‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 95 sur 145 · LA FILLE DE L'AUBERGISTE · texte numérisé non relu

LA FILLE DE L'AUBERGISTE

Traduit d'Uhland.

Trois voyageurs, errant le long des bords du Rhin, Sur le seuil d'un hôtel s'arrêtent en chemin.

« Ici, la bière est fraîche et le bon vin pétille; Mais, notre hôtesse, où donc est votre jeune fille? »

« Ma bière est bien choisie, et mes vins sont connus; Quant à ma jeune fille, hélas! elle n'est plus.

— Les voyageurs alors s'en vont chercher dans l'ombre, Et découvrent la morte avec son voile sombre.

L'un d'eux lui dégageant la tête du linceul,

Et sur elle arrêtant un triste et long coup d'œil :

« Que ne puis-je, dit-il ranimer ce corps blême. Enfant? et je voudrais t'aimer à l'instant même. »

Le second replaça ce voile de douleurs.

Et s'en alla dehors les yeux baignés de pleurs.

<t Ah! cria-t-il, pourquoi quittes-tu cette terre? Combien voilà déjà de temps que tu m'es chère! »

L'autre la découvrant pour la voir reposer, Et sur sa bouche pâle imprimant un baiser :

« Je t'aimais, lui dit-il, je te restai fidèle, Et je t'aime à présent pour la vie éternelle. »

Page 1