‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 59 sur 157 · VI. — LE COBLENTZ MUSULMAN · texte numérisé non relu

VI. — LE COBLENTZ MUSULMAN

rimagination romanesque de la police indigène et sa façon de faire chanter les gens paisibles, renvoie les quatre voyageurs et tance le policier trop zélé.

Le Pendjabi, froissé au cœur de voir mises en doute son honnêteté et son intelligence, rêve la vengeance et, avec une admirable fidélité d'esclave, se chargera, en risquant ce qu'il a de plus cher, de dessiller les yeux des étrangers qu'il sert. Ne pouvant quitter son poste, il écrit à son fils, qui vivait dans un village de la frontière, d'aller à Malka, de s'enrôler parmi les rebelles et de ne point revenir sans les noms des chefs qui organisent la conspiration sur le territoire britannique. Le fils part, traverse les postes anglais au risque d être pendy comme rebelle, arrive au camp, s'enrôle, pénètre tous les secrets et, un jour, revient exténué de fatigue, de dénuement et de maladie, frapper à la cabane de son père. Il rapportait les noms des trois organisateurs du parti : le grand prêtre Yahya Ali, l'écrivain public Jaflfîr, et le boucher Mohammed Chafi : ce dernier était le pourvoyeur en chef de l'armée anglaise du Pendjab. Ils furent condamnés à mort, puis, par commutation, déportés aux lies Andaman.

L'organisation de Pacna était brisée; mais le « camp rebelle », le Coblentz de l'Hindous-

tan, est toujours là et reçoit encore, quoique d'une façon intermittente et irrégulière, les recrues de THindoustan, Les émigrés sont toujours là, faisant la veillée des armes. Ils ne se mêlent pas aux querelles des tribus entre elles; car ils sont là pour Tinfidèle, non pour les Musulmans. C'est même la cause qui m'a valu le plaisir de voir en juin dernier la Djirga des Gadouns. Les Hassanzais, chez qui les Hindoustanis étaient réfugiés, étant en guerre contre les gens de Nandihar, les avaient invités à venir avec eux : les Hindoustanis répondirent: « Nous sommes ici pour faire la guerre sainte, le djihaiy non pour faire la guerre à des Musulmans : si nous étions tués en combattant contre des fidèles, nous deviendrions des charognes (mourdar), au. lieu de devenir des martyrs (chahid). » Là-dessus, les Hassanzais leur ont dit de détaler et ils sont allés frapper à la porte des Gadouns, Mais sur ces entrefaites, on a appris que les gens d'Agraor, qui sont des rayas ^, ont aidé les gens de Nandihar et ont des « fusils du gouvernement w; là-dessus, les Hindoustanis ont dit aux Hassanzais : « Il y a de la guerre sainte là-dedans : nous sommes à vous. »

* Rayas, sujets des Anglais.

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