‹ Lettres sur la création terrestre, ou exposé sous forme familière Des principaux faits relatifs à la constitution général du Globe et A L'économie de la nature par le dr. De FilippiChapitre 4 sur 48 · I.ETTIIES · texte numérisé non relu

I.ETTIIES

Les hommes mêmes qui avaient passé leur vie dans la méditation et dans l’étude, respectaient cette croyance traditionnelle, alimentée chaque jour par l'illusion propre à toute personne qui du haut d’une montagne juge la surface de la terre par l’horizon très-borné qu’elle a sous les yeux.

Voilà, ma chère fille, un grand exemple qui te démontre combien l’apparence d’une chose peut se trouver différente de la réalité ; comment l’espèce de fascination causée par la première a retardé parfois la connaissance de la seconde. Sans trop de peine, chacun reconnaît aujourd’hui l’erreur qui, pendant si longtemps enchaîna l’esprit humain. Tu en fus préservée en recevant les prèmiers éléments delà science, et tu comprends aisément que la forme de la terre est à peu près celle d'une boule ou d’une sphère. La lune illuminée, comme la terre, par le soleil, et qui s’éclipse par la projection de l’ombre terrestre sur sa face, nous montre que la figure de cette ombre est circulaire. Un vaisseau, aperçu d’une grande distance en mer, ne s’offre pas à notre vue soudainement et tout entier; mais d’abord nous voyons le sommet de ses voiles et de ses pavillons, puis graduellement nous apparaît tout le reste; d’où on infère que la surface de la mer est convexe, età peine

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peut-on la considérer comme plane lorsqu’elle est renfemée dans d’étroites limites. Bien des navigateurs, suivant l’exemple de Magellan, ont fait voile d’un port dans l’apparente direction d’une ligne droite, et à la fin du voyage se sont retrouvés près du lieu d'oii ils étaient partis. — La terre est donc certainement un globe ou une sphère (1).

Ce globe, comme tu le sais, n'est soutenu en aucun point par rien de solide; il est suspendu dans l’espace et doué de deux mouvements : — l’un de translation, par lequel il décrit une orbite autour du soleil et dont provient la succession des saisons ; — l’autre de rotation sur son axe, et par lequel sont produites les alternatives du jour et de la nuit. En raison de ce dernier mouvement, chaque point de la surface terrestre,— excepté naturellement ceux correspondant aux

(1) Voiik quelques indications sur les dimensions, densité et poids du globe terrestre :

Longueur du rayon équatorial. . . 0,376,986 mètres.

— du rayon polaire .... 0,356,324 —

Différence entre l’un et l’autre . . 20,662 —

Extensioij. do la superficie, 5,09-1,321 myriair.ètres carrés.

Vol ime, 1,079,235,800 myriamètrrs cubes.

Poids absolu, 0,259,531 milliards de milliards de klio— grammes.

En supposant ce globe formé seulement d’eau, il pèserait environ cinq fois moins.

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pôles, — décrit dans le court laps de vingtquatre heures un cercle complet.

Si maintenant tu calcules les divers cercles décrits de cette manière par tous les points situés sur un même méridien, tu verras alors que dans lo nombre infini de ces cercles il y en a un plus grand que tous les autres, c’est celui qui correspond à l’Equateur; les autres deviennent successivement plus petits en raison de leur proximité des pôles. Il résulte de cela que tous les points générateurs dé ces cercles seront animés, dans un égal laps de temps, de vitesses inégales; que cette vitesse est plus grande pour le point équatorial que pour les autres; d’où il suit que ce point, à cause de l’impulsion centrifuge qui lui est imprimée par la rotation de la terre, tendrait à s’éloigner avec une force plus considérable que celle qui pousse de la même manière les autres points éloignés de lui sur la ligne du méridien.

II. Cette considération , combinée avec une hypothèse ancienne qui supposait la terre originairement liquide, amenait naturellement à penser que, en vertu du mouvement énoncé, notre globe, — si toutefois il a pu être un instant parfaitement sphérique, — dut cependant se renfler davantage à l’équateur, et se déprimer aux pôles. Aujourd’hui, une série de recherches merveil-

leuses, dont chacune sert de preuve à l’autre, a non-seulement démontré la vérité de cette supposition, mais encore approximativement déterminé la mesure de la dépression indiquée, qui résulte de ce que l’axe polaire de la terre est de */ m environ plus court qu’un axe équatorial. Cette mesure — calculée de diverses manières — de la dépression des pôles, nous mène à considérer la terre comme un sphéroïde de révolution (1), ce qui implicitement démontre sa primitive liquidité.

