‹ Lettres spirituellesChapitre 7 sur 19 · DE SON TRAIN · texte numérisé non relu

DE SON TRAIN

Votre train doit être comme l'étendue de vôtre personne et quelque chose qui représente la majestéet lagloirede Dieu en vous, puisqu'il vous a fait naître pour l'exprimer en sa grandeur.

Il faut vouloir en lui ce train, et non pas en vous-même, ni pour la vanité, qui désire être suivie et accompagnée delà sorte. Si vous preniez pour vous ces choses, au lieu d'être une image de Dieu, vous seriez une idole, qui s'approprie tout ce qu'on doit à Dieu^et vous feriez un sacrilège. Maison les recevant en Dieu , vous représentez ce

3i2 LETTRE ce.

qu'il est, VOUS lui rapportez toutes choses, et vous faites comme les vraies images dans son Église, qui toujours reçoivent des louanges, des hommages, des respects, et d'autres devoirs de notre religion qui ne sont dus qu'à Dieu , mais qui ne leur sont rendus qu'à cause qu'elles le représentent.

DE l'usage des visites.

Quand vous irez visiter quelque personne, quelle qu'elle puisse être , faites-le toujours dans Tesprit et dans ia vue d'aller adorer Dieu en elle, sous quelque état qu'il y paraisse pour y être honoré.

Si vous allez visiter le roi ou la reine, faites-le dans l'intention des Principautés du ciel, qui vont rendre hommage de leurs grandeurs à la majesté de leur Roi et le reconnaître pour souverain ; et si vous*allez visiter quelque grandeur inférieure à la vôtre, honorez-y toujours la participation de la grandeur de Dieu qu'elle possède, et qui désire être honoré en elle*

LETTRE ce. 813

Ed visi tant d'autres persoDnesde-moiodre condilioD, Taites-te dans la disposition de Dieu même, visitant les petits , el descendanl avec bonté, douceur, charité.el même avec humilité, pourvoir les clioses basses, et pour se plaire avec elles, dans le desseio de les aider, de les consoler el de les servir.

Allez-jdansresprit de leur pfésenler Dieu paraissanl en votre personne, afin d'accomplir les desseins qu'il ade paraître aux yeux du mondesousses créatures qu'il acboisies k ce dessein, et de se montrer aux aulres pour être honoré. Etmême recevez-y pour IHeu l'honneur qu'ils vous feront, arm que, lui rapporlanl ce qu'ils ne pensenl pas de lui donner, vous fassiez en même temps votre devoir et le leur loul ensemble.

Comme. la sainte journée du clirélicn est un abrégé de sa vie , le dessein de Dieu est

31/il LETTRE ce.

qu'il finisse chaque journée dans le même esprit qu'il finira ses jours, et qu'il se mette dans son lit comme dans son tombeau, lui rendant compte de sa conduite et de Tusage de ses grâces. Ainsi donc , Madame, le soir en vous couchant, il faut que vous paraissiez en la présence de Jésus-Christ vous jugeant, comme il fera à l'heure de votre mort, et jugeant encore votre âme et votre corps avec tout le inonde, quand, paraissaot en sa majesté et en sa fureur contre les pécheurs, il fera trembler et frémir toute la créature. En ce jour, dit David, il sera terrible aux puissances et aux rois de la terre : Terribilis apud reges terrcè : et les méchants demanderont d'être écrasés sous Taccablement des montagnes, plutôt que de considérer sa face.

Notre-Seigneur nous apprend à nous disposer de la sorte, lorsqu'il nous dit , dans l'Évangile, que la nuit vient, c'est-à-dire la mort, en laquelle on ne peut opérer ; et en parlant du Jugement il dit qu'il viendra la

\lf^i^f^i9i1g^'<9''V*'ê'?Hni^^i;-fi!^*^fÊifeim^Ti^'i^

LETTBË CG. ^15

nuit comme un larron. Et, en effet, le jour du jugement trouvera tout le monde couché dans le tombeau, comme tous les hommes sont la nuit ensevelis dans le cercueil de leur lit II est bon^ Madame, qu'en vous couchant, comme vous le faites assez tard, vers les onze heures ou minuit, qui est le temps auquel tout est dans le silence et enseveli dans le sommeil, vous vous représentiez que vous allez au lit comme au tombeau delà mort, dans Tespérauce de la résurrection du matin. C'est pour cela que je mets ici Texercice du soir avant celui du matin. Car telle sera votre résurrection et votre réveil qu'aura été votre coucher, et il sera aussi saint que votre coucher aura été rempli de pénitence. Si memor fui tut super stratum meum, dit le Prophète, m matutinis meditabor in te. Telle sera notre éternité qu'aura été notre mort. Tel que j'aurai été dans le lit de ma mort, tel je serai à mon réveil; et, si je me couche dans la douleur de mes péchés , je me ré-

316 LETTRE ce.

veillerai dans Tespérance et dans la joie de ma résurrection.

