chemin.
Je n'ose dire combien je seroye joieulx que la conclusion en fust prinse, de paour de vous estre suspect, si je venois à vous en donner conseil. Toutesfois je puis bieu protester en vérité que le désir que j'auroyc de jouir de la consolation que j'en attens, ne m'empesche-
\n s'agit ici de l'Acquisition d'une maison à Genève, pour M. de Falais.
DÉ C1LVIH. 123
roit pas de regarder à ce qui vous seroit bon. Et mesme ce qui m'incite le plus à désirer que feussiez icy, c'est affin que soîez en lieu où il y ait gens qui demandent de s'employer à vous faire service. Je m'estois advisé que si Monsieur de Fromont1 estoit venu» et qu'il luy pleust se venir esbatre jusque icy, comme il est plus portatif, que son voiage vous serviroit pour advertissement. Mais en ce cas je supplierois qu'il vînt descendre droict chez nous.
Quant au bon seigneur David, c'est fait, si Dieu ne le retire comme du sépulchre par grâce miraculeuse. Mais je ne vous en escris point plus au long, jusque à ce que Dieu en ait disposé du tout 2.
Sur ce, monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, et celle de Mademoiselle, et vous avoir présenté les humbles recommanda^tions de ma femme, je prye nostre Seigneur de vous fortifier tous deux tant en corps qu'en esperit* tellement que sans défaillir nous accomplissions tous ensemble le voiage que nous avons à faire. Ce 22 de juing. (1545 *.)
Vostre serviteur, humble frère et entier aftiy,
Jéhan Calvin.
1 Jean, seigneur de Fromont et de Han-sur-Sambre , frère de M. de Falais.
* Voir la note 4, page 420.
8 Au dos, de la main de M. de Falais : Res pondu le XVIII de juillet 4545, à Strasbourg.
A MONSIEUR DE FALAIS Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.
Monseigneur , je rends grâces à nostre bon Dieu de ce qu'il nous a resjouy des bonnes nouvelles de la santé qu'il vous a rendue, sans que nous ayons esté consistez de la maladie. Quant nous en eussions esté advertis à temps, nous l'eussions pryé, selon que nous y estions tenus. Mais puisqu'il a si bien besongné sans nous appeler à l'ayde, nous avons à le remercier doublement. Et mesme ma joye s'augmente de ce que j'entens que ceste Visitation vous a servy à demy de médecine, pour vous rendre plus robuste. Quoy qu'il en soit, puisque nous avons un Dieu qui peult en un moment sans difficulté retirer les siens du sépulchre, il les pourra bien pourmener au bort tant qu'il vouldra, sans permectre qu'ils tombent dedans, jusqu'à ce qu'il en soit temps.
Si j'avois loysir d'escrire a Madamoiselle, je luy manderois que ses lettres m'ont aprins qu'il est bon de lire jusque au bout devant que juger. Car j'ay cuidé estre surprins en la seconde lingne, où elle me mandoit du dangicr où vous avez esté, combien que sa prudence m'a aydé à me retenir. Tant y a que j'ay esté singulièment consolé, devant qu'avoir eu le loysir de me fascher.
Quant à l'affaire dont vous m'avez escrit, vostre venue n'a point esté divulguée de par nous. Mais cepen-
dant le bruict vole, et ne sçavons dont il vient, sinon que le vent le porte. Quant on m'en parle, je laisse couller cela, sans rnectre poine de le réfuter. Car il y est passé quelqu'un venant de Strasbourg qui en a dict comme s'il avoit sceu vostre intention. Parquoy il m'est advis que ce seroit poine perdue de nyer, mais que le plus expédient est d'en laisser muser chascun ce qu'il vouldra. Tel est venu à moy, qui m'a racompté qu'un gentilhomme nommé ainsi, qui s'estoit retiré à Strasbourg, etc., comme s'il en eust plus congneu plus que moy. Quant il me demandoit des choses manifestes, pource que c'eust esté impudence d'en faire de l'ignorant, je luy concédois aultant qu'il estoit nécessaire. Ainsi nous dissimulerons aultant que nous verrons qu'il pourra profiter. Cependant faictes vostre compte, qu'on devise de vostre estât en vostre absence, sans avoir commission de vous.
