‹ Lettres sur la création terrestre, ou exposé sous forme familière Des principaux faits relatifs à la constitution général du Globe et A L'économie de la nature par le dr. De FilippiChapitre 9 sur 48 · IV. La masse des eaux en ces trois états · texte numérisé non relu

IV. La masse des eaux en ces trois états

gazeuse, liquide, solide — est immense sur notre globe. La seule partie liquide (qui est en vérité la plus considérable) en recouvre les trois quarts de la superficie. Si on évalue à 12,000 pieds la profondeur moyenne de la mer, on arrive à trouver que cette immense excavation contient plus de deux billions de milles cubes d’eau ; et, si on la suppose vide , tous les fleuves de la terre devraient, pour la remplir de nouveau, s’y déverser pendant 40*000 ans !...

V. Quelle est la période perpétuelle et admirable à laquelle la masse des eaux est sujette et qui contribue tant à maintenir ici-bas l'équilibre des grandes forces de la nature? Tu peux facilement l,e concevoir, en t’appliquant à observer avec moi quelques-uns des phénomènes météorologiques les plus ordinaires.

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L’air contient partout et constamment de la vapeur aqueuse; il est, comme on a coutume de le dire, en degré variable, mais toujours humide, môme dans la saison et dans les pays que nous considérons comme les plus secs. Mille expériences le démontrent, et, entre autres* la vapeur qui ternit en s'y condensant les parois extérieures des vases de verre contenant de l’eau plus froide que l'air ambiant, comme est en été l’eau de nos puits. La variation de la quantité de vapeur aqueuse dans l’air dépend de plusieurs causes. La chaleur l’augmente, — ce qui ' fait que dans les pays situés entre les deux tropiques, au voisinage d’une vaste superficie évaporante comme celle des grands fleuves , des lacs et de la mer, l’humidité de l’atmosphère est plus grande qu’ailleurs; — dans certaines localités elle arrive à tel point que le bois ne peut plus s’y dessécher et qu’on y parvient avec difficulté à en allumer du feu.

VI. Quelques-uns croient que l’eau existe dans l’air par Suite d’une vertu dissolvante de celui-ci, exactement comme le sel dans les eaux de la mer. C’est une erreur qui devient bien vite manifeste par cette observation , que l’eau possède en elle-même une tendance à passer à l’état élastique ou de vapeur, et que l’air, loin de favoriser cette tendance , s’y oppose

d’autant plus, que la pression qu’il exerce sur la superficie évaporante est plus grande. Si dans un vaste récipient de verre où on a opéré le vide par l’extraction de l’air, on fait pénétrer une certaine quantité d’eau, celle-ci engendre à l’instant assez de vapeur pour produire une pression égale à celle de l’air primitivement extrait.

L’eau dans le vide bout à la température commune, et tu te souviens qu’au niveau de la mer, c'est-à-dire là où la pression de l’atmosphère maintient la colonne barométrique à 76 centimètres, l’eau n’entre en ébullition qu’à la température de 100° centigrades. Sur la cime des hautes montagnes, l’eau bout à une température inférieure, car la colonne pressante de l’atmosphère y est diminuée de toute la partie qui se trouve entre le terrain élevé de la montagne et le niveau de la mer. On peut même déterminer cette diminution— et par conséquent déterminer la hauteur delà montagne — en mesurant le degré de chaleur nécessaire à faire bouillir l’eau dans cette situation.

Supposons que notre globe soit tout à coup privé de l’enveloppe atmosphérique, l’eau alors se comporterait comme dans un espace vide, c’est-à-dire qu’en peu d’instants elle passerait à l’état de vapeur ; et non-seulement les sources, mais les gouffres de la mer eux-mêmes reste-

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raient à sec. — L’existence de l’eau se trouve donc liée à celle de l’air.

VII. Ici, je me permets une courte digression, dans le but de te montrer de combien d’applications multiples est susceptible une donnée scientifique , et comment les diverses branches de la science humaine doivent se prêter une mutuelle assistance.

Il y a quelques années, une fable grossière, abusant de la crédulité publique, fit le tour du monde, annonçant la decouverte d'é-

tranges générations d’êtres vivants sur la surface de la lune. Avant de prêter une foi aveugle à la réalité d’un fait aussi surprenant, il eût été prudent de consulter la science sur sa possibilité ; il convenait d’examiner préalablement si les conditions du monde lunaire sont de nature à permettre le développement de la vie dans les conditions sous lesquelles nous la pouvons concevoir, ou, si tu veux, avec des lois analogues à celles qui régissent les corps organisés sur la surface de notre glôbe. Or, les observations astronomiques donnent pour résultat certain que l’enveloppe atmosphérique de la lune est si petite et i si peu dense, qu’on peut presque soutenir qu’il n’y existe pas d’atmosphère. Sans atmosphère, .. il ne peut exister d’eau à l’état liquide; sans air •

et sans eau, comment des êtres organisés pourraient-ils vivre?

