DES ANTEC. DE LA SYPHILIS MECONNUS
d'antécédents, donnent-ils lieu à des désordres différents de ceux des autres cas ?
Qu'est-ce qu'une vérole sans antécédents, et qui n'est pas cependant une vérole d'emblée ?
Trouvons-nous, enfin, pour les syphilis qui ont succédé à la blennorrhagie simple, des formes plus légères, ou des sièges moins étendus, comme l'a voulu M. Baumes en écrivant son livre, mais comme il n'a pas dû le rencontrer dans sa pratique?
Je réponds hardiment : non, à toutes ces questions. La syphilis constitutionnelle présente une symptomatologie semblable dans tous les cas, et ce n'est pas moi qui le prouve, ce sont mes contradicteurs eux-mêmes; relisez leurs écrits, et voyez si vous pouvez rencontrer dans les descriptions données par MM. Cazenave, Baumes, etc., un seul trait caractéristique qui justifie ces distinctions arbitraires.
D'ailleurs, une chose m'étonne dans mes contradicteurs. Comment se fait-il que, dans ces cas de syphilis constitutionnelle, soit d'emblée, ou sans antécédents ; alors qu'il leur a été impossible de s'assurer des conditions de la contagion, de préciser le quand et le comment ; quand il leur a été bien prouvé que le malade n'a présenté aucun accident primitif; quand ils n'ont trouvé aucuneporte d'entrée à 3a vérole ; quand ils sont bien convaincus que le malade ne s'est pas trompé ; qu'il n'a pas un intérêt à tromper ; quand, enfin, ils ont la certitude de ne s'être pas trompés eux-mêmes; comment se fait-il, dis-je, qu'ils n'admettent pas ce que Cullerier ad-
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mettait pour expliquer les cas inexplicables : c'està-dire la syphilis spontanée chez l'homme?
Richond des Brus avait fait ce grand pas. Entre autres faits qui l'avaient amené à cette conviction, il en cite un qui est fort curieux. Un jeune homme et une jeune fille se livraient au plaisir de l'amour. Dans son ardeur, le jeune homme s'écorcha avec un poil de sa maîtresse. Il ne s'arrête pas pour si peu, et il fait si bien, qu'il communique son écorchure à sa maîtresse. Bientôt le couple amoureux est pris simultanément de vérole constitutionnelle., Richond, qui n'avait examiné ni le jeune homme, ni la jeune fille, n'en admet pas moins une bonne santé antécédente ; mais ne pouvant expliquer l'apparition de la vérole, il la déclare spontanée.
Je ne suis pas aussi avancé que ce savant confrère, et les occasions si fréquentes que j'ai de voir succéder les accidents constitutionnels à un accident primitif bien déterminé, me font ranger le peu de cas exceptionnels où le malade ne sait ou ne veut pas m'éclairer, ceux dans lesquels j'arrive trop tard pour retrouver la porte d'entrée de la syphilis, dans la catégorie des observations que M. Gazenave intitule : antécédents inconnus, et que moi j'appelle méconnus.
Eh! mon Dieu, n'est-il pas plus satisfaisant pour l'esprit, plus conforme à notre manière de raisonner enmédecine^ d'admettre, dans les cas où la syphilis a réellement succédé aune blennorrhagie nonsymptomatique du chancre, que l'antécédent n'a pas été
reconnu, plutôt que de se perdre dans cette foule de distinctions subtiles, de catégories arbitraires et d'explications stériles? Gomment, d'ailleurs, mes contradicteurs s'y prendraient-ils pour me prouver leur dire et pour me convaincre d'erreur? Il n'est pas dans mes habitudes de porter un défi à qui que ce soit ; ces sortes d'arguments devraient, d'ailleurs, être bannis des discussions scientifiques ; mais, en vérité, je voudrais bien/m'on prît l'engagement de me prouver une seule fois, mais une bonne fois, que là où toutes mes recherches ayant été vaines, et quand je dis : antécédents méconnus ; je voudrais, dis-je, qu'on me prouvât scientifiquement qu'à cette formule on peut substituer quelque chose de plus affirmatif.
De celte longue discussion, mon cher ami, il vous paraîtra sans doute légitime de conclure :
Que si, dans l'immense majorité des cas, la blennorrhagie est simple et bénigne, il existe aussi une blennorrhagie virulente;
Que la blennorrhagie est virulente quand il existe un chancre larvé.
Maintenant, existe-t-il un moyen de faire le diagnostic du chancre larvé?
Est-il possible de distinguer une blennorrhagie simple d'une blennorrhagie avec chancre larvé?
Voilà la grande question ; je l'aborde :
Quelques personnes ont fait bon marché du diagnostic de la blennorrhagie. Hecker et quelques autres qui l'ont suivi, n'ont pas cru que le diagnostic fût nécessaire. Tout récemment, je lisais dans votre
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estimable journal que le diagnostic n'avait qu'une importance relative. Un certain nombre de médecins en sont restés, à cet égard, à des idées qui ont eu cours, et qui doivent beaucoup étonner les gens du monde.
Avez-vous gagné une blennorrhagie à la suite de rapports avec une femme qui ne soit pas la vôtre? La blennorrhagie doit être virulente.
Mais est-ce avec votre femme légitime que cet accident vous est survenu? Ce n'est plus qu'un simple échauffe ment , un écoulement bénin.
De cette façon, comme on le voit, la même femme doit être virulente pour l'amant et bénigne pour le mari.
Vous avezcontracté une blennorrhagie, et vous devez rester garçon :
Traitement simple.
Mais vous voulez vous marier :
Traitement anti-syphilitique.
La position de garçon ou de mari futur a aussi le privilège de faire passer la blennorrhagie de l'état bénin à l'état malin.
Dans une question aussi sérieuse et aussi grave, je ne veux pas insister sur le côté ridicule de ces contradictions.
Tout le monde a senti la nécessité d'un diagnostic plus rigoureux. Le plus nouveau de mes contradicteurs, Vidal lui-môme, auprès de qui mes procédés de diagnostic n'ont pas trouvé faveur, avait tenté quelques essais dans cette voie. Dans la pre-
mïère édition de son Traité de pathologie externe, il donnait l'espérance qu'à l'aide de Yodeur^ il serait possible de distinguer un écoulement virulent d'un écoulement bénin. Il paraît, et c'est regrettable, que ces espérances ne se sont pas réalisées, car ce passage de son livre a disparu dans les éditions suivantes.
Je tiens un peu plus à mes idées que Vidal ne paraît tenirauxsiennes; veuillez donc me permettre d'exposer une fois encore et mes idées et mes expériences sur le diagnostic de la blennorrhagie, et d'examiner les objections qui leur ont été faites.
Mais je ne puis traiter ce sujet dans le court espace qui me reste; ce point fera l'objet de ma prochaine épître.