AU BORD DU TORNEO
Memoria diilce de mi bien passado.
Se mi delicia
J. M. Herf.du.
Sur les coteaux le jour se lève Frais et riant comme un beau rêve Parmi les bouleaux argentés, Et sur les champs que l'on moissonne, Les doux rayons d'un ciel d'automne Répandent de molles clartés.
Ici, sous un voile de brume, La cascade bruyante écume.
Là, le fleuve paisible et pur Dans la plaine s'enfuit, s'efface, Et sur la rive qu'il embrasse Jette un soupir, un flot d'azur.
Et loin du bruit, et loin du monde, Gaîment je m'élance sur l'onde, Heureux de voir dans le lointain Se dérouler le paysage, De songer à mon grand voyage.
De respirer l'air du matin.
Lorsque l'oiseau sur la bruyère S'élève et chante sa prière, Je prie aussi, je dis : Mon Dieu!
Laisse-moi demeurer encore Dans cet abri que l'on ignore , Sous ton regard, sons ton ciel bleu.
Que la nature soit le temple Où mon œil ému te contemple!
Que la grande voix du désert, Le bruit des eaux sur le rivage, Le chant caché dans le feuillage, Soient mon cantique et mon concert!
Ces souvenirs des jours tranquilles, Dans la vaine rumeur des villes , Un jour je les emporterai.
Si le destin cruel m'oppresse , Ils me suivront dans ma tristesse, Et souvent je les bénirai.
Septembre 1838.
L'ARBRE DE BOSSEKOP.
A. mon ami Amédée Piehot.
LE VOYAGEUR-
Au bord de l'Océan, pauvre arbre solitaire, Sans force et sans appui, j'ai pitié de ton sort, Comment es-tu venu tout seul sur cette terre? Comment as-tu vécu sous ce ciel froid du Nord?
l'arbre.
Un soir, le vent du sud apporta sur son aile
Un germe fugitif à ce roc décharné.
Le printemps souriait et la mer était belle,
Et le ciel rayonnant à l'heure où je suis né.
Puis, lorsque j'ai grandi, sur ce sol que j'ombrage ,
J'ai penché mes rameaux et mon front agité;
Je cherchais un soutien pour les heures d'orage ,
Un rameau caressant pour les beaux jours d'été.
Mais au milieu du calme, au sein de la tempête,
Nulle plante fidèle à mon sort ne s'unit.
Nul autre arbre isolé n'élève ici la tête.
Nul oiseau sur ce roc ne vient faire son nid.
Je n'entends que la voix de l'orage qui gronde,
Ou le cri du corbeau qui m'annonce l'hiver;
Je ne vois que le sol qui se penche sur l'onde,
Et le bateau pêclicur qui s'enfuit sur la mer.
LE VOYAGEUR
Oh! ta plainte m'émeut, car elle me rappelle La douleur qui traverse aussi le creur humain.
Ne puis-je transplanter ta tige qui chancelle, Et te voir reverdir par un riant matin?
l'arbre.
Non, jamais, plus jamais. Ma sève est épuisée, Mes rameaux ont perdu leur première vigueur; Et nul soleil fécond, nulle douce rosée , Ne peuvent raviver ma force et ma fraîcheur. Sous ce ciel qu'un rayon pâle et fiirtif colore. Au printemps j'aurais pu gaîment me balancer; Mais je suis resté seul : je languis et j'implore La nuit d'hiver qui doit bientôt me renverser.
Laponie, 1838.