‹ Lettres sur la politique colonialeChapitre 15 sur 126 · CARACTÈRES DU CLIMAT TORRIDE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DU CLIMAT TORRIDE

Le climat torride est surtout remarquable par la constance et Tuniformité des influences atmosphériques. Il compte deux saisons, la saison des pluies ou hivernage et la saison sèche ou belle saison. Dans le Cloud Ring des Anglais, le pot au noir des Français, les alizés accumulent toutes les vapeurs recueillies à la surface de TOcéan. Elles se condensent dans les hautes régions et se déplacent à la suite du soleil : c'est lorsque le soleil est au zénith, c'est-à-dire en été, que ces nuées crèvenl en orages, en ondées torrentielles qui donnent au pluviomètre jusqu'à O^'jâS el plus en une heure, et comme moyenne annuelle, 2 à 3 mètres dans l'Inde, 4 mètres à la Réunion, tandis qu'à Paris, de 1851 à 1881, cette moyenne n a pas dépassé 521 millimètres.

Alors, sous l'ardeur du soleil, l'air se sature de vapeur d'eau ; cette humidité, divisée en molécules à l'infini, pénètre partout, s'oppose à l'évaporation des sécrétions de la peau, envahit les voies pulmonaires.

C'est le moment le plus redoutable où s'abattent sur l'indigène , mais surtout sur l'Européen , les

(1) V. Nielly. Hygiène des Européens dans les pays intertropicaux, 1884. Jousset, Traité de l'acclimatement et de l'acclimatation. 1884.

fièvres de toutes natures, devenant de suite pernicieuses, avec toute leur série d'accidents. Après les fièvres, la dysenterie permanente, la colique sèche. L'européen n'échappe pas aux maladies de foie. Souvent il est atteint d'hématurie. Il tombe dans l'anémie, devient irritable, incapable de tout travail intellectuel et perd la mémoire. Le moindre effort élève sa température de 36.6 à 38** tandis qu'en Europe un effort correspondant ne l'élève qu'à 37.20 (1). S'il est prédisposé à la phthisie, elle prend aussitôt une forme galopante.

Les maladies .d'yeux et les maladies de peau, de toutes sortes, s'empirent sous le climat torride : il produit aussi la mouche hominivore et, quelques insectes qui peuvent vous tuer, sans compter ses serpents venimeux et ses animaux féroces. Tous ces fléaux sont encore peu de chose auprès du choléra à l'état endémique et de la fièvre jaune qui ne fait aucune grâce.

Gomment l'Européen, et le Français en particulier, a-t-il résisté à ces dangers accumulés dans nos colonies ?

(1) D' Jousset, loe. dt. p. 227.

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