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nombre est d'environ 107,000 ; on eut donc pu les racheter pour 6,500,000 fr. Des combinaisons de pur agiotage les ont fait monter au chiffre de 500 fr., qui est hors de toute proportion avec leur valeur intrinsèque. A ce taux , leur -rachat exigerait une somme de 52,000,000 de francs.
Il se trouve donc qu'en faisant intervenir les compagnies dans l'exécution et dans l'administration des canaux , par la création des actions de jouissance , on leur a donné un droit du seigneur sur l'industrie nationale. C'est une grande leçon dont ta France devra profiter pour l'exécution des communications qui lui restent à exécuter et qu'elle ne peut tarder à accomplir. La concession des grands travaux publics aux compagnies peut entraîner les plus graves inconvénients. A une époque où l'on est si ombrageux à l'égard de toute autorité, l'on ne serait pas excusable de soumettre irrévocablement les intérêts les plus importants du pays au bon plaisir d'associations irresponsables , placées au seul point de vue de leur intérêt particulier bien ou mal entendu.
Je ne dis pas qu'il ne faille dans aucun cas concéder aux compagnies de grandes lignes de travaux publics : je pense seulement qu'il faut de préférence que les grandes lignes soient exécutées aux frais de l'État, ou au moins soient aisées à faire rentrer dans son domaine ; dans le cas où Ton en concéderait quelqu'une à une compagnie , il serait indispensable de stipuler au profit de l'Étal un droit de rachat à des conditions déterminées d'avance après un délai de quinze ou vingt ans de jouissance.
Le rachat des actions de jouissance des canaux, qui, dans l'état actuel des choses , forment sérieusement obstacle au progrès de l'industrie nationale, devrait occuper le gouvernement et les chambres dans le plus bref délai.
Note 36. (Page 151.) Censure exercée par les directeurs des postes.
En août 1835, à la suite des rigueurs exercées dans le Sud contre les abolitionûtes* ou les gens supposés tels, le directeur des postes de la ville de New -York refusa de recevoir certains journaux publiés contre l'esclavage. Le directeur général lui écrivit une lettre qui fut reproduite par toute la presse, et dont le sens était qu'il ne l'approuvait pas formellement, mais qu'il ne le désapprouvait pas davantage: c'était, après tout, une autorisation à continuer. A la même époque , le directeur des postes de Charleslon laissait ouvrir le sac des dépêches par un comité de surveillance qui supprimait , à sa discrétion, ce qu'il croyait écrit dans le sens abolitioniste .
Les États du Sud ont même réclamé officiellement ou officieusement , des États du Nord , qu'ils empêchassent la publication, chez eux, d'écrits où l'esclavage serait attaqué, pans leurs messages d'ouverture des sessions des législatures locales, plusieurs gouverneurs du Nord, et entre autres celui de l'État de New- York, ont reconnu la nécessité des lois répressives que demandait le Sud , au cas où les abolilionisies persisteraient à écrire. Presque tous ont dénoncé, dans les termes les plus sévères , les efforts de» adversaires de l'esclavage. Mais quelques-uns, et entre autres M.E. Everett, du Massachusetts, et M. Wolf, de la Pensylvanie, ont formellement refusé de courber la tête sous les exigences du Sud. Le premier, qui a été pendant longtemps l'un des membres les plus distingués de la chambre des représentants au congrès , a déclaré expressément que les dispositions pénales réclamées par le Sud étaient incompatibles avec l'esprit des institutions nationales et avec les dispositions du peuple.
Note 57. (Page Î54.) De la milice et des troupes soldées.
