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DE L'INCUBATION DE LA BLENNOIUUIAGIE

guier (I), Moulinié, dis-je, avait cru voir dans ces glandules une sorte d'organe de virulence sous le point de vue blennorrhagique.

Au milieu de toutes ces opinions, ce que l'observation rigoureuse montre, c'est que les parties des muqueuses les plus exposées sont celles qui s'affectent le plus facilement. Il faut reconnaître néanmoins que la muqueuse urétrale, dans les deux sexes, est plus souvent malade, à la suite de rapports sexuels, que les autres muqueuses des organes génitaux. Ce fait est un argument pour les partisans de la contagion virulente. Je le corroborerai, si l'on veut, par cette proposition qui me parait incontestable, qu'une femme atteinte de blennorrhagie urétrale peut être considérée comme l'ayant le plus souvent contractée avec un homme atteint de blennorrhagie, — et vous voyez que cette proposition peut avoir son importance en médecine légale ; ainsi, pour mon compte, je serais porté à admettre qu'une femme sur laquelle je reconnaîtrais une blennorrhagie urétrale Ta reçue d'un homme. — Mais ce fait vient-il en aide à l'existence d'une contagion virulente? Non, et je l'explique par cet autre fait, seul vrai et incontestable, que le pus fourni par l'urètre est le plus irritant de tous les pus pour certaines muqueuses.

Pendant que quelques syphilographes contestent l'existence de la blennorrhagie urétrale chez la femme, d'autres n'admettent chez elle la blennor-

(I) Mémoires de V Académie de médecine, t. XIV et XV.

PilCORD. 4

G ï LETTRES SUR LA SYPHILIS.

rhagie qu'autant qu'elle a son siège dans l'urètre. Ces deux opinions extrêmes sont erronées. L'observation m'a conduit à admettre toutes les variétés de la blennorrhagie sur toutes les muqueuses.

Pendant que j'y suis, voulez-vous me permettre de me débarrasser de quelques autres questions incidentes relatives à la blennorrhagie? Je n'en marcherai que plus librement et plus rapidement ensuite dans les grandes questions qui me restent à traiter.

Si j'examine les lésions de tissu que la blennorrhagie produit, quelle que soit la muqueuse affectée, je ne trouve rien que ne puisse produire l'inflammation simple. C'est tantôt un léger état érythémateux, sans sécrétion. C'est la blennorrhagie sèche de quelques auteurs, dénomination ridicule et absurde, introduite en syphilograpbie, et devant laquelle on se prend à admirer les persévérants efforts de M. Piorry pour opérer la réforme de la nomenclature. Tantôt 0:1 a affaire à l'élément muqucux, catarrhal, et à tous ses produits à différents degrés, muqueux, mucoso-purulents ; enfin ce sont de véritables complications phlegmoneuses qu'on rencontre, d'où résultent pour l'urètre, chez l'homme, la blennorrhagie cordée et la production assez fréquente d'abcès sur le trajet de l'urètre.

Mais, soit dans l'état des tissus, soit dans la nature des produits, nous ne trouvons rien qui puisse être comparé aux accidents de la syphilis proprement dite.

Les conséquences de la blennorrhagie sont-elles

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comparables à celles de la syphilis? On l'a dit, mais on ne l'a point prouvé. Il y a des analogies, sans doute; mais que de notables différences !

Ainsi, un des premiers accidents que peut produire la blennorrhagie, et qui ressemble à un des accidents déterminés par la syphilis, est le bubon. Mais, tout d'abord, les adénites sont infiniment plus rares à la suite de la blennorrhagie qu'à la suite du chancre. Ensuite le bubon ne se rencontre que dans la blennorrhagie urétrale, dans les deux sexes, les autres variétés ne donnant jamais lieu à l'adénite. Je sais bien qu'un de nos confrères de la Belgique parle des bubons péri- auriculaires qui doivent se manifester dans les blennorrhagies oculaires , mais je dois avouer que je suis encore à en chercher un exemple. Enfin le bubon blennorrhagique a encore ceci de particulier, c'est que, franchement inflammatoire, il a très-peu de tendance à la suppuration, et que lorsque celle-ci arrive, elle n'est jamais inoculable.

Voulez-vous suivre ce que la blennorrhagie peut produire communément sur les deux sexes ? Voici l'ophthalmie blennorrhagique qui ne se manifeste jamais que pendant une blennorrhagie urétrale ; de bonne foi, est-il possible, à moins de vouloir tout confondre, d'établir la moindre comparaison entre cette ophthalmie et l'irilis syphilitique?