Touchant la place, le sire Nicolas en fera comme il le vous a promis, et nous avec luy. Seulement il y a une difficulté, que si on la haulsoit, ainsi que le bruict en est, non pas oultre sa juste valeur, mais oultre le pris qu'il en vouldroit donner, qu'il seroit de faire en tel cas. Nous faisons nostre project que par raison elle viendra jusque à deux mille cinq centz escus. Nicolas ne vouldroit passer oultre les deux centz ou environ. Non pas que la pièce ne les vaille, mais pource que sa commodité ne s'estend que jusque-là. C'est desjà un scrupule qui nous moleste. Quant ce lieu-là ne vous duiroit, il y en a un aultre en bransle, à deux bonnes lieues loing. Mais je craindrois que ce fust trop loing, car c'est grande commodité d'estre voisin de la ville,
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combien que ce lieu que je dis est assez prochain du lac. En somme si c'estoit à souhaitter, jevouldrois bien que quelqu'un vous peult prester son œil de paour que les occasions ne nous eschappent.
J'entens bien par vos lettres qui c'est qui tous retient, mais je croy que de cesle doubte il en pourroit estre décidé à ceste heure. Ouant je considère le tout, mon désir seroit que de première arrivée vous feussiez bien logé, et vostre cas tout bien ordonné. Mais en vpstre absence, il est bien difficile de vous proveoir de lieu par achapt. De logis à louage en la ville, cela se peult faire sans grant intérest. Mais ce qqi tire plus longue queue, ne se peult bonnement dcspescher, que la veue n'y soit. Car nostre contentement ne sera pas le vostre.
Plcust à Dieu que vous peussiez estre icy pour user de l'opportunité pendant qu'elle nous dure. Toutefois j'espère que si l'un ne vient à point, nous recourrerons à un aultre.
Je crains de vous retarder, si je vous dis que nostre Seigneur nous afflige aulcunement de peste Mais j'ayme mieux que vous en soyez adverty de bonne heure pour vous asseurer, que d'estre surprins au déproveu. Du reste vous en estes duement informé, comme je pense, car je pryai bien Maldonad * et Saint-André 8 de ne vous point tromper. Combien que vous sçavez de vous-mesnie ce qui vault mieuk que toutes admoni-
1 Elle ne cessa d'exercer ses ravages a Genève qu'en 4546. • Gentilhomme du Hanovre, réfugié à Genève. » Autre réfugié, des Pays-Bas. Il fut admis, l'année suivante, au minière.
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tions ny advertissemepts du monde. C'est puisque nous cherchons Jésus-Christ, qu'il nous convient attendre de le trouver crucifié par tout où nous irons en ce monde. Mais j'espère que nostre bon Père vous donnera encor icy aultaut de relasche qu'il sera expédient, pour la disposition de vostre corps. Nous attendrons par le premier certaines nouvelles de vous, et emportantes résolutions de ce que nous avons à faire.
Et sur ce, monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, et celle de Madamoisellc, et vous avoir présenté à tous deux les humbles; recommandations de ma. femme, je supplieray nostre bon Dieu de vous maintenir en sa protection, vous conduisant tousjours par son esprit, et vous envoiant ce qu'il congnoit vous estre salutaire. De Genesve , ce 5 d'aoust (1545).
Vostre serviteur, humble frère et entier amy à jamais,
Jéhan Calvin.
A MADAME DE FAIAIS
Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.
Mademoiselle, c'est bien raison puisque j'ay reçeu deux paires de lettres de vous, pour le moins que vous en aiez une de moy pour récompense. Mais je vous prie de ne me vouloir traicter à la rigueur pour ce coup.
Car le porteur m'avoit promis de m'advertir deux jours devant, et depuis il a esté plus hasté qu'il ne pensoit, tellement que je n'ay pas eu le loysir que j'avoye espéré, mais je me depporte de faire plus longue excuse, me confiant que vous la prendrez bien selon vostre prudence, puisque vous en estes advertie en un mot.
Au reste vos lettres m'ont doublement resjouy. Ce que je ne vous mande pas comme chose nouvelle, car vous le pouvez bien penser sans que j'en dise un mot. C'est de ce qu'il a pieu à nostre bon Dieu de restituer monsieur en convalescence d'une maladie si fascheuse, et qu'il se trouve mieulx disposé, qu'il ne faisoit devant qu'avoir eu ceste atteincte. Par cela il nous faut apprendre que nous ne devons pas réputer estrange que nostre bon Dieu tourne les afflictions corporelles au salut de l'âme, veu que mesme quant au corps il convertit la playe en guairison. 11 reste que nous le pryons que comme il a commencé de luy restituer sa santé, il le vueille confermer pleinement, et luy donner un corps si robuste qu'il soit disposé pour s'aller esbattre, affin de récompenser le temps de la longue prison où il a esté desjà passé trois mois.