Dans son message dedécembre'1835 , le président entretint ses concitoyens des désordres qui avaient eu lieu, et rechercha le moyen d'y mettre fin :
« Une armée permanente étant incompatible avec l'esprit « de nos institutions et avec les idées reçues dans le pays, « il faut, dit-il, que nous demandions à la milice la force *< qui manque à l'autorité publique. » En conséquence, il appela l'attention du congrès sur une réorganisation de la milice. Il indiqua des dispositions assez analogues à celles de notre loi sur la garde nationale mobile ; il émit quelques idées sur l'instruction militaire à donner à tous les citoyens. La constitution autorise le congrès à statuer sur l'organisation et la discipliné de la milice ; elle porte (article 8, paragraphe 16) : « Le congrès pourvoira à ce que la milice soit « organisée , armée et disciplinée , et disposera de celle « partie de la milice qui peut se trouver au service des Étals- « Unis , en laissant aux États respectifs la nomination des « officiers et te soin d'établir dans la milice la discipline « prescrite par le congrès. » D'après fa teneur de ce paragraphe, on peut prévoir que toute loi faite par le congrès pour rétablissement d'une discipline plus sévère et d'exercices plus sérieux rencontrera des obstacles de la part des États particuliers, jaloux de leur souveraineté. Si, malgré le texte précis de la constitution au sujet des routes de poste, on est parvenu h interdire au congrès de donner un coup de pioche hors du district fédéral et de contribuer pour un centime à toute entreprise de communication, quel parti ne pourra-t-on pas tfrer de la rédaction du paragraphe 16?
En ce moment la durée des exercices, prescrite par la loi, est de trois jours. On ne saurait croire combien, même ainsi réduits, ces exercices soulèvent de répugnances. Il y
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a un haro universel contre la loi -des (rois jours : « Ce sont « (rois journées de travail que vous enlevez à chaque père « de famille, » disent fie négociant , le boutiquier et l'ouvrier. « Ce n'est pas la manœuvre que vous enseignez, disent « les prêtres et les apôtres des sociétés de tempérance ; c'est «r la dissipation, la débauche et l'ivrognerie. » Le nombre de citoyens qui s'exposent à l'amende plutôt que d'aller courir les rues, le mousquet sur l'épaule, sans ordre ni tenue , à la suite dUin tambour et d'un fifre criard , est si considérable, que sur beaucoup de points l'amende est tombée en désuétude. Dans toutes les grandes villes, les opposants au système des trois jours d'exercice ont imaginé mieux que de ne pas s'y rendre. Ils y vont au contraire en foule, revêtus de costumes grotesques, armés de sabres de bois ou de manches à balai. Ils se mêlent bon gré mal gré aux évolutions des miliciens plus zélés, y augmentent, s'il est possible , la confusion , et attirent sur tous les brocards de la foule. Ces dan Quichotte* invincibles , comme ils s'intitulent eux-mêmes, sont parvenus à ridiculiser le système des milices américaines, qui déjà était impopulaire parce qu'il enlève les citoyens à leurs affoires , et que pour les Américains les affaires sont toute la vie. Si telle est la disposition des esprits , il ne peut y avoir de doute sur Tac-* cueil qui serait fait à une loi portant de trois à quinze, par exemple, le nombre des jours d'exercice.
La création d'une armée fédérale, autre que le noyau de 6 à 8,000 hommes aujourd'hui existant , est interdite par les idées dominantes. On n'obtiendrait rien d'une loi fédérale sur la réorganisation de la milice, parce que la jalousie des $tats la laisserait tomber à plat, oujroéme la contrecarrerait ouvertement. Il serait possible que des lois locales, si elles n'échouaient pas devant l'antipathie des citoyens contre les exercices militaires , eussent pour résultat d'aggraver le désordre par des collisions entre les diverses compagnies composées les unes d'ouvriers , les autres de bourgeois. Le
système qui serait le plus efficace , mais auquel les législa»
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leurs refuseraient certainement leur assentiment, et qui est entièrement hors des attributions du président et du congrès, est celui des troupes soldées par chaque État. La constitution l'autorise moyennant le consentement du congres (art. 10, paragr. 9 ). Dans le Sud déjà, certaines villes, comme Rtehmond et Cbarleston , entretiennent des troupes soldées pour la police de l'esclavage. Ge plan aurait l'avantage d'être plus conforme au principe régnant de l'indépendance des États ; cependant il aurait l'inconvénient grave de faciliter l'abus de cette indépendance, abus auquel ils ne se montrent déjà que trop enclins. Les compagnies libres de milice offrent donc, tout considéré, le moyen le moins imparfait et le moins impraticable d'arrêter le mal qui s'étend sur les États-Unis.
