‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 80 sur 145 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

A mon ami Ch. Demandrc.

Sur les bords de la mer, dans les ombres du soir, Toute seule à l'écart, que fais-tu, jeune fille? Le flot gémit, le vent gronde, le ciel est noir Et je vois dans tes yeux une larme qui brille.

— Le flot gémit, le vent gronde, le ciel est noir. Mais je cherche là bas, dans la nuit et la brume, Je cherche le beau brick que j'aimais tant a voir Au mois de mai dernier, sur ces nappes d'écume.

Sur ce brick je connais un jeune matelot Qui m*a parlé d'amour le long de ce rivage, J'ai perdu mon repos dès le jour où le flot Emporta mon amant dans son lointain voyage.

Dans six mois il devait être ici de retour, Hélas! j'ai bien compté les mois, heure par heure; J'attends chaque bateau, je reviens chaque jour, Et, debout sur le roc, je regarde et je pleure.

Et la tempête éclate et mugit au lointain, Le beau brick ne revint jamais de son voyage; Mais sur les rocs, le vent jetait le lendemain Des habits en lambeaux, des débris de naufrage.

La jeune fille vient sur le bord de la mer. Elle sanglote et dit que rien ne la console; Puis elle chante, et saute, et rit d'un rire amer, Et se couvre de fleurs. — La malheureuse est folle.

Cherbourg, 1836.

POÉSIES. 3o3

LE VOYAGEUR

La vague s'enfle, le vent gronde.

Pas une étoile au ciel ne luit; Et le vaisseau bondit sur l'onde Dans la tempête de la nuit.

Triste et pensif sur le navire, L'étranger s'asseoit à l'écart.

Il cherche en vain un doux sourire, II cherche en vain un doux regard.

Il est seul. Nulle voix chérie Ne pénètre dans sa douleur.

De loin il songe à sa patrie.

Il la regrette au fond du cœur.

II songe à la ville lointaine Qu'il aspirait naguère à voir.

C'est là que la vague l'entraîne, Mais il n'a plus le nicnie espoir.

Bien triste est cette longue route Sur la mer, sous le ciel du nord.

Plus triste encor le cœur qui doute De son courage, de son sort.

Pourtant, dans sa pensée amère II se souvient d'un doux appui.

Dieu protège la pauvre mère.

Et sa mère a prié pour lui.

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