Je vous envoyé les lettres que la seur de monsieur David luy escrivoit, non pas qu'elles vous puissent apporter nulle consolation, mais d'aultant que j'eusse pensé faire incivilement en les supprimant. J'espère au plaisir de Dieu que par l'homme de messire Bernardin nous aurons nouvelles plus certaines, tant de la disposition de Monsieur, que de la vostre, et aussi de vos aifaires, affin que nous sçachions en quel temps il nous fauldra faire provision de bois, car de verjus on est après.
Il est vray que si vous craignez fort la peste, il y aurait un hocquet pour vous retarder. Néantmoins je vous asseure bien qu'il ne se fault pas arrêter au bruict qui augmente cent fois plus qu'il n'y en a.
Sur ce, après ra'estre humblement recommandé à la bonne grâce de Messieurs et la vostre, je supplieray nostre Père céleste de vous conserver tous deux en bonne prospérité, vous resjouissant par sa grâce, et vous donnant contentement spirituel pour vous deslivrer de toutes fascheries terriennes, vous faisant dignes de servir de plus en plus à la gloire de son nom. Amen. De Genève, ce 15 d'aoust 1545.
Vostre serviteur et humble frère à jamais,
Jéhan Calvin.
A MONSIEUR DE FALAIS * Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.
Monsieur, combien que je ne sçache pas la disposition en laquelle vous estes présentement, toutesfois j'ay bonne confiance en Dieu que, soit en santé ou maladie, il vous
* Lettre sans date, écrite en même temps que la suivante (septembre 1 545). — Sommé, au nom de l'empereur, de quitter Strasbourg et de rentrer dans le Brabant, M. de Falais n'avait point obéi à cette injonction. Ce refus , en excitant contre lui le mécontentement impérial, l'avait exposé sans défense aux dénonciations intéressées de ses ennemis. En butte aux plus calomnieuses accusations, i. 9
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-urinonter tout ce que tous pouvez ni-. Lar vous n'estes pas uouTeau au ■ i -;y4 desjà longue espace de temps que mmepcé 3 vous y préparer. Et ne vous ,uu, K[\m vous n'eussiez, attendu auparavant. .Liu[ié de mopstrer par effet que quant vous i.icnce à suivre franchement Jésus-Cbxist, ce > >uus. estre résolu, de luy tenir compagnie à w,v, puisqu'il nous faict çest honneur d'estre cru^ u îiqus pour nous glorifier avec soy. Et pe double Ju temps mesnie que vous estiez en vostre ■iuuHiu, et eu paisible jouissance do vos biens , vous V eussiez ce couraige de tout quiçter quant il luy plai- ;vit, et que vous ne feussiez du nombre de ceux qui ><M Hi de ce monde, comme rien usant point. 1 Corinth. VII, Mais d'aultant que c'est bien raison qu'on appercooe par expérience quelle est nostre affection, estimez que nostre Seigneur vous a voulu donner à beaucoup daultres pour exemple, et par ce moyen glorifier son nom en vous.
D'aultro part nous ne seavons pas que c'est de tout quu ter pour l'amour de luy, jusque à ce qu'il nous aiiieiuo a (a practicque. Il est vray que celluy qui a qsté hou affection des biens de ce monde a desjà tout venc|u, ot n'est rendu paoure en tant qu'en luy est. Mais le fruict et approbation de eeste paoureté spirituelle est d'enduiv r la porto des t>ie^s en patience , et ne les regretter point, quand il plaist au Père céleste que nous en soions
H Ui<mU »ou caradère méconnu, son nom outragé, ses biens mis «ou» U» **|uoi»nv, ikiuikint qu'il languissait lui-même en proie au tUtvouNMjtmuml **4 à la
tbspoiàilVés.. Je ne vous allègue pas ces choses comme à celluy qui soit ignorant, ou qui ait raestier de longues remonstrances ; mais pour l'amour que je vous porte duquel Dieu m'est tesmoiog. Je me cojasole ensemble avec vous, comme souffrant en vostre personne.
Le. temps doncq est venu que vous mon&triez comme vous n'estimez toutes choses non plus que fiente, pour approcher de celluy qui non-seulement nous a donné tous ses biena, mais aussi soy-mesme. Et puisque Dieu a permis que vous {eussiez deschargé d'une partie 4e vos hîens terriens , estimez qu'il a congnu que ce vous estoit pour le présent un fardeau inutile. Je diz une partie , combien que le tout quasi voua ait esté ravy , pour ce qu'il vous en reste, comme j'espère, abondamment pour vostre usaige. Tant y a que ce» gouffre» qui dévorent tout le monde, en ont journellement plus grant faulte, que ceux desquels ils ont englouty la substance.