H y a quelque temps que les bons esprits discutent aux États-Unis l'idée d'une police armée ; le bâton du ©onstable et le possê comitatus du shérif ne suffisent plus. Inde» pendamsaentde* difficultés politiques, unsyslôsaed'éconoinie spéciale au pays en gêne l'adoption. La Virginie, par exemple, est égale en superficie aux deux cinquièmes de la France. Une gendarmerie de mille hommes, qui pour elle serait peu considérable, exigerait une dépense annuelle de 5 millions de francs ; et 5 millions , disent les calculateurs du pays, c'est moins qu'il ne nous en coûtera pour payer l'intérêt d'un emprunt au moyen duquel nous ferons un canal ou un chemin de fer de Hichmond à l'Ohio (environ 160 lieues}. L'on fait donc le canal , et Ton ajourne la maréchaussée. Si pendant ce temps quelques voyageurs du Nord sont, dans des moments d'effervescence, fouettés ou pendus comme abolitioniêies par une émeute de propriétaires d'esclaves, l'on s'en afflige d'abord , mais l'on en prend vite son parti parce qu'on tient plus à avoir un canal, ou un chemin de fer de cent soixante lieues, qui fasse de Richmond une rivale de New- York , qu'à sauver deux ou trois fanatiques du fouet ou de la corde. Ce système est déplorable. Je ne sais pourtant si nous avons le droit de le flétrir ; car, il faut
cependant le reconnaître , on peut en signaler l'analogue chez nous. Nous qui au- contraire demandons sans hésiter de l'argent aux contribuables pour faire la guerre, pour organiser vigoureusement la force publique, pour tenir sur pied des armées considérables , pour remplir de canons nos arsenaux , quelle peine n'avons-nous pas à en trouver pour les entreprises civilisatrices , pour les créations d'utilité publique, roules, canaux, chemins de fer, écoles, pénitenciers, auxquels les États-Unis consacrent exclusivement toutes leurs ressources ?
Note 38. (Page 159.) Projets de lois rétroactives.
En 1834 , la législature de l'État d'Ohio a autorisé une compagnie financière, sous le nom de Life and Trust Corn pany, dont les pouvoirs sont fort étendus. En 1835, la compagnie s'est organisée, et, en 1836, une proposition a été faite à la législature à l'effet de l'abolir, sans autre forme de procès. Heureusement la législature a compris l'importance qu'il y avait pour l'État à être fidèle à ses engage* ments ; la motion a été rejetée, non sans une vive discussion.
On a vu tout récemment ( septembre 1836 ) des hommes graves, tels que M. Dallas, de Philadelphie, qui a été sénateur au congrès, proposer des mesures rétroactives à l'effet d'annuler la loi par laquelle la Pensylvanie a autorité la banque des États-Unis.
Noie 30. (Page 187.)
Divorce.
Gomme dans beaucoup d'Étals il n'y a pas de loi spéciale pour autoriser le divorce, ce sont souvent les législatures
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qui le prononcent en vertu de l'omnipotence parlementaire. Sur moins de cent cinquante actes passés par la législature du New-Jersey, dans sa session de 1836, treize avaient pour objet des autorisations de divorce.
Note 40. (Page 188.)
égards envers les femmes.
Quelques détails ont déjà été donnés sur ce point (pag. 28). Gomme autre exemple de la prévenance des hommes pour les femmes, on peut citer ce fait que, dans les voilures publiques, les premières places appartiennent de droit aux femmes, quel que soit l'ordre d'inscription. C'est ainsi encore que les maris vont habituellement au marché et en rapportent souvent eux-mêmes les provisions. Rien n*est plus commun que de voir, dans les rues, les hommes revenir chez eux , tenant par le cou un dindon ou une qie, ou chargés d'un panier de fruits. J'ai dit aussi que la soumission conjugale et sociale de la femme était, en retour, plus grande aux Étals-Unis qu'en France. Aux yeux de la loi, la femme est plus complètement mineure aux États-Unis que chez nous. En France, la femme fait le commerce et est reconnue par la loi comme marchande publique , une fois que le mari y a donné son consentement; elle est même apte à remplir quelques emplois. Rien de semblable n'existe chez les Anglais et les Américains. Nos fils du Canada sont allés plus loin que nous ; ils ont départi aux femmes la franchise électorale.
Note 41. (Page 189.)
Des ouvriers anglais et américains.
L'ouvrier anglais est fort habile. Quoique, pour certaines branche» de production , nous l'emportions sur l'Angle*