III. Or, nous voyons communément que les substances dures, solides, peuvent devenir liquides au moyen de deux procédés différents, c’est-à dire en les dissolvant dans un autre liquide, ordinairement dans l’eau, ou en les fondant au feu. Auquel de ces deux agents faudrat-il attribuer la primitive liquidité de la terre? Je regrette de ne pouvoir rapporter ici l’histoire des opinions diverses, des disputes animées qui se succédèrent jusqu’à nos jours sur ce grand problème je te dirai sans préambule que main-

tenant tous les savants admettent comme une vérité que la condition originaire de la terre a

(l)On appelle sphéroïde une figure qui se rapproche de la sphère; sphéroïde de révolution, la forme priso par un globe supposé de matière liquide ou pâteuse qu’on ferait tourner à la manière d’une roue sur son axe.

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été celle d’une niasse liquéfiqe et ardente. Cette considération que la plus grande partie des matières solides dont notre globe est formé exigent environ 500 parties d’eau pour être dissoutes, était déjà d’un grand poids pour combattre l’opinion opposée ; l'imagination la plus effrénée ne saurait, en effet, rendre compte d’une si grande quantité d’eau abandonnée par la terre devenue solide. Maisàcel argument négatif s’ajoutent aussi d’autres preuves directes et positives, particulièrement fondées sur la distribution de la chaleur qu’on peut aujourd’hui reconnaître dans l’intérieur de la terre.

C’est une chose vulgaire que la distinction des pays que nous habitons, en chauds et en froids; et on trouve facilement la cause de cette différence dans la quantité inégale de chaleur que le soleil, distribue annuellement sur les divers points de la terre, et dans l’inégale portion de cette chaleur que la terre elle-même, pendant la nuit ou la saison hyéraale, rayonne de nouveau dans l’espace. Cette influence calorifique du soleil décroît rapidement au-dessous de la surface du terrain. Tandis que, par exemple, chez nous, la température passe dans une année de 28 degrés de chaleur à 10 degrés de froid, dans nos caves, dans nos puits, cette oscillation de la température est très-faible, presque

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imperceptible, insignifiante ; de façon que, comparant la température de ces excavations avec celle de la surface, nous trouvons que l’eau des puits et l’air des caves nous semblent frais l’été et tièdes l'hiver. Il est de fait que dans certains souterrainslatempératurene varie pas sensiblement d'une saison à l’autre; — et nous en avons une preuve dans ceux de l’Observatoire de Paris, où divers thermomètres, placés depuis cinquante ans, ont oscillé à peine de minimes fractions de degré au-dessus et au-dessous de 11° 82 de chaleur.

A une certaine profondeur — variable selon les régions du globe, — c’est-à-dire de 25 à 30 mètres dans l’Europe tempérée (et peu au-dessous de la surface du terrain dans la zone équatoriale), l’influence solaire ne se manifeste plus, et la température du terrain se maintient en tout temps, invariable et constante, de quelque peu supérieure à la température moyenne du pays (1).

(1) La température moyenne d'un jour serait la somme des températures de chaque instant divisée par le nombre des instants mêmes. Cependant, comme les variations de température ne surviennent point soudainement, on peut arriver à un résultat satisfaisant en mesurant los degrés de température à chaque heure du jour, en eo faisant la somme générale, et en divisant le résultat par le nombre des heures ou par 24. La température moyenne d'un mois est la somme des températures moyennes journalières, divisée par 30; et finalement la tempéi&ture

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A une profondeur plus grande et toujours croissante, la température augmente en proportion.

Dans quelques mines, tandis que le froid est très-intense au dehors, il se maintient dans les plus profondes excavations à un degré de chaleur assez élevé pour obliger les mineurs à travailler nus. L’eau qui arrive à la superficie du terrain de grandes profondeurs porte avec elle la température qu’elle a y acquise , et s’écoule plus ou monis chaude. Celle du fameux puits de Grenelle, par exemple, montant d’une profondeur de 548 mètres, s’échappe du terrain avec une température de 27° 6, c’est-à-dire sensiblement chaude (1).

moyenne de l’année sera la somme de la température moyenne des mois divisée par 12. Dans ce cas, sous notre latitude, on obtient un résultat à peu près égal à la température moyenne du mois d'octobre, — laquelle, par conséquent, pourra représenter la température moyenne de l’année. En procédant ainsi, l’oit voit de quelle manière peut être déterminée la température, moyenne d’un pays, par celle d’un certain nombre d’années, qui devra être d’autant plus grand qu’on veut obtenir un résultat plus rapproché d’une sévère exactitude.

