‹ Lettres sur la question religieuse en 1856Chapitre 19 sur 19 · REVUE MENSUELLE · texte numérisé non relu

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Froissart fut poète. Les érudits le savent, et ses contemporains ont fait peut-être plus de cas do ses vers que de ses écrits historiques. Lui-même avait pour ses poésies une prédilection fort naturelle, car elles semblent lui rappeler les plus doux souvenirs de /jeunesse. Lorsque, déjà vieux, il vint à la cour d’Angleterre, ce fut le volume de ses poésies qu’il offrit au roi Richard IL Plaire bien lui i levait , disait-il avec une modestie charmante, car il estait enluminé e script, historié et couvert île velours à clous d'argent. — De quoi traite ce livre? lui demanda le prince. — D'amours, répondit Froissart. — Les Amours (et par ce mot qui commence à s’effacer de notre langue moderne, il faut entendre le semblant aimable d’une passion forte, un désir de plaire, bien plus que le besoin de toucher) — les amours changent de langage tous les siècles, et plus souvent encore. Est-il surprenant que nous, qui comprenons à peine les précieuses du XVII e siècle, nous soyons peu sensibles aux traits galants du XIV' ? Une étude approfondie des poésies de Froissart y découvrirait sans doute des vers , des pensées fines, et aussi, je le crois, un art déjà raffiné du rhythme et de l’harmonie. Mais pourquoi ajouter un nouveau fleuron à une couronne si brillante? Pétrarque n'a pas besoin de ses œuvres latines pour être immortel, et les Chroniques seules assureraient à leur auteur une place parmi les poètes.

Quel autre qu’un poète, en effet, aurait su tracer un tableau si animé des mœurs et des passions du moyen âge? Ne fut-il pas inspiré des Muses celui qui sut ennoblir la vérité sans l’altérer jamais et donner un air de grandeur à tous les sujets qu’il a touchés ? Observateur exact, sans prétendre à la profondeur, et trop modeste pour s’ériger en juge des actions

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