‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 36 sur 97 · I.'expl«llon d'vae fli«le · texte numérisé non relu

I.'expl«llon d'vae fli«le

C'en est fait : M. Kcebuck est devenu l'homme aux concessions. Tear'em, le redoutable Tear'em, s'est apprivoisé au point de n'être plus recoonaissable. Est-ce que par hasard M. Punch avait raison, lorsque, l'autre jour, il le représentait sous les traits d'un doux petit caniche, posé gentiment sur ses pnlles de derrière, et avalant avei' une gourmandise naïve certains bonbons de digestion difficile?

Avant la séance d'hier, il y avait encore quelques personnes, de celles qui ne croient pas aux métamorphoses soudaines, que rien au monde n'aurait amenées à douter dti caractère intraitable des vertus de M. Rœbuck. i II a faibli un instant», disaient- elles, « c'est vrai. Homère s'endort, et le soleil a des éclipses; mais attendez, attendez! Vous verrez si c'est impunément qu'on nie la véracité de M. Bcebuck, et s'il est d'humeur à se laisser donner un démenti en faco

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L EXPIATION D UNE FAUTB 941

par le Moniteur de l'Empire- Hoios il a réussi dans son râle de confident, plus il va jeter d'éclat en revenant à sa vocation véritable. Préparez-vous à des explica^ons tragiques. Lundi procliain sera un grand jour. >

Oui, voilà ce que disaient ceux qui ne voulaient à aucun prix cesser de croire k M. Rcebuck.

Et, de fait, la séance de vendredi dernier semblait leur donner raison.

Dans cette séance, lord Palœerston avait fait des efforts inouïs pour signaler à M. Rœbuck le danger de contredire les puissants de la terre; pour lui montrer les avantages et le ciilé héroïque de l'abstention: pour le convaincre de la nécessité de laisser tomber celte affaire ((o drop the tnatler). II lui avait adressé les adjurations les plus vives, en termes qui auraient touclié un cœur de pierre. 11 lui avait passé la main sur le dos d'une manière si caressante qu'elle paraissait irrésistible. Il n'avait cessé de l'i^peler < inon.ami >, « mon honorable ami >, c mon honorable et savant ami » . Soins inutiles! M. Rœbuck avait proclamé sa véracité à l'épreuve; il avait appelé à cet égard la terre en témoignage : il devait à la terre de ne pas souffrir que le moindre nuage restât dans l'esprit des hommes, sur l'exactitude de ses affirmations; el la journée d'hier était celle où la vérité devait apparaître, à la lueur des éclairs.

Aussi, il fallait voir l'empressement du public, hier, 19 juillet i 863 ! Il y avait foule h la Chambre des Communes. On se promettait un si charmant scandale !

Que vous dirai-je? De mémoire d'homme il n'y eut désappointement pareil. Que la terre entière en pense w qu'elle voudra; mais depuis que H. Rœbuck fréquente les cours, il' a appris le devoir des rélicences. C'est bien assez que son inexpérience d'amateur diplomate lui ait fait com-

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«41 LETTRS» SDR l'aNCLBTEIRB (iBSS)

mettre, i bob retour de Paris, une éaomie iadiserélkHi : il R'eotenâ pu l'aggraver par une revendkïlHMi de son hoo- De«r, qu'on tranverait îucoDvenaote dais le. ntonde des chancelleries. Ayaot coinmis la faute de parier quand il Mait se taire, il la réparera en se taisant quand il faudrait parler.

Hier dase, si H. Ro^ck a parlé, c'a élé simplement pour nous prévenir qu'il ne parlerait point. Pas m mot «est tombé de sa bcuébe qui eût trait à son entrevue arec l'eaipereur des Français, cette enlrevue dont il s'éuit si fort faite de dévoiler les mptères; pas un mol n'est tombé de sa bouche dont oo p41t s'offenser aux Tuileries ou dans les bureaux du Jfom'tsitr; Aiu démentis dont on s'est armé ici contre lui avec tant de cruauté, il n'a opposé qae celte majestueuse réserve dans laquelle oui coutume de s' envelopper les mailres de nos destinées. Qu'on dise encore qu'il n'a pas gagné ses éperons de diplomate ! Évidemment, il veut pouvoir revenir à la cour, et il sent ce qu'on dût respecter quand on tient à se présenter au palais, sans risquer de s'entendre dire, — selon le mot de H. Lindsay : — « L'empereur n'est pas chez lui. >

Il est vrai qu'on grand isconvénient est attaché à cet avantage. Quel poids aura dësormaifila parole de M. Roebuck, s'il en fait lui-même si bon narcbéî Hais, je le répète, rinpoctant est qu'il ne perde pas ses entrées à la cour ; et quand je me hasarde à exprimer cette opinion, savez^vons sur quoi je me foudeî Sur nn très-intéressant récit que M. Lindsajr, son compagnon de voyage et sm introducteur, a bien vouhi nous faire dans la séance d'hier.

