ATTITUDE HAUTAINE DE LA RUSSIE
9 mai.
Attitude Iiautalne de la Russie à l'égard de l'Angleterre.
L'effet produit en Angleterre par la réponse de la Russie à la note du cabinet de Saint James donne singulièrement raison à ceux qui, de ce côté du détroit, haussaient les épaules quand ils entendaient parler d'une intervention diplomatique en faveur de la Pologne comme du remède à appliquer aux maux de ce pays infortuné. On l'a enfin sous les yeux, cette réponse de la Russie, attendue-^vec tant d'impatience, et la mystification est complète. Quel robuste optir misme que celui qui résisterait à une telle épreuve ! Il ne faut donc pas s'étonner si le Times gronde sourdement et si le Morning Post s écrie : « Est-ce là tout? Dans ce cas, nous craignons bien que les notes des trois puissances n'aient été écrites en vain, et que?:, l'indépendance de la Pologne ne doive triompher , si jamais elle triomphe, qu'à la pointe de l'épée. »
De fait, la réponse du prince GortschakofF est curieuse; elle mérite de figurer dans les recfieils littéraires destinés aux enfants d'un certain âge, à l'article ironie diplomatique; elle prouve combien le style des" chancelleries est souple et avec quelle facilité il se prête au maniement courtois de l'insolence.
Et d'abord, le comte Russell y est averti, en termes d'une
ne LETTRES SUK l'âNGLETERRE (1863)
politesse irréprochable, que la première condition pour bie» interpréter un traité, c'est de le lire. ^<'
Et franchement, les traités de 1815, invoqués par le comte Russell, ne spécifient rien, non, rien dont on puisse sérieusement se prévaloir contre la Russie.
Tl est bien vrai qu'on y déclare le royaume de* Pologne irrévocablement lié h l'empire russe par sa constitution; mais de quelle constitution s'agit-il? C'est là un point sur lequel l'acte final du traité de Vienne ne s'explique pas. La constitution qu'il plut à Alexandre I^^ de donner à la Pologne fut octroyée par lui postérieurement aux traités de 1815 et comme un acte de son bon plaisir, comme un effet de son impériale munificence, comme un bienfait par conséquent qu'il avait droit de retirer et sur lequel il était parfaitement loisible à ses successeurs de revenir.
Cette constitution ayant été mise de côté, tout ce qu'on peut exiger de la Russie, aux termes des stipulations convenues à Vienne, c'est qu'elle soit remplacée par une autre, et à cela le présent empereur n'a probablement pas d'objection, pourvu qu'on lui laisse faire les choses à sa manière et qu'on ne prétende pas lui dicter la rédaction de la charte qu'on lui demande. En attendant, le prince Gortschakoff parle d'établir en Pologne un système d'institutions municipales contenant un germe pour le développement duquel il s'en remet au temps et à l'expérience. Et en quoi donc serait-ce là manquer aux engagements contractés par la Russie en 1815? Quelle est la clause des traités de Vienne qui spécifie de quelle manière le duché de Varsovie, transformé en royaume, sera gouverné désormais par le czar?
La vérité est qu'il est absurde d'invoquer contre la Russie ces traités qui lui livrèrent en proie la Pologne, dont ils ne firent que sanctionner diplomatiquement le criminel partage.