(1) Dans quelques localités, le calorique souterrain augmente rapidement, de sorte qu’à une petite profondeur il est déjà très-fort. Aux bains de Nérôn, entre Potizzoles et le cap Misène, sur cette délicieuse cête de Naples, il y a une petite grotte sur le fond de laquello jaillit une petite veine d'eau assez chaude pour que les œufs, en quelques minutes s’y trouvent complètement cuits au dur. Près de ccttc grotte, sur la. plage de ta mer.

Les observations faites à cet égard sont innombrables, et non-seulement s’accordent toutes pour prouver la généralité du fait, mais aussi pour établir la loi approximative de cette augmentation de chaleur, suivant les profondeurs : elle augmente d’un degré par chaque 32 mètres. Parlant de ces données, on trouve qu’à la profondeur de 3 kilomètres on devrait avoir une chaleur égale à celle de l’eau bouillante ; — à 20 kilomètres, une chaleur de 666 degrés , capable de tenir en fusion la plus grande partie des substances minérales connues; — et, vers •le centre, à 6,366 kilomètres, l’énorme chaleur de 200,000 degrés.

Il est bien vrai aussi que cette loi de progression de la température terrestre n’est qu’approximative, et seulement appuyée sur des observations faites à de très-petites profondeurs; elle pourrait donc être sujette à des variations à mesure qu’on descendrait plus avant, et, par exemple, la couche de 666 degrés pourrait se trouver soit au-dessus , soit au-dessous de 20 kilomètres; mais cela n’altère nullement la loi

en creusant à 40 ou 50 centimètres dans Je sable, on rencontre déjà une chaleur assez forte pour que la main ne la puisse pas supporter. Tout cela, du reste, est attribuable à la proximité de cet endroit du grand foyer volcanique de la Solfatare.

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générale que nous pourrions exprimer ainsi : à une profondeur — immense comparée à nos œuvres, mais très-petite par rapport au rayon terrestre — la terre jouit d’une température à elle propre, initiale, et assez élevée pour maintenir en fusion la plus grande partie des pierres connues.

Ce n'est donc pas par un caprice des naturalistes qu’on attribue à la chaleur la fluidité originaire de la terre, — cette même fluidité qui s’est opposée à ce que sa forme soit régulièrement sphérique, et qui a déterminé son faible applatissement aux extrémités de l’axe de rota-, tion.

Le feu primitif existe encore sous nos pieds. Nos campagnes, nos cités, toute la vaste étendue de l’Océan sont supportées par une croûte légère (toujours en comparaison du rayon terrestre ( enveloppant et contenant encore une énorme quantité de matière liquéfiée et embrasée.

Un signe de Celui qui a créé les mondes avec une parole , pourrait briser cette croûte fragile de notre globe et en précipiter les fragments dans cetle masse de feu souterraine. Sera-ce là le destin suprême de la terre?

Personne ne peut lire dans l’esprit de Dieu .* mais, si l’on consulte la science humaine, elle

répond que les faits connus jusqu ici concourent tous à démontrer la stabilité des lois de l’univers , et par conséquent à nous faire croire que l'ordre de la terre ne tend pas de lui-même — par. les causes naturelles — vers sa destruction.

Si tu t’effraies à l’idée de l’immense gouffre de feu qui brûle sous nos pieds, reviens de ta vaine terreur en considérant aussi que notre globe est en progrès continuel de refroidissement, et qu’un jour la dernière goutte centrale à laquelle se réduit peu à peu la matière liquéfiée interne sera figée, et le feu complètement éteint.

IV. Quand ce jour viendra-t-il ? A peine notre imagination peut-elle s’élancer j’usqu’à une époque si reculée, — tant est lente, insensible, la dispersion de la chaleur centrale et par conséquent la solidification de nouvelle matière sous la crôte actuelle du globe. Un naturaliste allemand a essayé de calculer combien de temps pourrait s'écouler avant que la terre —la chaleur originaire dispersée — se réduisît à une température partout égale et homogène. Il prit une sphère de basalte (2) fondu, du diamètre de deux

pieds, l’abandonna au refroidissement naturel,

(2) Le basalte est une pierre volcanique noirâtre qui, * X un feu très-fort, se liquéfie en une masse vitreuse.