La somme est que rien ne vous est diminué, puisque nostre Seigneur eu vous apprenant que vostre héritaige est au ciel, a proveu à ce qu'il vous estoit utile pour la vie corporelle, en vous donnant contentement, et du hien plus qu'il n'estoit de mestier pour vous contenter. Quant tout vous seroit osté, encor vous demeureroit la consolation à laquelle il nous fault arrester principalement , voire acquiescer du tout. C'est qu'avant le Fils de Dieu, il ne nous, face pas mal d'estre privez du reste. Car nous le devons bien priser jusque-là. Mais encor puisque ce bon Saulveur vous a supporté si bénignement qu'en vous appelant à la communication de sa croix, a proveu à vostre commodité terrienne, il y a bien
occasion de vous renger à son bon plaisir, et au reste vous resjouir de ce qu'estant diminué quant au monde, vous estes exalté devant luy et ses anges d'aultant plus. Car combien que le monde s'efforse par tous moiens d'ensepvelir Jésus-Christ en ignominie, si faut-il que sa sépulture soit glorieuse , non-seulement en luy , mais aussi en ses membres. Cependant souffrons d'estre humiliés en nous , comme bon luy semblera. Mais il n'y auroit point de ûn à mes lettres, si je voulois suivre ce propos. Ainsi, Monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je suplye nostre bon Dieu de besongner maintenant en vous plus vertueusement que jamais, pour vous faire contemner tout ce qui est de ce monde et aspirer droict à luy de tout vostre cueur, sans estre diverty de rien qui soit, vous faisant gouster quelle est la valeur de P espérance qu'il nous réserve au ciel, et qu'il luy plaise vous alléger quant au corps, affin que vous soiez tant mieulx disposé pour bien méditer ses grâces qu'il vous faict , et vous délecter en icelles, recongnoissant l'amour qu'il vous monstre. Ma femme laquelle est malade au lict, prye d'estre aussi humblement recommandée à vostre bonne grâce. Ce porteur qui est de bien bonne sorte, et de la mareque telle que vous la demandez, vous racomptera plus amplement de nostre estât.
Vostre humble frère, serviteur et entier amy,
Jéhan Calvin.
A MADAME DE FALAIS
Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.
Madamoiselle, je n'ay pas loysir distendre mes lettres si long que je vouldrois bien, attendu Testât où nous sommes. La présente sera seulement pour louer nostre bon Dieu de la confiance qu'il vous donne, eslargissant vostre cueur au mil lieu des anguoisses où il pourroit estre sans avoir sa consolation d'en hault. Quoy qu'il en soit, si nous avons la patience de prester l'oreille à nostre Saulveur, il nous donnera tousjours de quoy pour nous resjouir, et nous fera gouster et sentir vivement que ce n'est pas en vain qu'il nous a promis de nous rendre invincibles en tribulations. Maintenant doncq apprenez par effect que vault ceste belle promesse, que nous sommes bien heureux, quand tout le monde mesdira de nous, et nous aura en haine, et nous persécutera pour son nom. C'est de là qu'il vous a préparez jà de longtemps à vous exposer au dangier. C'est donc là qu'il vous convient retourner maintenant pour y acquiescer, comme de faict il vous y conduict par la main.
Que ne sommes-nous ensemble pourdespiter Sathan, en méditant les choses qui nous doivent resjouir spirituellement, et nous donnent matière de nous glorifier plus que jamais, quant nous sommes abbatus selon le monde. Mais je sçay que vous n'avez pas mestier de ma compaignie en cela. Et aussi je le dis plus pour mon
contentement que pour vostre nécessité. Surtout congnoissez que maintenant l'heure est venue, qu'il vous lauli monstrer comment vous estes en ayde à monseigneur vostre mary, tellement qu'il ait tousjours occasion de bénir Dieu, comme il a eu jusque icy de l'avoir proveu d'un tel support. Je dis cecy pource que je considère que c'est le principal que Dieu ray ait laissé quant aux créatures* pour ne le point destituer du tout. Je voy certes estant absent de quel zèle vous estes poulsée à vous en acquiter, et quelle poine vous prenëfe à vous y emploier. Parqudy ce que j'en parie, n'est pas taœt par forme d'exhortation, qu'en vous congratulant vous entretenir en ce bon couraige que Dieu vous a donne.
Je vous adresse quelque response que j'ay faict à h seur de monseigneur laquelle est à Mons, sur une missive qu'elle envoia naguères à la femme de Sainct-Àndré. Si bon vous semble, vous la luy ferez tenir, avec ce que j'envoye à la seur de Monsieur David. J'en remect le tout à vostre bonne discrétion.