Voici, d'après BL Lindsaj, comment les choses se seraient passées, i l'origine. *

Le bruit s'étanl répandu que l'eaq>ereDr des Francs»

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LEXMATIOX DUSB FAUTE 843

avait chaagé d'idées relatiTemenl à la reconnaissapce du Sud, M. Bœbuck, araot de proposer à la Chambre des Communes de voler cette reconDaissance, touIuC savoir au juste à quoi s'en teuir sur les dispositions de l'empereur, loformé des relations personnelles qu'avait avec Napoléon III H. Lindsay, il é^'JÎvtt h ce dernier pour lui demander s'il n'y aurait pas naojren de vérifier ce qu'il y avait de vrai ou de faux dans les rumeurs qu'on faisait courir, ajoutant qu'il désirai! vivement, lui Rœbuck, voir l'Empereur et s'assurer lui-même de la vérité. Pour qui se rappelle le langage que M. RœbucL s'est permis quelquefois d'employer, en pleine Chambre des Communes, à l'égard du chef de t'Ëtat en France, l'audaced'un semblable dé^sir est une chose absolument inconcevable. Hais passons. M. Lindsay, sur la requête de M. Rœbuck, s'enqtiit par lettre de ce qu'il s'agissait de vérilier, et reçut une refonte écrite portant que les idées de l'Empereur en ce qui touchait la reconnaissance du Sud étaient toujours les iiiémes, et que si H. Rœbuck venait ï Paris, on le rece- ^Tait avec plaisir. M. Lindsay envoya cette réponse » H. Rœbuck, en le prévenant qu'il était autorisé h la dire à la Chambre des Communes dans le cas où il y serait fait allusion ^ la rumeur en question ; à quoi M. Rœbuck répliqua qu'une lettre ne suffirait peut-être pas; qu'il tenait à s'assurer Im-mime du fait, et que la Chambre le croirait. Vainement H. Lindsay le pria-t-il d'observer qu'une audience n'était nullement nécessaire ; que la Chambre ajouterait foi au contenu de la lettre, si elle lui était lue ; M. Rœbuck insista. Vous connaissez les suites.

D'après cela, n'est-il pas manifeste que M. Rœbuck est tourmenté de la démangeaison d'entrer en rapports directs avec les souverains? Décidément, je ne crois plus aux < paysans du Danube >.

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si< LËTTriEs sun l'Angleterre (lees)

Au reste, son oovit^iat coûtera cher à M. Rœbuck, et déjà il peut avoir un avant-goût de la confraternité qui règne entre diplomates. Lord Palinerston L'ayant appelé, vendredi dernier, < mon honorable ami, mon honorable et savant ami >, lui — tant il s'est mis vile au courant des usages du grand monde ! — il a cm devoir rendre à lord Palmerston politesse pour politesse, el il a, en conséquence, déclaré qu'il relirait sa motion, ■ sous l'empire d'un sentiment de « profond respect pour le noble lord > .

C'était justement I.'i que < le noble lord > l'attendait. La moiion une fois retirée, les ménagements prescrits par les ^habitudes diplomatiques devenaient inutiles, et le < noble lord > a aussitôt donné à son < honorable et savant ami » la plus rude leçon que jamais écolier en faute ait reçue de son magister ; o Apprenez, lui a-t-il dit, que votre conduite a été très-irrégulière (most irregular). Le seul souverain de qui le Parlement britannique ait à recevoir des messages, est le souverain du Royauiiie-Uoi. Quand il y a lieu à des communications de la part d'un souverain étranger, elles doivent passer par l'intennédiaire des ministres responsables de la couronne. Si la reine d'Angleterre et l'empereur des Français ont quelque chose à se dire, la reine a un ambassadeur à Paris et l'empereur un ambassadeur à Londres... > Cela était déj.^ assez dur, comme vous voyez ; mais que vous semble de ce qui suit : ■ Sans même parler ici de la question constitutionnelle, que j'eslime être très-grave, quand il arrive au ministre des affaires étrangères à Paris, ou à mon noble ami qui est à la tête du Foreign-Of/tee, d'adresser une communication à un pays étranger, cette communication est faite par une p€r.>ionne responsable qui doit prendre soin que ce qu'il avance soit la reproduction fidèle de la communication dont il est chargé, de sorte qu'aucun doute

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