Voici l'arthropathie blennorrhagique (le rhumatisme blennorrhagique) ; est-il raisonnable d'établir la moindre ressemblance entre cette affection et les accidents déterminés par la syphilis sur le système os-

seux? Ya-t-il rien de plus dissemblable au monde que l'arthrite blennorrhagique et Texostose, par exemple?

Que dirai-je des affections cutanées, si ce n'est que je suis profondément étonné que des médecins, très-versés dans l'étude des maladies de la peau, aient voulu trouver une similitude entre les affections cutanées produites par certains remèdes employés dans le traitement de la blennorrhagie et les dermatoses si spéciales que produit la syphilis. La préoccupation d'une fausse doctrine a déterminé ici de bien étranges confusions. La blennorrhagie, a-t-on dit, produit comme le chancre des affections cutanées ; et on a ci lé pour exemple les roséoles qui succèdent à l'usage du copahu et du cubèbe. J'assure que ces roséoles n'apparaissent que lorsqu'on administre ces résineux. On me répond : — Mais elles n'apparaissent que lorsqu'il y a blennorrhagie. — Je réponds à mon tour que l'on ne donne le copahu et le cubèbe que lorsqu'il y a blennorrhagie. J'ajoute — : et ceci est important — que j'ai administré le copahu dans des cas de catarrhe de vessie et que j'ai vu survenir ces exanthèmes.

Mais ces exanthèmes résineux ont des caractères tellement tranchés, qu'avec la meilleure volonté du monde il est impossible de les confondre avec les exanthèmes véritablementsyphilitiques. Us se développent, en général, avec beaucoup de vivacité ; ils sont très-animés, de forme rubéolique, ou se rattachant souvent au lichen urtié ; s'ils ne sont pas trèsconfluents,, ils se groupent volontiers au voisinage des

articulations et dans le sens de l'extension — poignet, coude, genou, coude-pied, le pourtour des oreilles; — ils sont le plus ordinairement accompagnésde beaucoup deprurit, ce qui estle contrairedes syphilides ; et, condition capitale, c'est qu'on peut dire d'eux : sublatâ causa tollitur e/fectus ; ils survivent rarement, en effet, plus d'un septénaire à la cause qui les a produits.

Ces exanthèmes ramènent à ma mémoire un fait curieux que je vous demande la permission de vous raconter en forme d'épisode; il a aussi son enseignement.

Tl y a deux ou trois ans, un de nos jeunes confrè res des plus distingués se présente chez moi tout effaré. — Jusqu'ici, me dit-il, j'avais eu foi à votre doctrine, mais je la trouve en défaut, et sur moimême ; c'est bien cruel. Ce disant, il ôtait ses vêtements, et enlevant sa chemise : Qu'est ceci? me dit-il en me montrant sa poitrine et son dos. J'examine et je réponds :

— C'est une belle roséole syphilitique.

— Syphilitique? dites-vous. En êtes-vous bien sûr ?

— Parfaitement sûr.

— Eh bien ! vous vous condamnez vous-même. Je n'ai eu de ma vie d'autre accident vénérien qu'une blennorrhagie, et cela remonte à douze ans.

— A votre tour, en êtes-vous bien sûr?

— Comme de mon existence.

J'examine mon confrère de la tête aux pieds, et, cet examen fait, je lui dis gravement et avec un certain air de solennité :

— Confrère, vous avez eu récemment un chancre h la main droite, et ce chancre ne siégeait ni sur le pouce, ni sur l'index, mais à l'un des trois derniers doigts.

— Vous plaisantez!

— Je plaisante si peu, que j'ajoute : Vous portez encore un bubon.

Et je lui fis toucher, en effet, un ganglion épitrochléen encore engorgé.

Alors le confrère, rappelant ses souvenirs, me dit qu'en effet quelques mois auparavant il avait soigné et pansé une femme qui avait des chancres ; qu'une ulcération lui était survenue au doigt médius, qu'il n'y avait pas pris garde, et que cette ulcération s'était cicatrisée.

— Voilà la source de votre roséole, lui dis-j^, et agissez en conséquence.

Enfin, quel médecin aujourd'hui pourrait confondre l'épididvmite blennorrhagique avec le sarcocèle syphilitique? Ce n'était déjà pluspossibledu temps de Bell, ce l'est encore moins depuis les travaux d'Astîey Cooper et ceque j'ai pu faire moi-même sur ce sujet.

Vous me permettrez de passer sous silence la prétendue diathèse tuberculeuse inventée en Allemagne comme conséquence de la virulence blennorrhagique. La question des tubercules en général est déjà assez obscure sans y ajouter de nouvelles ténèbres.

Vous voyez, cher ami, que je m'approche enfin du programme que je me suis tracé. Dans ma prochaine lettre j'y entrerai résolument.

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