‹ Lettres sur l'AngleterreChapitre 31 sur 95 · FLUCTUATIONS DE L OPINION · texte numérisé non relu

FLUCTUATIONS DE L OPINION

applaudissements, partis de tous les coins de la salle, ont presque interrompu chaque phrase- Après ce discours, dans lequel l'orateur allemand a cherché et trouvé l'occasion de rendre hommage à la démocratie française, on a, selon l'usage, adopté des résolutions. Les voici :

Rupture de toute relation diplomatique avec la Russie; — reconnaissance de la Pologne comme nation belligérante ; — déclaration de sympathie à l'égard de l'Allemagne dans ses efforts pour conquérir sa liberté et son unité, en opposition à la politique princière révélée par l'attitude du roi de Prusse; — formation d'un comité destiné à recevoir les souscriptions; — envoi de deux adresses : l'une à la Chambre des Communes, l'autre à l'honorable Arthur Kinnaird; la première, pour pousser la Chambre à une décision caractéristique ; la seconde, pour provoquer cette décision au moyen d'une motion formelle.

Ceci ne manque pas de vigueur, que vous en semble? Et après cela, le meeting semi-officiel de Guildhall, dont je vous ai rendu compte, devient bien pâle.

Le fait est qu'en dépit de tout ce qu'on dit et de tout ce qu'on a, hélas ! droit de dire contre l'égoïsme de la politique imglaise, le peuple ici a des instincts généreux. Mais Paristocratie est là , et il faut compter avec elle. Or, en ce qui concerne la Pologne, l'aristocratie anglaise nourrit des sentiments dont la nature est complexe. L'aristocratie, généralement parlant,.sympathise avec la Pologne, ne fût-ce que par peur du développement excessif de la Russie; mais elle craint la France; elle craint l'affection mutuelle que se portent la France et la Pologne ; elle craint ce que pourrait ajouter à la puissance et à la grandeur de la première l'indépendance que son concours vaudrait à la seconde; elle a lu quelque part que les Polonais étaient les Français

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du Nord, et cela lui donne à réfléchir; elle sait sous quel drapeau, pendant les guerres du premier empire, les Polonais ont versé le plus pur de leur sang, et ce souvenir la trouble.

18 avril.

Mort de sir George Cornwall LeMÎs.

Les deux événements de la semaine qui précède sont la mort du secrétaire de la guerre, sir George Cornwall Lewis, et la présentation du budget par M. Gladstone.

C'est avec une rapidité vraiment foudroyante que la mort est venue enlever sir G. Cornwall Lewis à son pays, à ses amis, à la Chambre des Communes, au ministère. Un rhume et ses suites ont suffi pour anéantir, dans l'espace de trois jours, cette robuste intelligence; pour détruire ce trésor de savoir; pour amener cette tête, encyclopédie vivante, à ressembler bientôt au crâne que Hamlet, avec un sourire si amer, pesait dans sa main.

Sir George Cornwall Lewis était né en 1806. Il avait donc cinquante-sept ans. Les hommes d'État en Angleterre vivent longtemps, témoin lord Palmerston, lord Brougham, lord Lyndhurst.On peut dire que sir George Lewis est mort jeune.

Il y a phisieurs hommes que l'Angleterre doit regretter en lui : le ministre, l'homme de parti, l'orateur, le savant.

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