SYMPATHIES DE L ANGLETERRE POUR LA POLOGNE
11 est à noter que cette déclaration a été accueillie, dans la Chambre des Lords, par de grands applaudissements, et qui ont redoublé, quand le comte Russell a ajouté : « J'ai dû faire remarquer à l'ambassadeur de Prusse que, dans mon opinion, le gouvernement prussien, en prenant part à la suppression de l'insurrection polonaise, se rend en quelque sorte responsable du système adopté par la Russie. »
Les Sénats, en général, sont peu portés à l'enthousiasme, surtout quand l'enthousiasme a une teinte révolutionnaire. On peut donc apprécier par ce qui s'-est passé à la Chambre des Lords le degré de sympathie qu'inspire en Angleterre la cause de h Pologne au désespoir, et l'emporiement des eoières qu'y a suscitées la politique violente de Saint-Pétersbourg, si violemment endossée par le cabinet de Berlin.
Contre le roi de Prusse en particulier, je le répète, le déchaînement est extrême. La convention militaire qui transforme ou menace de transformer les soldats prussiens en gendarmes de la Russie, est dénoncée par les divers organes de l'opinion publique comme une violation audacieuse du principe de non-intervention , comme une provocation à l'Europe, comme une insulte à la conscience humaine. En 1849, la Russie aida l'Autriche h écraser les Hongrois; mais du moins elle attendit pour cela que l'Autriche fût vaincue ou sur le point de l'être; ici, rien de semblable. C'est au début même de la lutte, c'est pour aider un demi-million de soldats à exterminer un peuple armé de ses chaînes, que le roi de Prusse intervient! Comme si la partie n'était point déjà assez inégale! Comme si la justice n'avait pas déjà assez de chances contre elle! Comme si le canon avait besoin d'auxiliaires dans ses démêlés avec le bon droit!
Ainsi s'exprime la presse anglaise, sans distinction de
partis ou de nuances. Par elle, le gouvernement de Prusse est en quelque sorte mis au ban de l'Europe.
J'ai cité le Times : le langage des autres journaux n'est pas moins passionné.
Le Daily News déclare que Guillaume P"" est désormais un souverain hors la loi.
Le Morning Advertiser lui prédit et lui souhaite le sort des Stuarts.
Le Daily Telegraph le représente portant secours à un ours qui a renversé sur lui une ruche et autour duquel tourbillonnent des milliers d'abeilles en fureur.
Le Morning Star adjure les Anglais d'ouvrir une vaste souscription, et de jeter le poids de leur argent dans un des plateaux de la balance où le roi de Prusse voudrait jeter le poids de son épèe.
La Salurday Review dit que la convention conclue entre la cour de Saint-Pétersbourg et celle de Berlin est un sujet trop irritant, même pour qu'on le discute.
Le Speclalor s'écrie : « Est-ce que les puissances de l'Occident souffriront que leurs lois et celles de Dieu soient de la sorte foulées aux pieds? »
L'état de l'opinion en Angleterre étant tel que je viens de le décrire, que fera le gouvernement français?
Si Napoléon III a jamais regardé les provinces rhénanes d'un œil d'envie, et attendu l'occasion de jouer un jeu éclatant, la fortune semble lui mettre les cartes dans la main. Ne dirait-on pas que l'intervention de la Prusse contre la Pologne a été imaginée tout exprès pour justifier l'interr vention de la France contre la Prusse?
Si l'empereur des Français en jugeait ainsi, qui pourrait l'arrêter?
Les Polonais ant combattu sous le drapeau de la France ;