TRADUCTEUR
Monsieur Wagner, jeune naturaliste bavarois, que l'amour de la science retiènt depuis quelques années dans notre colonie Africaine, accompagna l'armée expéditionnaire en qualité de membre dé la commission scientifique.
Je n'ai pu lire sans émotion la correspondance de M. Wagner; Français, ancien officier de l'armée, j'étais fier du jugement impartial porté sur nos soldats par un étranger.
A vous, mes anciens camarades, j'offre cette traduction d'un récit rempli des sentimens d'admiration que votre conduite a inspirés à l'auteur qui en fut le témoin.
L'héroïsme s'y montre partout comme une éclatante lumière qui inonde toutes les parties d'un magnifique tableau.
Ce brillant fait d'armes prouve que l'armée a conservé sa noble et fière individualité, coin de fer sur lequel viendront se briser les projets anti-français des hommes de chicane, destraitansf*) intrigants politiques, gens de trahison, de ténébreuses inénées qui parlent de l'inutilité d'un état militaire dispendieux, et s'efforcent de réduire la France à leur taille. Dans l'armée se conservent les traditions de loyauté, d'honneur, de désintéressement, de fidélité à la patrie. Nos soldats ont bravé le sifflement des balles parisiennes, les laves du volcan populaire pour défendre leur souverain et leur drapeau; ils ineurent en Afrique
(*) En parlant des avocats, des trait a us qui sans cesse' cherchent à déconsidérer l'armée, je n'ai pu avoir en vue les hoinmçs au coeur généreux qui font servir leur talent à la défense des vrais intérêts du pays, à faire triompher la justice à la tribune comme au parquet ; ni ses coinmerçans , ces industriels qui contribuent à la gloire de la France en enrichissant leur pays et qui partout jouissent d'une juste considération, et sont les bienfaiteurs, les pères de leur nombreux ouvriers.
pour venger l'honneur de la France; eux au moins ont droit à l'estime de l'Europe, et ils la possèdent toute entière.
En 1823? au milieu du parlement anglais, on ne put s'empêcher de payer un tribut d'éloges à l'admirable discipline observée par l'armée française en Espagne.
En 1837, c'est un Allemand qui supplée au laconisme de bon goût qui a régné dans les rapports du Maréchal Valée.
Notre armée à mérité une pareille récompense; si d'ambitieux tribuns la lui dénient, les étrangers la lui décernent.
Qu'elle soit un adoucissement aux justes plaintes qui s'élèvent de son sein , et arrachent à un journal militaire les lignes suivantes :
„L'intérêt matériel est aujourd'hui la base „sur laquelle pivote notre étrange société.
„Qu'elle voix peut donc élever l'armée au mi- „lieu de cette lutte obscène des égoismes en „ présence. Les soldats vivent d'honneur, de „loyauté, d'abnégation, et aujourd'hui toutes ces „saintes religions, tournées en dérision, sont
devenues objets de moquerie universelle: on „regarde ceux qui ont conservé ces vertus
comme des niais et comme des enfans qui
„ne veulent pas vivre de la vie de leur „siècle. L'avenir est aujourd'hui aux intrigants, aux beaux parleurs, la voix est fermée ii ceux qui , au milieu de cette confusion n'encensent que le dévouement sans bassesse, que la justice sans arrière-pensée.
^Puisqu'il en est ainsi, pourquoi donc entraîner vers les drapeaux une jeunesse ardente „qui croit et espère encore? Ne serait-il pas „plus loyal de leur dire franchement que la ^carrière militaire est fermée ?"
Malheureusement oui, le noble caractère du soldat n'est plus de ce siècle. Il ne comprend pas lui ces viles apostasies, qui trouveront des échos terribles dans la postérité ; aussi en 1814, en 1830 beaucoup se sont éloignés des rangs de , l'armée, car à ces deux ♦époques le soldat français mit son honneur dans la fidélité au malheur, du grand capitaine qu'il accompagna sur tous les champs de bataille, du roi légitime dont il forma la garde.
A son attachement pour son souverain, s'allie dans le coeur du soldat l'amour pur, sans arrière-pensée pour son pays; ainsi, en 1815 sur un bruit vague que l'Europe en armes discutoit la question du partage de la
France, vit-on farinée impériale campée sur les rives de la Loire entrer par une impulsion irrésistible en pourparlers avec les chefs Vendéens, et s'il l'eut fallu, les immortelles légions de Napoléon, les héroïques bandes de La Rochejaquelein Confondues, n'eussent formé qu'une armée française.
Encore naguères, dans l'Algérie, d'anciens officiers de la garde ont servi volontairement, sans pour cela renier leur conviction politique, car ils versèrent leur sang pour la conservation de ce diamant ajouté par un Roi à la couronne de France ; ainsi sont glorieusement morts l'intrépide Richepanse, le jeune et brillant colonel Oudinot, ainsi tous deux furent noblement vengés par leurs frères.
En 1 837 sous Constantine, un Richepanse a été blessé aux lieux mêmes où l'année précédente son frère avoit reçu une balle au coeur ; quelques mois plustôt l'armée avoit vu avec admiration une de ses plus belles illustrations, le général Oudinot, voler en Afrique, y être blessé en vengeant son frère, à son retour remercier publiquement la France du grade de lieutenant général dont on avait cru devoir récompenser sa valeur, puis rentrer dans la re-
traite dont 1111 si noble motif avoit pu seul le faire sortir.
Ah ! si une telle année, si de tels soldats calomniés, méconnus, étoient chargés de la politique, nous serions bien tranquilles sur l'avenir de cette colonie dont les Bourbons ont doté la France.
Mais il n'en est pas ainsi, la prise de Constantine a inspiré de la jalousie et de l'inquiétude à la grande Bretagne , et tout fait craindre que ces remparts devant lesquels un général en chef a trouvé une mort glorieuse, que cette terre devenue française par le noble sang dont elle est imprégnée, ne redevienne sur l'injonction anglaise la propriété du Bey, vaincu qui certes sera bien étonné (lui, dont un général français crut devoir mettre la tête à prix, tant parurent atroces les actes de son administration) qu'on aille le chercher dans les solitudes du désert ou il cache la honte de sa défaite, et son impuissance, et que nos gouvernans lui rendent un pouvoir dont il fit un si exécrable usage.
Les lettres de Boue annoncent déjà à quels longs intervalles sont expédiés les convois pour ravitailler la garnison de Constan-
tine, déjà les bruits de cession à Achmet Bey circulent dans l'Algérie, et il est expressément défendu à toute personne se rendant à Constantine de s'y livrer à aucune opération commerciale, car au jour de l'abandon les fonds des spéculateurs et des colons coureroient de grands risques. Telles n'étoient pas les pensées du roi de France, lors de la glorieuse et politique conquête d'Alger, le gouvernement ne songeait alors qu'à augmenter la prépondérance de l'empire Français, sur les points les plus importans de l'Europe, et à abaisser l'influence anglaise. Aussi la prise d'Alger rapidement effectuée, jeta un grand éclat sur nos armes, et produisit une impression puissante en Orient. Ces résultats étoient incontestables et incontestés, toute la régence reconnut la souveraineté de la France.
Que de prospérité n'eussent pas produit «m peu d'années peut être cette attitude toute française, l'occupation sans cesse étendue, la colonisation encouragée , et probablement la réunion légale de l'Algérie, et son assimilation aux autres provinces du royaume ; mais il n'en est plus ainsi, nos tribuns comprennent autrement l'intérêt l'honneur la politique de la France!