‹ Lettres sur l'éducation des filles (volume 2)Chapitre 43 sur 49 · AVIS DE MADAME DE MAINTENON · texte numérisé non relu

AVIS DE MADAME DE MAINTENON

étendue ; le long règne du feu Roi * n'a pu la détruire, quoiqu'il y ait toujours travaillé ; il étoit très-jaloux des libertés de l'Eglise de France, et a été souvent brouillé avec Rome sur cette matièreJà ; elle sert de prétexte pour soutenir le jansénisme. Ne parlez point là-dessus, mais demeurez simples filles de l'Eglise de France, soumises au saint-siége en tout ce qui est de la foi, et priez pour ceux qui la servent et pour ceux qui la troublent*, offrez tous les matins vos actions à Dieu, et pensez à lui dans la journée.

Faites votre possible pour vous rendre utiles dans la maison où vous allez.

Soyez toujours pour les supérieures, et inspirez ce sentiment aux autres par vos paroles et encore plus par vos exemples.

Portez la paix partout, et ne donnez jamais de mauvais conseils.

Entrez le moins qu'il vous sera possible dans les affaires des autres ; vous en aurez moins de déplaisir -, soyez discrètes, et ne croyez jamais que vous ne pourrez incommoder*, ne faites point d'intimes liaisons, on s'en repent presque toujours-, tâchez de n'être à charge par aucun endroit; vivez de peu, accommodez-vous de tout^ épargnez plus que si vous étiez chez vous-, ne vous occupez ni de votre santé ni de votre personne : ni l'une ni l'autre n'en seront pas plus mal; rien ne nous rend plus désagréables que d'être occupées de nous-mêmes.

> Louis XIV était mort le t^' septembre 1715.

Ne parlez point de votre naissaoce : plus vous Ta* bandonnerez, plus on s'en souviendra.

Ne désirez jamais le bien par de mauvais moyens.

Ce n'est point assez pour vous^ mes enfants, de faire votre devoir en vivant en bonnes chrétiennes et avec toute soumission pour madame Tabbesse, il faut aller plus loin, et vous offrir en tout ce qui pourra être du service de la maison, ne rien refuser et vous faire désirer.

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Il me paroît que vos filles ont envie de pleurer M, le Grand et M. de Thou ^ -, je vous l'envoie au cas que vous vouliez bien leur en donner la permission et le loisir. Bonsoir, ma chère fille; je ne suis pas sans inquiétude sur ce qui se passe : la religion, rÉtat, mes proches, Saint-Cyr et moi y avons intérêt ^

' Lettres édifiantes, t. VII.

* Les demoiselles avaient témoigné le désir de lire l*histoire de Cinq-Mars et de Thon, et M™« de Maintenon leur enToyait un livre sur ce sujet. En style de eour, on appelait Cinq-Mars, qui était grand écuyer, M. le Grand.

' Il s'agît de la réaction qui se ût au commencement de la régence du duc d'Orléans contre le gouvememept et la politique de Louis XIV.

U février i 71 7.

Mes chères filles, l'attention continuelle que j'ai pour Véducation des demoiselles me fait remarquer que depuis quelque temps elles ne sont pas si intelligentes sur les choses qu'elles doivent apprendre ici qu'elles l'étoient autrefois.

J'en ai cherché les raisons, et ne pouvant m'en prendre à la diminution de votre application, qui me paroit toujours la môme, j'ai cru que les noires et les rubans couleur de feu n'étoient pas assez appliquées à leur montrer à lire, écrire, l'orthographe, la lecture en toutes sortes d'écritures et le reste.

Cependant vous savez en quel ordre on vous a marqué les exercices, et que ceux que je viens de dire marchent immédiatement après le catéchisme. Je crains qu'on donne trop de temps pour les répétitions des dimanches, pour les vers, pour les chants où l'on est ici trop difficile, pour les conversations et les proverbes -, tout cela leur est très-bon, mais il est encore plus nécessaire de savoir lire et bien écrire. Cherchez avec votre supérieure ce que vous pourriez faire pour donner de l'émulation à celles qui montrent à nos plus petites filles, car il est impossible qu'elles s en acquittent toutes également, et cependant il ne paroît point de prix, ni de distinctions pour celles qui font mieux que les autres.

Ne feriez-vous point bien de n'admettre dans vos

* Lettres et Avis, p. i 28.

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tragédies, répétitions, conversations, etc., que celles qui seroient les plus avancées dans les exercices communs? car, au pis aller, il vaut mieux qu'elles sortent d'ici sans savoir dire des vers, que sans savoir lire et écrire.

Je ne puis m'empêcher d'écrire encore ici ce que je vous ai dit cent fois sur le catéchisme. Tenezvous-en à celui de Chartres, il est précis, il est court 5 n'entrez point dans de trop grandes explications 9 vos filles sauront assez quand elles auront observé les commandements de Dieu et de l'Église, et qu'elles s'approcheront des sacrements avec les dispositions nécessaires. Vous ne pouvez trop, dans vos instructions générales , les porter a une grande sincérité dans leurs confessions, sans cela, il n'y a ni confession valable, ni conver^on 5 mais ne leur souffrez point de questions curieuses, et dès qu'il est question de péché, renvoyez-les à leurs confesseurs.

Je ne sais si des journées de lecture et d'écriture ne seroient pas aussi utiles que celles qu'on destine à l'ouvrage, et qu'on donnât quelque prix à celles qui auroient excellé.

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