‹ Lettres sur l'Amerique du Nord (volume 4)Chapitre 56 sur 80 · DE LA VRAIE NOTION DE LA LIBERTE · texte numérisé non relu

DE LA VRAIE NOTION DE LA LIBERTE

De quelque point de vue que l'on envisage l'espèce humaine , on y retrouve deux natures distinctes. Du point de vue de la liberté, on y reconnaîtra deux types à physionomies bien tranchées; l'un est actif, l'autre est passif; en présence de la violence, le premier mouvement de l'un est dé résister vigoureusement ; celui de, l'autre , de se résigner et d'attendre. Ils ont besoin , l'un d'être réprimé et contenu; l'autre, d'être protégé, encouragé, excité. Laissés à eux seuls , en face l'un de l'autre , le premier , doué d'une grande énergie extérieure , opprimera inévitablement le second.

Pour qu'il n'y ait pas tyrannie , il faut que l'ordre social reconnaisse un pouvoir qui s'interpose entre ces deux types, et, les traitant chacun selon son tempérament, emploie avec l'un la bride , avec l'autre l'éperon.

Les philosophes et les publicisles qui depuis cinquante ans

ÎIOÎES. 493

Ont écrit sur la liberté ou rédigé des constitutions, ont presque toujours perdu de vue celle distinclion des deux types. Us ont supposé que le type humain était uu ; que tous les hommes étaient également peu portés à prendre leurs coudées franches au détriment de leurs voisins, et également aptes à refouler, sans aucun secours extérieur , les empiétements d'aulrui ; qu'ils étaient , en un mot, propres au self-government. Us ont ainsi trop souvent conclu à la suppression de tout pouvoir modérateur , et à l'annihilation de l'autorité directrice.

En cela ils se sont trompés. L'existence d'une autorité qui intervienne entre les deux types est indispensable, en thèse générale, à la jouissance de la liberté. Sans elle, il y aurait licence pour les uns, sacrifice pour les autres , liberté pour personne.

Tous les peuples ne participent point également do ces deux natures. Il me semble , par exemple , que chez les Américains il y a une plus forte proportion du type actif que partout ailleurs; ce qui , joint au sentiment du respect à la loi , leur a permis de vivre jusqu'ici en self-government. Chez les peuples de l'Europe méridionale, il y a une plus forte proportion de type passif, et aussi une plus grande inégalité de l'acullés et d'organisation ; circonstance qui y rend indispensable l'intervention d'un pouvoir fort destiné à représenter et à soutenir les faibles.

Note oo. ( Page 3o3. )

Page 1