VIII. Si tu regardes avec un bon télescope le globe de la lune, tu vois la superficie de cet astre parsemée de nombreuses inégalités ayant une configuration analogue à celle de nos volcans, avec les sommités terminées par d’énormes cratères. Plusieurs philosophes ont admis, à cause de cela, l’existence dans la lune de grands volcans; quelques-uns ont même voulu attribuer à ces volcans un phénomène des plus singuliersetdes plus étonnants dont notre monde soit le théâtre : — la chute des pierres météoriques,

— voyant dans ces pierres comme autant de bombes lancées par les bouches volcaniques dos montagnes lunaires. Mais il eût fallu d’abord " résoudre la question suivante : L’existence des volcans de la lune une fois admise, ces volcans sont- ils actifs? ont- ils des éruptions comme chez nous l’Etna et le Vésuve ? Maintenant, si * l’on veut avoir égard aux grandes quantités de vapeurs aqueuses qui se trouvent dans les produits vomis par les volcans actifs sur les bords de la mer, ou tout au moins à proximité des grands bassins d’eau; si l’on considère qu’au contraire les Volcans éteints' sont situés dans l’intérieur des continents, — on devra conclure que, pour qilé les éruptions volcaniques puis-

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sent s’effectuer, la présence de l'eau est nécessaire. En combinant cette donnée avec celle qui résulte déjà du manque d’eau à la surface du globe lunaire, il s’en suivra, comme conséquence directe, que l’hypothèse de volcans actifs dans cet astre est privée de tout fondement.

IX. Les vapeurs aqueuses dont l’air se sature, forment les nuages, et à peine est-il nécessaire de te rappeler comment l’eau se précipite des nuages. C’est de l’état de la température de la couche atmosphérique dans laquelle se fait la condensation de la vapeur visible, et de celle des couches inférieures que l’eau doit traverser, que dépend la forme — soit de pluie, soit de neige — avec laquelle l’eau elle-même arrivera sur le sol. Ce qu’il advient de cette eau, tu le sais Lia terre des champs en est abreuvée; les torrents, les fleuves en regorgent, et, suivant la pente du terrain , la reportent à la mer.

Le froid qui règne sur les sommets les plus élevés des montagnes, fait que l’eau des nuages y tombe et s’y maintient sous forme de neige. Dans les plus hautes vallées alpestres, la chaleur solaire en fond les couches superficielles, et l’eau de cette fonte pénètre dans les couches profondes , où , sous l'influence des froids noc-

turnes, elle se solidifie en glace avec la neige. C’est de cette manière que se forment les glaciers, dont l’extension est si grande, l’aspect si sévère et si majestueux, que quelques-uns ont reçu le nom de mers de glace. Je ne te parlerai pas des phénomènes étonnants, des scènes imposantes et terribles dont ces glaciers sont le théâtre, me bornant à te faire observer que les eaux de fonte de ces immenses et éternels amas de neige et de glace, tantôt pénètrent dans les interstices des couches pierreuses et dans les profondes étendues de sable, et jaillissent çà et là en sources limpides, tantôt retombent par les précipices alpestres , coulent dans le lit rocailleux des vallons, et forment, comme par unconfluent de rameaux à un tronc, les grands fleuves de la terre. Quelle énorme quantité d’eau ne déversent pas les Alpes dans la vallée du Pô, — cette belle partie du jardin de l’Europe, — et avec quelle industrie l’homme n’a-t-il pas su la contenir, la diriger, la ramifier et distribuer partout dans la plaine ce don si précieux de la Providence, qui afflue précisément à l’époque des chaleurs caniculaires, alors que la terre l'invoque et en ressent d’autant plus le besoin!

L’écoulement continuel des fleuves n’épuise pas leur source , n’élève pas davantage le niveau des eaux de la mer dont elles sont tribu-

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taires. De cette énorme masse liquide qui recouvre une si grande partie de la surface de la terre, s'élève sans cesse, sous forme de vapeur, et se répand dans l’atmosphère pour retomber de nouveau, une prodigieuse quantité d eau. Tse te laisse tromper ni par les accidents passagers des temps secs et pluvieux, ni par 1 état d’abaissement ou d’élévation de l’échelle des fleuves; considère ces accidents, non pas dans une courte période de temps et dans les limites étroites d'une province , mais dans le laps d’une longue période, — d’une année, de plusieurs années, et sur la surface entière de la terre , — et alors tu arriveras facilement à te persuader que ces accidents se componsontréciproquement, et que, dans le cercle perpétuel où est entraînée la masse des eaux, la quantité, que la mer reçoit dos fleuves ou directementdes nuages, est la même que celle qui , sous forme de vapeur, s’élève du sein de la mer elle-même, et sert à l’alimentation incessante des sources.

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