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observa et mesura la diminution de chaleur qui s’opérait d’heure en heure. Cette sphère ne se refroidit complètement que dans l’espace de six jours et demi. Or, comme notre terre est 7,500 trillons de fois plus grande que ce globe de basalte, on en pourrait déduire que son complet refroidissement exigerait 353 millions d’années. Mais ce calcul est encore au-dessous de la vérité, parce qu’on suppose que, durant cet espace de temps, la terre n’aura pas reçu la chaleur du soleil, tandis qu’on peut démontrer que dans l'époque actuelle, elle en reçoit une quantité presque égale à celle qu’elle rayonne dans l’espace céleste.

Donc, plusieurs millions de siècles s’écou leront avant que notre globe soit entièrement solidifié à l’intérieur et réduit partout à une température uniforme. Et quand bien même cela arriverait plus rapidement encore, ceux qui. habitent dans l’intérieur des continents ne pourraient s’en apercevoir, parce que la chaleur de l’intérieur de la terre ne possède qu’une très-faible influence sur la température de la surface; et, comme nous l’avons dit, la distinction des climats dépend de l’inégale répartition de la chaleur solaire.

V. Mais il n’en a pas été toujours ainsi. Nous en trouvons la preuve dans les entrailles de la

terre, ou, pour mieux dire, dans les couches qui en forment l’écorce. En Angleterre, en France, en Bohême, dans les exploitations de charbon fossile, on trouve de très -nombreux restes de fougères gigantesques tout à fait différentes des humbles espèces qui végètent maintenant dans ces contrées, et très-analogues, au contraire, à celles qui vivent dans les régions équatoriales. Toutes les circonstances de leur gisement prouvent que ces plantes sont nées et ont poussé dans les lieux mêmes où nous les trouvons ensevelies; et la plus rigoureuse analogie nous oblige à admettre que, pour favoriser leur végétation, un climat chaud était nécessaire, — un climat tel que celui des pays placés actuellement sous l’Equateur. Ce n’est pas là un fait isolé. Tous les restes de plantes et d’animaux qui ont existé dans lespremières époques de la Terre, appartiennent à des espèces dont les analogues ne se retrouvent que parmi celles qui vivent aujourd’hui dans les plus chaudes régions du globe. La pensée que les climats étaient alors autrement distribués qu’ils le sont maintenant pourrait se présenter à l’esprit; mais cette pensée ne résiste pas une minute devant ce fait que ces restes ne gisent pas seulement dans une zone limitée de la terre, — les fougères do la houille, par exemple, se trouvent

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dans toutes les parties du globe où existent des dépôts de ce combustible. Il n’y a d'ailleurs aucune raison qui nous invite à croire que les premiers rapports de la terre avec le soleil aient été différents de ceux qui existent de nos jours, — ni que l’équateur ait changé de place. Que devons-nous donc inférer de ces documents irréfragables? Qu’à l'époque où croissaient belles et vigoureuses les plantes du charbon fossile, ou, pour dire la chose d’une manière plus générale , dans les premières époques de la création terrestre, il n’y avait pas de distinction de climats ; et, de plus, qu’un climat chaud, semblable à celui qui maintenant est démontré nécessaire à la vie des fougères et des palmiers, dominait uniformément sur toute la terre. La chaleur de ce climat était un résidu de cette chaleur propre, initiale, du globe, qui va toujours diminuant et se retirant dans ses parties les plus centrales, mais qui, dans ces premières époques de la création , prédominait tellement sur l’action solaire, quelle pouvait rendre presque nuis les effets de l’inégale distribution do celle-ci. Ces mômes effets allèrent toujours se prononçant d^une manière plus intense r au fur et à mesure du refroidissement successif de l’écorce du globe et de la concentration du feu primitif.

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Tous ces faits, toutes ces déductions se lient étroitement entre eux , et, bien qu’ils ne produisent pas toujours la certitude absolue et laissent un certain caractère d’hypothèse au grand résultat que nous en avons voulu tirer, ils lui donnent néanmoins une valeur trop grande pour qu’il ne corresponde pas à ce degré de vérité qu’il nous est accordé d’atteindre. — Combien elles seraient avancées, les conquêtes de l’esprit humain , si chaque branche du savoir reposait sur des bases également solides et fécondes !

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