Ainsi, Madame, vous consacrerez votre réveil à Thonneur de la résurrection du Fils de Dieu, et dans Tesprit même de la résurrection des bons, qui tous seront appelés de leurs tombeaux avec les caresses de Jésus- Glirist, et seront reçus à bras ouverts de Dieu le Père, qui les consommera dans son sein, comme il y reçut Notre-Seigneur en le ressuscitant des morts, Tembrassant alors et le consommant en même temps dans le feu divin de son amour.

Et de même que tous les justes, excités par la voix du Fils de Dieu, et parla vertu de son esprit, exprimée par la trompette , s'éveilleront en un clin d'œil et en un moment, In ictu oculi, et au moindre son de la trompette. In novissimâ tuhâ, et s'é* veilleront en esprit d'obéissance à sa voix, et de zèle pour sa louange, à l'exemple de Jésus-Christ même réveillé par la voix de son Père dans le tombeau après le sommeil

de trois jours, Ego dormivi et somnum cœpi, et exsurrexï: ainsi. Madame, aussitôt que Tesprit intérieur du Fils de pieu vous réveille , et qu'il fait ou que votre réveillematin, ou que votre cloche, ou que la voix d'une fille vous appelle, vous devez, en esprit d'obéissance à Dieu et de zèle pour son service , retirer votre âme de l'assoupissèment de vos sens, et faire comme Jésus- Christ, qui obéit à la voix de son Père qui l'appelait pour l'honorer et le glorifier, et qui fut aussi abtmé ensuite dans sa joie, après s'être soumis à une pénitence aussi rigoureuse que celle de sa passion et de sa mort, Conscidisti saccum meum, et circumdedisti me lœtitiâ, dit-il à son Père r Vous avez déchiré le sac de ma chair et de mon corps, et vous m'avez rempli de joie. Ainsi en sera-t-il des âme^ fidèles, qui, après qu'elles auront gémi en pénitence , après qu'elles auront déchiré leurs corps, ou bien qu'elles auront été exercées de Dieu par beaucoup de souffrances et de contrition

318 LETTRE ce.

intérieure durant leur vie, seront enfin remplies de joie et de consolation.

Oh I la bellerimage de la sainte résurrection en TËglise de Dieu , que de voir tous les matins dans les communautés saintes et bien réglées, au moindre son d'une cloche, des quatre-vingts ou cent personnes se lever tout d'un coup de leurs lits comme des morts de leurs tombeaux, par obéissance à la voix de Dieu qui les appelle, et se lever dans un esprit d'amour et d'application à ses louanges ainsi que les saints du ciel !

Comme donc les justes se lèveront de leurs tombeaux avec joie et jubilation , de même que Jésus-Christ, leur modèle, qui est appelé les prémices des dormants, et le premier-né du tombeau, Primitiœ dormientium , Primogenitus vivorum et mortuorum; et qu'ils se lèveront pour aller louer, servir, aimer et adorer leur Dieu, et se consommer en lui par sacrifice parfait : ainsi , Madame, il faut que vous vous leviez en oet esprit, et que vous ayez beaucoup de

lattwailBaBiiiw»^^

■léiitiiiiimiifirfi»

LETTRB GG. 319

joie de vous voir tirée de ce sommeil de mort, et de cet assoupissement grossier et animal, qui vous ôtait le moyen d'adorer et de servir Jésus-Christ : et ce vous doit êlre un sujet de consolation , dont vous devez remercier Notre-Seigneur, de ce qu'il vous donne encore cette journée pourTaimer et pour faire pénitence, afin de mériter, après cette vie de peine et d'espérance, d'entrer, comme Jésus-Christ , en la gloire et en la parfaite joie du ciel, laquelle sera toutaussi grande que vos souffrances auront été pénibles et affligeantes.

EN VODS COIFFANT.

Demandez à Notre-Seigneur qu'il étabisse en vous la plénitude de la foi, et qu'il revête votre esprit de sa sainte lumière ; demandez-lui l'humilité d'esprit et la docilité à sa sainte parole. Demandez -lui la soumission pour ceux qui vous parlent en son nom , soit en particulier , soit en public , dans son Église.

320 LETTRE ce.

Page 1