TRANSMISS1B1L1TE DE L HOMME AUX ANIMAUX
étudié les conditions qui avaient pu s'opposer à l'inoculation des animaux; il dit les avoir reconnues, et il est enfin parvenu à inoculer des accidents primitifs de l'homme au singe et successivement, en retour, du singe à l'homme. M. Auzias assure qu'une des causes principales d'insuccès tenait à ce que les animaux se léchaient après l'inoculation. 11 avait cru, dans le principe, que la salive neutralisait le virus ; mais cette opinion ne pouvait se soutenir en présence des faits nombreux dans lesquels on voit sur l'homme des accidents primitifs avoir pour siège les lèvres, la langue et divers points de la cavité buccale. Tout le secret était que les animaux, en se léchant, devaient nécessairement déterger la plaie d'inoculation.
Mais la véritable raison qui a dû faire échouer l'expérience, celle sur laquelle M. Auzias-Turenne insiste le plus aujourd'hui, c'est la plus grande plasticité du sang chez les animaux, qui permet à celui-ci de s'interposer entre la partie saignante et la matière virulente. C'est en ayant soin d'imbiber constamment de pus la piqûre après l'inoculation, que celle-ci a réussi. J'ai été témoin des expériences, et je puis en garantir l'authenticité; c'est avec empressement que j'ai pu, dans mes leçons cliniques, rectifier ce point de Fhistoire de la syphilis.
Jusque-là, j'avais professé, avec nos devanciers et nos contemporains, que la syphilis était le triste privilège de l'homme, et que, cependant, elle n'était pas spontanée chez lui. J'ai toujours beaucoup in-
sisté sur ces deux faits qui paraissent contradictoires : spécialité de maladie à l'homme et non-spontanéité. J'ai toujours pensé que la syphilis avait une origine quelque part, et qu'il fallait la rechercher. Le problème est-il résolu ? Les singes n'ont pas toujours échappé à de méchants propos. Déjà Overcamp et Linder les avaient accusés d'avoir joué un trèsmauvais tour au genre humain en lui donnant la syphilis, mais avant M. Auzias, Overcamp et Linder avaient été considérés comme des calomniateurs des singes. Avaient-ils eu raison?
Ce qu'il y a d'incontestable, c'est que, depuis que l'homme connaît les singes, depuis qu'il les a vus se succéder au Jardin-des-Plantes de Paris et dans les autres capitales, depuis qu'il les observe et qu'il les étudie soit à l'étatde nature, soit en captivité, on n'a jamais rien vu chez eux et entre eux qui ressemblât à la syphilis primitive, et, à plus forte raison, à la syphilis constitutionnelle.
Cependant, M. Auzias est parvenu à planter sur Foreille d'un singe un ulcère primitif. Le pus qui a servi à l'inoculation ayant été pris sur un malade de mon service, je dois signaler avec soin les circonstances dans lesquelles ce pus a été recueilli. Le malade auquel le pus a été emprunté était affecté de chancres confluents, du gland, du fourreau, du scrotum, chancres non indurés et à la période de progrès spécifique. Ces chancres étaient lerésultat d'une contagion récente, chez un individu déjà sous l'influence d'une syphilis constitutionnelle, à la période secon-