‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 136 sur 145 · A L'ÉGLISE DE DOUBS · texte numérisé non relu

A L'ÉGLISE DE DOUBS

Église charmante où ma mère Me porta jadis avec foi, Saint vénéré que sa prière Invoqua si souvent pour moi :

Devant vous ma tête s'incline !

Ce n'est plus, ce n'est plus l'enfant Qui vers vos autels s'achemine Le cœur paisible et confiant.

C'est l'homme éprouvé par la vie»

L'homme qui bien souvent, hélas !

A senti son âme asservie Aux vains désirs, aux durs combats;

Le pauvre être qui sur sa route A connu les jours de douleur, La déception et le doute, Enfant du mal, venin rongeur.

Mais le langage d'une mère Grâce au ciel n'est jamais perdu; Aux jours décisifs il éclaire L'esprit tremblant, le cœur ému.

Je respire un air salutaire, En arrêtant mes pas ici; J'aime, je crois encor, j'espère :

Dieu de compassion, merci.

Vous ramenez sur le rivage Ma barque flottant loin du port, Et du sein du sombre nuage, Votre main s'étend sur mon sort.

Anges bénis de la famille, Conservez-moi votre soutien, Et protégez la jeune fille Dont le destin s'unit au mien.

Sol paternel, pays que j'aime, Dans vos vallons recevez-nous; Vous qui sonniez pour mon baptême, Sonnez, ô cloches, pour l'époux.

20 Avril 1843.

Oh! bords fleuris du Rhin, oh! plaines de l'Alsace, Frais coteaux parsemés de riantes forêts, Vous l'avez vue aussi celle dont rien n'efface L'image dans mon deuil, l'amour dans mes regrets,

N'avez-vous point aimé tant de charme et de grâce f Vallons dont nous cherchions les ombrages discrets, N'avez-vous point gardé sur vos sentiers sa trace? Ne vous souvient-il plus de nos tendres secrets ?

Hélas! non, nulle ardeur, nulle douleur humaine

Ne trouble la nature en sa beauté sereine

Nul sanglot ne l'émeut dans son paisible accord.

L'homme seul à la fin d'un printemps éphémère Porte au front le cachet de sa souffrance amèr« Et sent vibrer en lui l'aiguillon de la mort.

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