Pour faire fin, Madamoiselle et très honorée seur, après ra'estre affectueusement recommandé à vostre bonne grâce, et vous avoir aussi présenté les humbles recommandations de ma femme, laquelle gist au iict malade, je aupplye nostre bon Dieu de vous remplir de toutes grâces, pour augmenter journellement sa gloire en vous, et triompher en vostre constance, affin que finalement nous soyons aussi participans de sa gloire qu'il nous a promise. De Genesve, ce 18 de septembre (1545).
Vostre serviteur et humble frère,
Jkham Cixvm.
A MONSIEUR DE PALAIS * Orig. autographe. Bifal. 4e Genève. VeU 104.
Monseigneur, j'espère que quant ces présentes parviendront à vous , elles vous trouveront , par la grâce de nostre bon Dieu, en telle disposition et santé comme hoùs désirons, et semblablemenl Madamoisette voslre femme. Cependant les nouvelles que nous avons eu de la maladie de tous deux, nous ont esté tristes ei seront en attendant que nous en ayons d'aultres pouf nous resjouir. Au reste, c'est bien raison que nous vivions et mourions à celluy lequel nous a acquis attin d'estre glorilié en nous en toutes sortes, et qué nous monstrions par effect que nous sommes siens, nous submettant du tout à luy en vraye obéissance, ce que nous ne pouvons faire sans lui résigner et quicter nos personnes à ce qu'il en dispose comme bon luy semblera. Que s'il luy plaist nous prolonger la vie, il nous fault préparer à voir beaucoup de paouretés en l'Eglise chrestienne. Nous voyons la dissipation et le désordre tant confus qui y est à présent. D'espérance d'amendement il n'y en apparoit point du costé du monde. Car de s'amuser aux princes, c'est un abus. Ils sont tant empeschez ailleurs, qu'ils n'ont loysir de penser à ce qui leur devroit estre le principal. Brief ils
* Sans date. Cette lettre semble écrite à la même époque, et dans les mêmes circonstances que les deux lettres précédentes.
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tipliant ses grâces en vous journellement à la gloire de son nom. De Genesve ce 26 d'octobre [1545].
Vostre humble frère, serviteur et entier amy,
Jlhan Calvin.
A MONSIEUR DE FALAIS * Orig. autographe. KU. de Génère. VoL 1M.
Monseigneur, depuis mes lettres escrites, je me suis radvisé touchant l'épître dédicatoire de mon Commentaire, car pource que c'est grand poine et difficulté de s'astrainare à remplir tant de pages et non plus, je l'envoyé toute faicte, néantmoins à telle condition qu'elle ne s'imprime que par vostre commandement. Pourtant l'ai-je enclose dans les présentes, affin que Vendelin 1 ne l'ait que par vos mains. S'il ne vous semble pas expédient que je vous l'adresse, j'en feray une nouvelle, estant adverty. Au reste ne vous esbahissez si je parle en brief de vous, car je craingnois d'attoucher quelques épines eu y entrant plus avant. Mais selon que les choses se porteront, nous pourrons au plaisir de Dieu,
* Calvin venait de dédier à M. de Falais son Commentaire an- la première tpitre de saint Paul aux Corinthiens. L'épître dédicatoire est du 42 janvier 45i6. Le nom de M. de Falais, triste exemple de ta fragilité des affections humaines, devait être efface" dît ans après de la préface de ce Commentaire, et remplacé par le nom du marquis de Vieo.
• Imprimeur de Strasbourg.
de cuvra. i3§
à la seconde impression, desdwire pleinement \&ai ce qui sera de niestier. Comble® j'auroit* gtfand désir, Si c'eetoit le plaisir de Dieu, d'esfcre avec vous trois 6fe quatre jours pour deviser de huttche plus tostque tf'escrire. C'sst possible Mie à moy de penser que ma présence vous servit* Mais quoy ! encore que ia faculté deffaillfe, l'affection me faict parler ainsi. Toutefois cte sont souhaits qui sont plus aysez à faire, que acomplir. Ainsi contentons-nous de ce que Dieu nous donne.
Hier nous eusmes icy nouvelles de la desfaite de quatre mille Anglais par cincq cens chevaux légiers^ Mais c'est de France K
Monseigneur, après m'estre bHmblemeiit recommandé de rechef à vostre bonne grâce, et celle de Madamoiselle, je prye tousjours notre Seigneur qu'il vous maintienne en sa gloire (janvier 4546 *).